Pressenza traduit et publie cette série de 13 articles réalisés par Verdadabierta.com après cinq ans de la signature de l’Accord de Paix en Colombie. Le premier article traduit a été : « L’objectif final est la réconciliation, et elle est obtenue grâce à une vérité incontestable », car – malgré les difficultés – nous pensons et sentons que toutes les tentatives de réconciliation valent la peine d’être racontées.

La matérialisation de l’Accord entre l’État colombien et l’ancienne guérilla des Farc emprunte un chemin sinueux, cahoteux et inégal, qui limite les avancées. Ces difficultés préoccupent les victimes du conflit armé, qui réclament une plus grande rapidité. Le bilan, cinq ans après, est aigre-doux. C’est ce que révèle cette série journalistique de 13 articles :

1– Le silence des fusils a été de courte durée.
2– La Juridiction Spéciale pour la paix (JEP) avance, malgré l’opposition.
3– La Colombie face au miroir de la vérité.
4– L’Unité de Recherche des Personnes portées Disparues (UBPD) n’a pas encore comblé le vide des disparitions.
5– « L’objectif final est la réconciliation, et elle est obtenue grâce à une vérité incontestable ».
6– Le solde en attente pour les femmes et la communauté LGBTI.
7– Le Chapitre Ethnique se limite au papier.
8– La mise en œuvre de l’Accord de Paix s’est avérée fatale pour les dirigeants sociaux.
9– Sécurité des ex-combattants : une dette qui a coûté la vie à 290 personnes.
10– Réintégration de l’ancienne guérilla : Le retour difficile à la vie légale, un bilan doux-amer.
11– Le Programme National Intégral de Substitution des Cultures Illicites (PNIS), un programme mis en œuvre au compte-gouttes.
12– Les Programmes de Développement axés sur le Territoire (PDET) n’ont pas réussi à étancher la soif de bien-être rural.
13– Cinq années de recherche de la paix au milieu des fractures.

 

Cinq ans d’Accord de paix en Colombie : Programme national intégral de substitution de cultures illicites PNIS, un programme mis en œuvre au compte-gouttes

Le gouvernement national ne cesse de montrer l’investissement important qu’il a fait pour développer le programme de substitution des cultures de feuilles de coca à usage illicite, mais les communautés remettent en question la manière et les moments choisis pour allouer ces ressources. Allouer les ressources au compte-gouttes ne garantit pas que les paysans sortent de l’illégalité, dit-on dans diverses régions du pays.

Il y a des régions où les communautés ne croient plus au Programme national intégral de substitution de cultures illicites PNIS (Programa Nacional Integral de Sustitución de Cultivos Ilícitos), et regrettent, malgré elles, d’avoir cru à l’Accord de Paix signé il y a cinq ans entre l’État colombien et l’ancienne guérilla des Farc. Bien qu’elles reconnaissent certains avantages de cette initiative, elles se plaignent aussi du manque de conformité.

Après la publication du décret 896 de 2017 qui a créé le PNIS dans le but d’attaquer le problème de la drogue, plusieurs dirigeants et organisations sociales ont convenu que le Programme était une opportunité inestimable pour couper le lien de milliers de familles avec les cultures illicites, mais alors que les jours passent et que les attentes ne sont toujours pas réalisées, les communautés perdent confiance en l’État.

L’un des visages visibles parmi ceux qui revendiquent dans les régions est celui d’Arnobis Zapata, porte-parole national de la Coordination nationale des cultivateurs de coca, de pavot et de marijuana Coccam (Coordinadora nacional de Cultivadores de Coca, Amapola y Marihuana), qui s’est très tôt fait l’avocat de la mise en œuvre de l’Accord de Paix, en particulier de PNIS.

« Ce gouvernement (d’Iván Duque) a déclaré depuis le début qu’il n’était pas d’accord avec la substitution volontaire des cultures et a exprimé qu’elle ne serait pas l’une de ses politiques principales dans la lutte contre la culture de la coca et, pour cette raison, il n’a pas alloué les budgets nécessaires au Programme national intégral de substitution de cultures illicites PNIS. Ce gouvernement n’a aucune volonté politique », déclare Arnobis Zapata, dirigeant du sud de Cordoue.

L’histoire de la substitution des cultures illicites en Colombie est passée par des programmes comme le ‘Plan national de développement alternatif et les familles de gardes forestiers’, pour lesquels les transferts économiques n’étaient pas directs, mais plutôt sous forme de biens et de services, et qui visaient à répondre aux politiques de développement rural : titres fonciers, logements sociaux et accès aux services de santé, à l’eau potable, à l’éducation, entre autres.

Avec le programme national intégral de substitution de cultures illicites PNIS, tel que conçu dans l’Accord de Paix, un projet intégral a été proposé. « Si l’on demande à quelqu’un : ‘et comment ça va, avec ce que vous faites ? et que la personne répond : ‘eh bien, c’est merveilleux, parfait, tout est divin’, ce n’est pas la réalité. Il faut faire preuve d’auto critique », déclare Hernando Londoño, directeur national du PNIS, rattaché à l’Agence de Rénovation du territoire ART (Agencia de Renovación del Territorio), et qui est responsable de l’initiative depuis trois ans.

Depuis La Havane, il a été prévu de mettre en place un modèle qui bénéficierait aux familles qui cultivent la coca, à celles qui ne la cultivent pas, et à celles qui ramassent les feuilles de coca, afin que ces villages soient exempts de cultures illicites. Lors de sa mise en œuvre, il a été conçu comme un programme axé sur la population avec des transferts économiques directs aux familles. Le Programme national intégral de substitution de cultures illicites PNIS prévoyait le versement de 36 millions de pesos (N.d.T : 8280 Euros ou 9360 US dollars pour chaque famille enregistrée dans le cadre du Plan d’aide immédiate à la famille PAI (Plan de Atención Inmediata Familiar).

Les paiements devaient être effectués par le biais de cinq composantes : paiements immédiats d’aide alimentaire de 12 millions (N.d.T : 2760 euros ou 3120 US dollars) ; soutien d’assistance technique de 3,2 millions (N.d.T : 736 euros ou 832 US dollars). Livraison d’apports et de matériaux pour les projets de sécurité alimentaire et les jardins familiaux de 1,8 million (N.d.T: 414 euros ou 468 US dollars) ; projets productifs à court terme de 9 millions (N.d.T : 2070 euros ou 2340 US dollars) ; et projets à long terme de 19 millions (N.d.T: 4370 euros ou 4940 US dollars).

« Évidemment, le programme a été créé sans penser que près de 100.000 familles allaient s’y inscrire » – explique Hernando Londoño. – « Donc, 100 000 familles à 36 millions de pesos, cela fait déjà 3 600 000 000 000 pesos (N.d.T : 936 000 000 US dollars) et l’État n’a pas cet argent. Nous commençons donc avec une dette de 3 600 000 000 000 pesos pour exécuter le programme en deux ans.

Le fonctionnaire insiste sur le fait que le Programme national intégral de substitution de cultures illicites PNIS a été mal planifié en ce qui concerne des aspects tels que le calendrier de l’assistance technique : « Combien de temps faut-il à l’État, qui est très lent en soi, pour obtenir l’argent nécessaire pour embaucher, pour commencer à fonctionner, pour embaucher un opérateur, et cet opérateur pour embaucher des techniciens et aller fournir une assistance technique ? Cela ne prend pas 24 mois, car l’aide seule était destinée à être investie en 24 mois. »

Avec tous ces défis, le Programme national intégral de substitution de cultures illicites PNIS a commencé et les familles ont abandonné les feuilles de coca comme jamais auparavant. L’office des Nations unies contre la drogue et le crime ONUDC (Oficina de las Naciones Unidas Contra la Droga y el Delito, acronyme anglais UNODC) indique qu’en décembre 2020, 43 711 hectares de cultures illicites avaient été éradiqués volontairement et avec assistance dans les 14 départements et 56 municipalités où le programme est mis en œuvre.

En décembre 2020, 99 097 familles s’étaient inscrites pour obtenir les avantages du Programme national intégral de substitution de cultures illicites PNIS, dont 67 251 sont répertoriées comme cultivatrices, 14 989 comme non cultivatrices et 16 857 comme récoltantes. Cependant, d’après les informations de la Direction de la Substitution des Cultures Illicites, au 31 mars 2021, sur le nombre total de familles concernées, 80 % étaient actives, 10 % avaient été retirées ou s’étaient retirées volontairement, 6 % entraient et les 4 % restantes étaient en état de suspension.

 

Situation des familles associées au PNIS

Actives Entrant Retirées Suspendues

Source : Direction pour la substitution des cultures d’usage illicite (Dirección de Sustitución de Cultivos de Uso Ilícito) Actives : Les bénéficiaires répondent aux caractéristiques sociales et économiques requises pour le Programme, participent aux activités d’exécution du PNIS et ont respecté la suppression de 100 % des cultures d’usage illicite. Suspendus : Bénéficiaires qui présentent des incohérences ou des faits nouveaux non vérifiés par rapport à l’accréditation des exigences et des obligations du Programme. Entrant : Correspond aux bénéficiaires du PNIS qui sont en attente de recevoir les prestations prévues par le programme, en raison du manque de ressources et d’offres disponibles à leur attention. Retirés : Ce sont des familles avec des actes administratifs de cessation des prestations du programme parce qu’elles n’ont pas réussi à démontrer des raisons de force majeure ou des événements fortuits qui les ont empêchées de supprimer les cultures illicites ; ou des familles qui ne répondent pas aux exigences établies pour être titulaires du PNIS ; cette catégorie comprend également les retraits volontaires.

 

En ce qui concerne les suspensions, les données montrent qu’elles sont principalement dues au non-respect des activités requises par le programme (1044), au non-respect des exigences imposées aux familles bénéficiaires (645) et au non-respect des exigences administratives (454).

En ce qui concerne les exclusions, 2181 cas correspondent à la faible densité de cultures illicites sur les parcelles postulées – l’un des critères de ciblage du Programme national intégral de substitution de cultures illicites PNIS – 1730 cas sont dues au fait que les familles n’ont pas été accréditées par les assemblées communautaires ou que les conseils d’action communautaires ne les reconnaissent pas, 1269 cas pour non-respect de l’obligation de participer aux activités requises – comme la surveillance et la vérification de l’éradication des cultures illicites, les activités des opérateurs d’assistance technique et la mise en œuvre d’initiatives productives, 1007 cas pour avoir participé à d’autres programmes de substitution antérieurs et 1007 cas de retraits volontaires.

Dans le troisième rapport au Congrès sur l’état des progrès de la mise en œuvre de l’Accord de Paix, publié en août de cette année par le bureau du procureur général de la nation, l’organisme de control reproche clairement l’absence de réglementation définissant la maintenance des familles du PNIS dans le programme.

 

Motifs de suspension du Programme national intégral de substitution de cultures illicites PNIS

Non-respect de l’obligation de participer aux activités requises du programme.
Non-respect des exigences imposées aux familles bénéficiaires du PNIS. // Non-respect des exigences administratives.
Multiples affiliations (division des ménages). // L’entité de vérification n’a pas pu entrer dans le territoire pour accomplir la vérification et/ou le territoire n’est pas ciblé.
Validation des données avec le SISBEN, le bureau du greffier ou autres. (N.d.T : SISBEN : Système d’identification des bénéficiaires potentiels des programmes sociaux. // Non-respect de l’éradication des cultures illicites.
Incohérences dans les informations données par les bénéficiaires. // Décès. // Double affiliation (affiliation à PNIS à deux ou plusieurs reprises).
Retraits volontaires. // Surveillance dans un territoire avec une faible densité de cultures illicites.
Ont participé à d’autres programmes de substitution antérieurs. // Familles non accréditées par les assemblées communautaires et les JAC. [N.d.T. : JAC : Conseils d’action communautaires (Juntas de Acción Comunal].

Source : Direction pour la substitution des cultures d’usage illicite. (Dirección de Sustitución de Uso Ilícito) Mars 2021.

 

Motifs de retraits des familles associées au PNIS

Surveillance dans un territoire avec une faible densité de cultures illicites. // Familles non accréditées par les assemblées communautaires et les JAC.
Non-respect de l’obligation de participer aux activités requises du programme. // Ont participé à d’autres programmes de substitution antérieurs.
Retraits volontaires. // Non-respect de l’éradication des cultures illicites. // Incohérences dans les informations données par les bénéficiaires.
Décès. // Multiples affiliations (Division des ménages).
Situations administratives qui empêchent de continuer le programme. // Validation des données avec le SISBEN, le bureau du greffier ou autres.
Non-respect des exigences imposées aux familles bénéficiaires du PNIS. // Double affiliation (affiliation à PNIS à deux ou plusieurs reprises.)

Source : Direction pour la substitution des cultures d’usage illicite. (Dirección de Sustitución de Cultivos de Uso Ilícito) Mars 2021.

Sur le nombre total de familles enregistrées, à la fin de 2020, 58 940 avaient reçu le montant total de l’aide alimentaire immédiate, qui correspond à des montants mensuels en espèces d’un million de pesos (N.d.T : 230 euros ou 260 US dollars) à verser sur 12 mois pour le soutien économique. Selon le bureau du procureur général, le nombre de familles enregistrées est passé à 68 950 en mars 2021. Ainsi, en trois mois, cette composante du Programme national intégral de substitution de cultures illicites PNIS a augmenté de 10%.

 

Pourcentage de familles inscrites au Programme national intégral de substitution de cultures illicites PNIS, par municipalité, qui ont reçu la totalité de l’aide alimentaire immédiate (AAI) (Asistencia Alimentaria Inmediata)

Afin de voir les pourcentages par municipalité de : a) des familles de la municipalité inscrites au PNIS ont reçu la totalité de l’aide alimentaire immédiate (AAI) ; b) Familles inscrites et c) Familles qui ont reçu la totalité de l’AAI, cliquez sur ce lien https://www.datawrapper.de/_/BNcp3/ et pointez la souris sur les différentes zones de la carte.

 

 

 

Information au 31 décembre 2020. Source : Office des Nations Unies contre la drogue et le crime ONUDC (Oficina de las Naciones Unidas Contra la Droga y el Delito). Image crée avec Datawrapper

 

Ils remettent en question la mise en œuvre

Le non-respect de la mise en œuvre du Programme et l’assaut des Forces de l’ordre contre les paysans qui cultivent les feuilles de coca ont conduit à des protestations de centaines de paysans en mai 2021, qui ont quitté leurs régions pour se joindre à la Grève nationale appelée par les centrales syndicales et les organisations étudiantes, et pour agir dans les sites clés de Villavicencio et Buenavista, dans le département du Meta, ou Altamira, dans le département du Caquetá, pour exiger, comme l’un des premiers points, le respect du programme national intégral de substitution de cultures illicites PNIS. (Lire davantage dans Les paysans du Guayabero demandent une attention intégrale de la part de l’État et « Les étapes pour commencer la pulvérisation de glyphosate n’ont pas été socialisées » : Arnobis Zapata).

Eucario Bermúdez, un dirigeant social de la municipalité de Cartagena del Chairá, dans le département de Caquetá, explique son désaccord avec le gouvernement national par le fait que dans les villages où il travaille, la plupart des familles ont reçu entre trois et quatre paiements pour la sécurité alimentaire plus de trois ans après le début du programme.

Dans cette municipalité, il y a un total de 2347 familles bénéficiaires et, au 31 décembre 2020, 1342 familles avaient reçu la totalité des paiements des Plans d’attention immédiate selon l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime ONUDC (Oficina de las Naciones Unidas contra la Droga y el Delito). Après cette contribution, se souvient Bermúdez, « ils ont donné des graines, des filets, des brouettes, des feuilles de zinc, des poules. Et des projets rentables… rien. Ils n’y arrivent plus ».

La situation est similaire pour les agriculteurs des villages de Caño Amarillo, Caño Limón et La Reforma, dans la municipalité de Vista Hermosa dans le département du Meta, où 2202 familles sont inscrites au Programme national intégral de substitution de cultures illicites PNIS. Les communautés ont souligné que le montant initial de l’aide alimentaire, 12 000 000 pesos (N.d.T : 3000 US dollars ou 2760 euros), a été intégralement payé. Ensuite, « un projet de potager avec des graines de coriandre ou quelque chose comme ça est arrivé… et c’est tout », a reconnu un agriculteur de la région qui a demandé que son nom ne soit pas divulgué.

Plusieurs dirigeants s’accordent pour dire que le gouvernement national actuel a écarté le parcours de mise en œuvre du Programme national intégral de substitution de cultures illicites PNIS qui avait été proposé avec les communautés durant l’administration du président Juan Manuel Santos (président entre 2010 – 2018) et en a proposé un autre sans le socialiser.

« Le président Duque veut répondre aux besoins des 100 000 familles, il veut fournir les ressources pour répondre aux besoins des 100 000 familles, même si cela signifie 3 000 000 000 000 pesos (N.d.T : 750 000 000 US dollars ou 690 000 000 euros). Nous avons déjà investi plus de 1 700 000 000 000 pesos, il reste 1 800 000 000 000 et j’ai 700 000 000 000 cette année, c’est à dire j’aurai 2 500 000 000 000 pesos (N.d.T : 625 000 000 US dollars ou 575 000 000 euros) à la fin de 2021, souligne le directeur du PNIS.

Néanmoins, étant donné que les délais n’ont pas été respectés, « ce qui s’est passé, c’est que les gens ont mangé ce que le gouvernement leur a donné, explique M. Zapata. Le gouvernement distribue les ressources aux paysans au compte-gouttes, tous les deux ans une nouvelle composante arrive, et elle provient uniquement du Plan d’Attention Immédiate. »

Photo : Bibiana Ramirez | Texte sur la pancarte : Comité cocalero de San Pablo. PRÉSENT. Pour la substitution volontaire des cultures illicites. VIVE COCCAM

Quand on interroge Farid Murcia, dirigeant de la zone du Bajo Caguán, sur la réalisation des projets profitables dans la région, après avoir ri avec dédain, il répond : « rien, rien du tout ». Il convient que les actions ont été concentrées sur le Programme d’attention immédiate PAI (Programa de Atención Inmediata), qui n’est toujours pas terminé dans plusieurs régions, et que le reste des composantes n’a pas été réalisé.

« Les progrès des distributions des ressources pour les projets à court et à long terme sont toujours bien en deçà des objectifs établis », déclare le bureau du Procureur Général dans son rapport. Il rappelle également que dans les cas où certaines de ces étapes ont progressé, il doit se préoccuper d’accompagner les familles de manière plus assertives afin que, comme le dit le porte-parole du Coordinateur national des producteurs de coca, de pavot et de marijuana COCCAM (Coordinadora Nacional de Cultivadores y Cultivadoras de Coca Amapola y Marihuana), les ressources du Programmes ne soient pas perdues.

« Comme cet organe de contrôle l’a appris, l’assistance technique consiste en des visites de caractérisation, la définition de plans d’investissement, et la livraison d’apports, mais elle ne se poursuit pas une fois le processus terminé. Bien que la Direction de la Substitution des Cultures Illicites DSCI (Dirección de Sustitución de Cultivos Illícitos) dispose d’une équipe d’appui territoriale, celle-ci n’est pas suffisante pour couvrir ce processus d’assistance technique constante aux familles du Programme », affirme le Ministère Public.

D’autres éléments qui progressent timidement sont les Programmes d’aide immédiate PAI communautaires, qui avaient été formulés comme des actions pour améliorer les conditions de chacun des villages qui ont rejoint le PNIS.

Les communautés dénoncent l’absence de progrès majeurs dans la construction de centres de santé, de crèches rurales, ainsi que dans les repas scolaires, les petits travaux d’infrastructure et l’employabilité. Dans son rapport, le Bureau du Médiateur a également constaté des dettes dans certains de ces domaines.

En ce qui concerne les Plans intégraux municipaux et communautaires de substitution et de développement alternatif PISDA (Planes Integrales municipales y comunitarios de sustitución y Desarrollo Alternativo) qui proposaient de mettre en œuvre dans les territoires des programmes liés à l’organisation sociale de la propriété rurale et à l’utilisation des terres, aux infrastructures et à l’adaptation des terres, à la santé, à l’éducation et au logement, entres autres, le Bureau du Médiateur montre des progrès.

En mars 2021, « il y avait un nombre total (sic) de 812 initiatives des PATR Plan d’action pour la transformation régionale (Plan de Acción para la Transformación Regional) venant de PISDA, pour 48 municipalités où les Programmes de développement avec un focus territorial PDET (Programas de Desarrollo con Enfoque Territorial) coïncident avec le PNIS. Parmi ces initiatives, 268 avaient une voie de mise en œuvre activée, et 353 étaient contenues dans les plans de travail de 2020-2021 de l’Agence de Rénovation du territoire ART. Ces initiatives sont concentrées dans les municipalités de Tumaco (27), Puerto Asís (23), Puerto Rico (20), Miranda (19), la Montañita (16), Puerto Leguízamo (10), Mesetas (10) et Orito (10) ».

 

Les récolteurs en font les frais

Les récolteurs, également appelés “raspachines”, qui étaient autrefois utilisés comme ouvriers pour gratter les feuilles de coca, sont ceux qui ont été les plus négligés. Les porte-paroles des paysans et le bureau du procureur général sont d’accord.

Pour une année de travail dans des tâches d’intérêt communautaire (comme les cantines scolaires ou les routes rurales), ils sont payés 12 millions de pesos (N.d.T : 3000 US dollars ou 2760 euros). Selon le dernier rapport de suivi du PNIS publié par l’ONUDC, au 31 décembre 2020, 5701 récolteurs étaient engagés dans des activités d’intérêt communautaire dans lesquelles ils entretenaient 15 305 kilomètres de routes tertiaires ou de pistes cavalières et 9682 espaces publiques.

Dans certaines régions, ils ont été payés pour ce travail, tandis que d’autres n’ont pas même reçu leur premier paiement, selon les plaintes des communautés de certains villages de la municipalité de Mesetas, département du Meta.

« Bien que cette composante ait présenté une amélioration par rapport à 2020, elle continue d’être celle qui présente les plus grands retards dans sa mise eu œuvre, étant donné que les efforts administratifs et budgétaires sont concentrés sur le respect du PAI familial pour la majorité des familles qui sont enregistrées comme cultivatrices et comme non cultivatrices », peut-on lire dans le rapport du procureur général concernant la situation des récolteurs.

Dans les municipalités de Puerto Libertador, Montelíbano et San José de Uré, au sud du département de Córdoba, les récolteurs ont reçu les paiements pour la première période, mais dans la municipalité de Tierralta, pas une seule des 132 familles de récolteurs n’a reçu le premier paiement, et la réponse que les communautés disent avoir reçue du gouvernement national est qu’« il n’y a pas de ressources ».

Plusieurs communautés de Mesetas dans le département de Meta, où 1103 familles étaient enregistrées au PNIS : 712 comme familles de cultivateurs et de non cultivateurs et 391 comme familles de récolteurs, sont d’accord avec cette version. Beaucoup de récolteurs se sont lassés d’attendre les promesses du Programme et sont partis dans les départements de Cauca, Norte de Santander ou Guaviare pour continuer à travailler avec des cultures illicites.

« Il y a ces récolteurs qui, chaque fois que nous organisons des réunions, se plaignent de nous (les dirigeants qui ont promu l’Accord de Paix) parce qu’en fin de compte nous avons été crucifiés pour avoir joué le rôle de rédempteurs. C’est nous qui avons amené le gouvernement à l’Accord », déplore Zapata.

Pas de solutions claires

Le Programme national intégral de substitution de cultures illicites PNIS a proposé d’aider techniquement les projets profitables auxquels les familles étaient habituées, avec un budget de 19 millions de pesos (N.d.T : 4750 US dollars ou 4370 euros) pour générer des revenus sur les terres qu’elles habitaient. Cependant, dans les zones protégées sur le plan environnemental, la réalité est différente.

Dans le cas du système des parcs naturels nationaux, les restrictions sur les activités anthropiques sont assez strictes. Selon les informations fournies par les Parcs naturels nationaux, dans les zones protégées administrées par cette organisation dans les départements du Meta, du Guaviare et du Caquetá, il y a 1855 familles avec 5569 personnes qui, entre 2015 et 2021 ont été caractérisées comme devant être engagées dans des activités de conservation ou d’écotourisme, mais qui, en pratique ont basé leur économie sur l’élevage du bétail et la culture de la feuille de coca.

« Si la culture de la feuille de coca doit cesser, eh bien, elle doit cesser. Mais où est la solution ? Si aujourd’hui il y a une assiette de nourriture sur la table, c’est parce que la feuille de coca l’a produite ; donc, si je t’enlève la culture de coca mais je te donne une assiette de nourriture produite avec autre-chose, c’est bon ; mais autre chose n’est jamais arrivé. Alors, c’est seulement ‘passe-moi cette assiette de nourriture, et tu verras comment tu te défends’ », dit Ronald Echeverri, président de Nueva Colombia, l’un des villages de Vista Hermosa, dans le Meta, qui fait partie du parc naturel national de la Serranía de La Macarena.

Les communautés installées dans les zones d’intérêt environnemental aspirent à la « sécurité territoriale », c’est-à-dire qu’elles veulent obtenir des titres fonciers pour les terres qu’elles habitent. Certains colons sont installés dans cette région depuis les années 1960, bien avant qu’elle ne soit déclarée zone impossible à adjuger.

Hernando Londoño reconnaît que quand le Programme national intégral de substitution de cultures illicites PNIS est venu dans les territoires pour essayer de mettre en œuvre les projets profitables, il a découvert que les gens n’ont pas de terre : « aujourd’hui nous découvrons tous les problèmes. Les gens demandent des terres, et un programme de substitution ne peut pas devenir un programme foncier car c’est à cela que sert l’Agence foncière nationale ».

« Je sais que les gens qui ont des terres titrées ne plantent pas de coca », poursuit-il, « parce qu’ils savent qu’ils vont perdre ces terres. Ainsi, les personnes qui pratiquent des cultures illicites se trouvent soit dans la zone de réserve non titrée de la loi 2, soit dans les parcs, les réserves des indigènes, les conseils communautaires ou tout autre endroit où elles ne risquent pas de perdre quelque-chose, car elles savent que si elles sont attrapées, elles perdront leurs terres ».

Pour résoudre le problème des communautés installées dans la zone de réserve forestière, le gouvernement national a formulé des propositions telles que les Contrats de Conservation Naturelle, qui accordent aux familles installées dans ces zones le droit d’utilisation pour une durée maximale de 10 ans, prolongeable de 1 à 10 ans supplémentaires, pour les travaux que les plans de gestion des terres permettent, avec des paiements pour les services environnementaux de 800 000 pesos (N.d.T : 200 US dollars ou 184 euros) versés tous les deux mois.

« On s’attend à ce qu’avant la fin de ce gouvernement, 9596 contrats de conservation naturelle soient délivrés en Colombie, un processus qui comporte en outre un élément clé pour mettre en œuvre des processus de substitution volontaire des cultures illicites dans les zones de réserve forestière », a déclaré dans une publication de février 2021 le Conseil présidentiel pour la stabilisation et la normalisation.

Néanmoins, plusieurs communautés ont exprimé leur méfiance à l’égard de ce portail car elles estiment qu’après la résiliation de ces contrats, il n’y aurait aucune garantie légale leur permettant de continuer à vivre sur les terres qu’elles ont habitées pendant des décades.

Photo : Bibiana Ramirez | Texte sur la pancarte : Oui à la mise en œuvre des Accords, Non à l’éradication forcée.

 

Pedro Arenas, chercheur à Viso Mutop (N.d.T : Viso Mutop est une corporation qui tente d’être un point de convergence pour les questions concernant l’agriculture des plantes déclarées illégales) se souvient qu’ils ont signé des accords individuels du Programme national intégral de substitution de cultures illicites PNIS avec plusieurs familles situées dans les parcs, accords qui obligeaient l’État à fournir de l’argent pour l’entretien de ces familles. « Plus de quatre ans ont passé, et le gouvernement, avec de multiples excuses, a retardé le respect des engagements avec les familles », dit-il.

Hernando Londoño a souligné que les principaux obstacles sont le manque de financement du programme, la mauvaise planification avec laquelle il a été formulé et la réticence supposée des directeurs des parcs naturels nationaux à développer des activités productives dans ces zones protégées. (Lire davantage dans Le Programme de substitution de la feuille de coca dans les parcs naturels nationaux ralentit).

« Le Dr Londoño, – dit Pedro Arenas -, a toujours utilisé l’excuse de rejeter la responsabilité de tout ce qui se passe avec le programme national intégral de substitution de cultures illicites PNIS sur le gouvernement précédent, ou sur les fonctionnaires précédents. Je ne vais pas défendre le président précédent ou les fonctionnaires qui étaient initialement en charge du programme, ce que je veux dire clairement c’est que trois années se sont écoulées et que ce gouvernement aurait dû trouver une solution aux problèmes qu’il a trouvé dans le PNIS ».

Dans son rapport, le bureau du Médiateur a souligné qu’aucune initiative génératrice de revenus n’était mise en œuvre dans les zones de parc naturel national. « Comme l’a signalé la Direction pour la substitution des cultures illicites DSCI (Dirección de Sustitución de Cultivos Ilícitos), et comme cela a été corroboré par l’identification, il n’y a pas eu d’investissements pour des projets à court ou long terme dans ces régions. En revanche, dans les zones de réserve forestière, un investissement moyen de 95344 pesos (N.d.T : 24 US dollars ou 22 euros) par famille bénéficiaire a été identifié dans la composante des projets profitables dont le plafond est 19 000 000 pesos (N.d.T : 4750 US dollars ou 4370 euros). »

Pour Arnobis Zapata, ce qu’il faut, c’est que le Programme national intégral de substitution de cultures illicites PNIS travaille avec les parcs naturels nationaux : « Ils se jettent la balle et vont ensuite dire qu’ils ne peuvent pas faire les choses parce qu’il y a des limitations, mais ces limitations doivent être résolues par le gouvernement, ils ne peuvent pas mettre les limitations sur le dos des paysans comme si c’était eux les coupables ».

 

Fait sur Mesure

Dans plusieurs régions, on entend parler d’une initiative parallèle au Programme national intégral de substitution de cultures illicites PNIS, publiée sous le titre de ‘Fait sur Mesure’. « Il n’y a pas de document de politique publique qui montre en quoi consiste ce programme », reproche Pedro Arenas. Selon les informations de la Direction de la substitution des cultures illicites de l’Agence pour la rénovation du territoire, cette proposition a été adoptée par la résolution 27 du 6 mai 2020 ; cependant ce portail, Verdadabierta.com, n’a pas pu la trouver disponible sur internet.

Dans un document du conseil présidentiel de stabilisation et de consolidation que VerdadAbierta.com a consulté, il est indiqué que ‘Fait sur Mesure’ est une stratégie conjointe et participative qui se présente comme une alternative pour les familles qui ne sont pas enregistrées au PNIS.

« On suppose qu’avec le lancement de ces autres stratégies, il y aurait de l’argent pour d’autres propositions, mais pour respecter le Programme national intégral de substitution de cultures illicites PNIS, qui découle de l’Accord de Paix, il n’y a rien ; dire qu’il n’y a pas d’argent pour le PNIS, mais qu’il y en a pour un autre programme montre un peu de mauvaise foi », se plaint Arenas.

Dans les régions, il y a déjà de la confusion avec l’apparition de ce programme. Certains pensent que le PNIS va maintenant devenir le ‘Fait sur Mesure’, d’autres que le PNIS ne continuera pas et qu’ils doivent maintenant chercher une place dans le ‘Fait sur Mesure’. Ce que souligne Arenas, d’est que la socialisation de ce programme n’a pas été claire.

Les dirigeants qui ont suivi cette proposition la considèrent comme « étant parallèle au PNIS » et soulignent que pour que les paysans puissent accéder à ce programme, ils doivent éradiquer les cultures illicites sans recevoir aucune sorte d’aide, ils doivent posséder des terres, et il n’y a pas de montant fixe pour l’exécution des projets. De ce fait, pour Zapata, ce programme n’offre pas les garanties nécessaires aux paysans et n’apporte pas la confiance dans les territoires face à l’image de l’État déjà mise à mal avec la mise en œuvre du Programme national intégral de substitution de cultures illicites PNIS.

« C’est une stratégie de substitution qui dépend de l’existence d’un budget pour les autorités territoriales. Cela revient à mettre un fardeau de plus sur les autorités territoriales et à prendre des ressources là où il n’y en a pas pour mettre en œuvre un truc qui n’aboutira à rien, car les autorités territoriales ne seront pas en mesure de se conformer à tout ça. Si elles ne peuvent pas se conformer au PNIS, qui était censé avoir un financement… », condamne le porte-parole de Coccam.

 

Le Programme national intégral de substitution de cultures illicites PNIS a-t-il un avenir ?

Photo : Bibiana Ramirez

Plusieurs dirigeants ont souligné l’engagement de leurs communautés en faveur de l’éradication volontaire et la création de zones sans feuille de coca, comme dans le cas du village de Gaviotas et de la réserve des indigènes Nasa de Candilejas, dans la municipalité d’Uribe, dans le sud du département du Meta.

Ces communautés cultivent désormais des bananes, des avocats, du cacao et des fruits de la passion, mais rien de cela ne fonctionne : le mauvais état des routes rend l’agriculture non rentable. Les agriculteurs avaient espéré que les travaux promis dans l’Accord de Paix seraient réalisés en harmonie avec la mise en œuvre du Programme national intégral de substitution de cultures illicites PNIS, mais jusqu’ à présent, il n’y a eu aucun progrès clair.

Un défenseur des droits humains de l’Espace de paix régional du département du Cauca, qui préfère garder son nom confidentiel en raison des niveaux élevés de violence dans le département, a reconnu que dans plusieurs régions du département, la culture de la feuille de coca augmente en même temps que la méfiance à l’égard de l’Agence pour la rénovation territoriale.

D’autre part, les communautés qui ont habité des régions qui font partie des zones de réserve forestière, établies depuis 1959 avec la loi 2, et qui avaient éradiqué toute feuille de coca, ont commencé à ouvrir des parcelles dans la jungle amazonienne, comme l’ont raconté à ce portail des agriculteurs de Bajo Caguán.

Le porte-parole national du mouvement des producteurs de coca, pavot et marijuana Coccam considère que le panorama le plus regrettable est observé dans les régions où il n’y a pas de processus organisationnels solides et où le mécontentement existe, mais où les revendications ne sont pas exprimées. « Là-bas, le gouvernement a fait ce qu’il voulait et les gens ont reçu ce qu’ils voulaient », dit-il.

Les communautés ont envisagé ne plus recevoir de ressources du Programme national intégral de substitution de cultures illicites PNIS si le gouvernement national ne travaille pas avec ces communautés pour corriger l’orientation du programme, garantir les ressources et progresser dans la réforme rurale intégrale, car elles craignent que si la mise en œuvre du PNIS se faite au compte-gouttes, à la fin le gouvernement à Bogotá va assurer qu’elle a été réalisée, alors que la réalité dans les régions révèle qu’elle a été un échec.

Avec la volonté politique, l’allocation de ressources et le lien à la réforme rurale intégrale, il est très possible qu’un grand nombre de paysans puissent sortir de l’illégalité, déclare le porte-parole de COCCAM.

Pour sa part, le Bureau de Procureur Général considère que les plus grands défis pour la gestion du PNIS résident dans la mise en œuvre de ses composantes en termes de coordination interinstitutionnelle, de la couverture des questions les plus importantes conjointement avec la Réforme rurale intégrale, et du suivi des opérateurs engagés pour la mise en œuvre du programme.

« Les gens ont encore l’idée que le Programme national intégral de substitution de cultures illicites PNIS peut fonctionner, qu’il a des opportunités. Ce qui doit se passer, c’est un gouvernement qui ait la capacité de comprendre que les paysans ne sont pas des criminels, qu’ils sont des sujets de droit, et qu’il doit allouer un budget pour les sortir de la situation où ils se trouvent actuellement », conclut Zapata qui, malgré tout, se risque à dire que le programme intégral de substitution des cultures illicites continue d’être une alternative viable.

 

Sources

Article « Programme national intégral de substitution de cultures illicites PNIS, un programme mis en œuvre au compte-gouttes » en espagnol et anglais :

https://tortuoso-camino-implementacion.verdadabierta.com/silencio-fusiles-duro-poco/

https://tortuoso-camino-implementacion.verdadabierta.com/en/pnis-a-program-implemented-in-dribs-and-drabs/

Présentation complète avec les 13 articles :

https://tortuoso-camino-implementacion.verdadabierta.com/

 

Traduit de l’espagnol par Evelyn Tischer