Grèce. Quatre Athéniens font bouger les consciences : Xenia [2/4]

17.09.2015 - Gwladys Louiset

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Grèce. Quatre Athéniens font bouger les consciences : Xenia [2/4]
Crédit images : Gwladys Louiset

En septembre 2013, une semaine après l’assassinat d’un jeune rappeur activiste par un membre du parti fasciste de l’Aube Dorée, Gwladys Louiset part à la rencontre de quatre Athéniens qui ont trouvé en eux des ressources pour se battre malgré le contexte difficile. Simples citoyens, ils s’évertuent à créer et à faire bouger les consciences. Au-delà de toutes considérations économiques et politiques, c’est le facteur humain qui intéresse avant tout la photographe.

Ce reportage comprend les portraits et interviews de ces quatre Athéniens ainsi que des clichés illustrant le contexte de l’époque qui n’a guère changé depuis.

XENIA

Xénia est une Athénienne de 25 ans. L’interview a eu lieu sur fond de concert à la fête de la jeunesse de Syriza, parti politique né d’une coalition de mouvements politiques de gauche. Xénia est très active en tant que journaliste freelance. Elle m’a spontanément parlé du malaise qu’elle éprouvait vis-à-vis de son travail au parlement grec.

 « Je veux être libre de choisir pour qui je travaille. Je suis bénévole pour des radios sur lesquelles tu es libre de t’exprimer. »

Où travailles‑tu ?

J’ai toujours jugé de façon très dure ce qui se passait au niveau politique en Grèce. Cela n’est donc pas évident pour moi de travailler au parlement car ce qui est important pour moi, ce n’est pas ce que tu penses ou ce que tu dis, mais c’est ce que tu fais. J’ai beaucoup stressé quand on m’a proposé de travailler au parlement, c’est comme si je trahissais mes convictions. Je me rassure en me disant qu’ainsi je ne laisse pas le poste à quelqu’un qui est déjà corrompu. Mais je garde mes convictions. Depuis que j’ai ce boulot, pour garder un certain équilibre, j’ai beaucoup plus d’activités activistes, car quand tu vois le niveau de corruption de l’intérieur, la rage et la volonté augmentent pour changer les choses.

 

Qu’as tu étudié à la fac ?

Média communication et civilisation à l’université et j’ai fini l’année dernière. J’ai commencé mes études trois ans avant la crise. Mais comme la fac était squattée et qu’il y a eu beaucoup de manifestations entre 2006 et 2007, j’ai raté des examens et pris du retard. Je veux être journaliste. Pour moi, la politique et le journalisme vont de pair.

Quelles sont les activités qui te tiennent le plus à cœur ?

Ecrire et faire de la radio. Je vais bientôt travailler dans une radio plus politisée. J’ai débuté par un stage pour la chaîne nationale. Mais après le début de la crise je ne voulais plus travailler pour une station appartenant au système. On sait maintenant qui travaille pour ou contre le système. Il y a des journaux et des chaînes corrompues, je veux être libre de choisir pour qui je travaille. Je suis bénévole pour des radios sur lesquelles tu es libre de t’exprimer.

Avant cette période de crise, avais-tu des certitudes que tu as aujourd’hui abandonnées ?

J’étais très radicale et pensais que tous ceux qui travaillent pour le parlement étaient corrompus. Je suis un exemple que tout n’est pas ainsi.

« S’il y a des gens qui ont besoin d’être convaincus par quelqu’un, ce sont des gens qui ne veulent pas voir la réalité en face. »

Penses-tu que de nouvelles valeurs sont apparues dans la société grecque ?

Il y a quelque chose qui a vraiment changé : la question de l’unité. Je croyais que les anarchistes, la gauche, les communistes, la gauche extra parlementaire, étaient des partis très différents les uns des autres. Mais de l’intérieur, j’ai vu que le système est très fort, et que l’on doit tous lutter ensemble. Même si les opinions divergent, ces partis doivent faire face au système corrompu. Les convictions différentes, c’est une affaire antérieure. Le mot camarade est maintenant utilisé entre tous les gauchistes, pas seulement au sein d’un même parti. Pour moi, tous ceux qui sont actifs, (les cuisines de solidarité, les associations, les manifestants) sont des camarades. En ce qui concerne les amis et les rapports humains, la crise a révélé des choses qui avant n’étaient pas apparentes, juste sous-jacentes. Parfois tu es triste car tu dois couper les ponts avec des gens aux opinions très différentes. Avant je pensais pouvoir convaincre les gens. Maintenant, il y a les médias : si tu veux savoir, tu peux. S’il y a des gens qui ont besoin d’être convaincus par quelqu’un, ce sont des gens qui ne veulent pas voir la réalité en face.

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Catégories: Europe, International, Interviews, Politique
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