En septembre 2013, une semaine après l’assassinat d’un jeune rappeur activiste par un membre du parti fasciste de l’Aube Dorée, Gwladys Louiset part à la rencontre de quatre Athéniens qui ont trouvé en eux des ressources pour se battre malgré le contexte difficile. Simples citoyens, ils s’évertuent à créer et à faire bouger les consciences. Au-delà de toutes considérations économiques et politiques, c’est le facteur humain qui intéresse avant tout la photographe.

Ces reportages comprennent les portraits et interviews de ces quatre Athéniens, ainsi que des clichés illustrant le contexte de l’époque qui n’a guère changé depuis.

SERGIO

Sergio est ingénieur et a 34 ans. Il vit à Athènes dans un appartement meublé de manière très minimaliste. Sergio ne s’attache pas aux choses matérielles : le vide qui règne dans son appartement tranche avec la vie trépignante qu’il mène à l’extérieur et au foisonnement d’idées et de raisonnements qui l’animent au quotidien. Il m’a principalement parlé de l’activité qui rythme sa vie depuis quelques années : le théâtre activiste.

Pourquoi fais-tu du théâtre activiste ?

Depuis longtemps je consommais l’art et la littérature sans m’exprimer. Quand je m’en suis rendu compte, cela m’a fait peur et j’ai commencé à être productif. J’ai donc commencé le théâtre de rue et le théâtre corporel. Mais parmi toutes les formes d’expressions, c’est le théâtre activiste qui me plait le plus aujourd’hui : dans le théâtre activiste, la technique compte moins. Il s’agit d’une réelle intervention dans la société. Pour moi, cette activité est équivalente à la participation aux manifestations ou aux collages d’affiches. J’ai l’impression que c’est quelque chose qui parle aux gens. J’ai vu des consciences changer lors de nos représentations.

Je fais cela depuis maintenant 3 ans. Ce groupe est né durant la crise économique.

« Dans le théâtre activiste, la technique compte moins. Il s’agit d’une réelle intervention dans la société. Pour moi, cette activité est équivalente à la participation aux manifestations ou aux collages d’affiches. J’ai l’impression que c’est quelque chose qui parle aux gens. J’ai vu des consciences changer lors de nos représentations. »

C’est autour d’un café grec que Sergio me raconte sa vie de maintenant. Un plaisir local qui est loin de disparaître.

En quoi te sens-tu utile en ces temps de troubles ?

Ce théâtre qui aspire au changement social est inspiré du “théâtre de l’opprimé” inventé par le brésilien Augusto Boal. En pratique, nous présentons aux spectateurs une histoire qui se termine d’une certaine manière. Les spectateurs sont ensuite invités à réfléchir à une autre issue possible et à la jouer sur scène. Ce n’est pas une méthode didactique et figée car le public n’est pas passif : c’est une histoire d’interactivité, de collaboration. Nous cherchons des réponses aux questions avec le public. Ce théâtre est donc très utile car c’est une forme d’activisme qui pose des questions au lieu d’imposer des réponses. Les gens en ont marre de la théorie, du verbalisme. Les gens ont besoin de réponses simples et pratiques. Nous voulons juste présenter nos peurs, nos questionnements, nos doutes mais d’une façon pratique. Nous jouons dans des écoles, dans des milieux apolitiques (mairies), dans des milieux plus politisés (gauchistes, anarchistes)…

Qu’as-tu découvert sur toi?

Je continue à participer aux manifestations et aux groupes politiques mais j’ai trouvé une manière de faire de l’activisme d’une manière réellement différente qu’auparavant. J’adore le théâtre, cela m’aide à m’exprimer, à être créatif, je trouve même cela plus utile que mon travail d’ingénieur.

As-tu peur ?

Quelquefois, je pense que ce n’est pas très bon que mon nom apparaisse sur toutes les affiches concernant le théâtre anti-fasciste. Si les événements deviennent plus violents qu’aujourd’hui, on pourrait devenir des cibles. En même temps, on est dans la merde, on lutte tous les jours, on est exposé tous les jours, ce n’est pas très très grave…

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