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Le problème du nazisme en Ukraine – Article complet

 

L’entrée en scène de Zelensky

En 2019, on a pu constater à quel point le régime était encore sous l’emprise de la minorité bandériste[1]. Zelensky n’a pas donné suite aux accords de Minsk qui auraient rétabli la légalité de l’usage de la langue russe dans la sphère publique et auraient permis de rétablir les pensions de vieillesse pour les personnes du Donbass. Il s’est fait élire pour réaliser la paix, mais il s’est vite associé au groupe néo-nazi Azov. Igor Kolomoysky qui a financé et appuyé sa campagne finançait aussi le groupe Azov. Zelensky est d’ailleurs apparu devant l’assemblée nationale grecque avec un membre du groupe Azov. Des députés du parti politique Syrisa se sont levés et ont quitté la salle en guise de protestation[2]. Zelensky a également consacré le commandant de Secteur droit Dmytro Kotsyubaylo héros de l’Ukraine.

Au pays, Stepan Bandera est érigé en héros et on organise des marches en son honneur à chaque 1er janvier, le jour de son anniversaire. C’était encore le cas en 2022[3]. Ainsi, à l’occasion de la manifestation en faveur de Bandera le 1er janvier 2022, Andriy Tarasenko, chef du parti nationaliste Secteur droit, déclare : « Aujourd’hui, alors qu’il y a une guerre avec l’occupant sur le front et que la lutte contre la ‘cinquième colonne’ se poursuit à l’arrière, nous nous souvenons et honorons la mémoire de Stepan Bandera »[4]. L’ambassadeur de l’Ukraine en Allemagne a refusé de dénoncer Bandera à la télévision allemande, ce qui montre l’attitude officielle à son endroit[5].

Zelensky a été amené à bannir les partis politiques qu’il juge « pro-russes » et à interdire les chaînes de télévision qui s’opposent à lui. Il a même considéré la possibilité de ne pas tenir l’élection présidentielle prévue pour 2024. Pour leur part, les États-Unis veulent cette élection, à la fois pour conforter l’idée que l’Ukraine est « une démocratie » et pour se donner la possibilité d’écarter par la voie électorale un Zelensky devenu symbole de l’échec de toute leur politique ukrainienne.

Force est de constater qu’une infime minorité de néo-nazis, fortement soutenue par l’Occident, a entraîné un pays entier dans un conflit avec la Russie. Ce conflit s’explique par une russophobie qui remonte loin dans le temps, à laquelle s’ajoute un alignement sur l’OTAN, alliance militaire hostile à la Russie. Zelensky lui-même a été emporté par la vague malgré ses apparentes bonnes intentions initiales officiellement annoncées pour se faire élire en 2019. Le nationalisme ukrainien est légitime mais les bandéristes l’ont détourné pour rendre impossible le bon voisinage avec la Russie et la reconnaissance d’une minorité russophone présente sur le territoire, d’où la guerre civile provoquée depuis 2014 et le refus d’appliquer les accords de Minsk. Les États-Unis ont profité de l’existence de ces néo-nazis pour attiser le conflit afin d’affaiblir la Russie. Le problème s’est amplifié au point où la Russie a déclenché une opération militaire spéciale pour empêcher l’installation de l’OTAN à sa frontière sud, imposer la neutralité du pays, mettre fin aux exactions contre les russophones, de même que pour démilitariser et dénazifier l’Ukraine [6].

Nous disposons de données qui confirment de plus en plus le projet de cette instrumentalisation. Dès 2015, le Représentant démocrate Adam Schiff faisait allusion à l’utilité de se battre contre la Russie en Ukraine au lieu d’avoir à mener le combat aux États-Unis (« United States aids Ukraine and her people so that we can fight Russia over there as a way not to fight Russia over here »)[7]. Le secrétaire d’État à la défense des États-Unis, Lloyd Austin, a pour sa part admis que les Américains cherchaient à affaiblir la Russie[8]weakening Russia… inflicting to Russia a bloody nose »). L’aide américaine à l’Ukraine, selon le sénateur Lindsay Graham, est un combat devant être mené « jusqu’au dernier ukrainien » (« to the last Ukrainian »)[9]. L’ancien secrétaire à la défense Leon Panetta, quant à lui, le reconnut d’emblée : les États-Unis mènent en Ukraine une « guerre par procuration »[10]. On peut même trouver sur Youtube un clip dans lequel Hilary Clinton établit une comparaison entre la stratégie américaine en Afghanistan ayant servi à affaiblir les Russes et celle qui était présentement en cours en Ukraine[11]. Selon elle, les Américains se sont servis des Moudjahidines pour combattre la Russie en Afghanistan et maintenant ils se servent des Ukrainiens pour combattre les Russes. Cette analogie Afghanistan-Ukraine sous-tend la stratégie américaine dans le conflit en Ukraine.

L’instrumentalisation du peuple ukrainien à l’instigation des néocons ne se résume pas seulement à l’idée d’une guerre par procuration. Elle se double d’une insensibilité absolue à l’égard du peuple ukrainien. Oliver North a décrit la situation comme impliquant « leur sang et nos balles » (« their blood our bullets »)[12]. Le Général à la retraite Keith Kellog, conseiller du vice-président Mike Pence, a affirmé que la guerre menée par les États-Unis à la Russie relevait du plus haut professionnalisme (« acme of professionalism »). Utiliser l’Ukraine pour combattre la Russie permettait d’éliminer un adversaire stratégique (« takes a strategic adversary off the table ») sans faire usage de troupes américaines. Cela permettait de se concentrer ensuite sur le plus important adversaire, la Chine[13]. Lindsay Graham considère que les cent milliards de dollars consentis à l’Ukraine pour tuer des Russes sont le meilleur investissement en dépense militaire jamais fait par les États-Unis[14]. Le Sénateur républicain Mitt Romney a répété en toute candeur la même chose[15]. On affaiblit les Russes sans perte de vie américaine. Cette franchise est aussi celle de Bill Kristol, néocon notoire[16].

Les Américains sont engagés dans une guerre par procuration qui a conduit l’Ukraine au bord du précipice. Pour les néocons, dépenser plus de 110 milliards de dollars constitue un investissement rentable parce à qu’il permet d’espérer affaiblir la Russie sans aucune mort de soldats américains. Peu importe si cela entraîne dans la mort plus de 500 000 personnes. Ce désastre infini est le pur produit d’une convergence d’intérêts entre une minorité néo-nazie et l’establishment des États-Unis. D’ailleurs, les États-Unis et l’Ukraine votèrent contre la résolution de l’ONU du 16 décembre 2021 visant à condamner le nazisme. En effet, par un vote enregistré de 130 voix pour, 2 contre (Ukraine, États-Unis) et 49 abstentions, l’Assemblée a ensuite adopté le projet de résolution I, « Combattre la glorification du nazisme, du néonazisme et d’autres pratiques qui contribuent à alimenter les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l’intolérance qui y est associée.” [17] Les deux votèrent à nouveau de la même façon le 16 mars 2022. [18] Les États-Unis se sont opposés aux résolutions condamnant le nazisme depuis qu’elles ont été soumises en 2005.

Conclusion

L’influence des néonazis en Ukraine dépasse largement leur importance en nombre. Même s’ils sont relativement peu nombreux, ils ont joué un rôle clé dans le renversement du régime (Secteur droit) en 2014, dans les politiques qui ont immédiatement suivi l’« élection » de « Yats » et dans la guerre civile au Donbass. Sous leur influence, il a été impossible d’appliquer les accords de Minsk et, pour Zelensky, de remplir sa promesse de restaurer la paix.

L’incontournable réalité est que le régime dont Zelensky est la tête d’affiche de cette mouvance néo-nazie[19]. C’est une infime minorité de la société ukrainienne, mais elle a le contrôle politique et militaire, et elle donne le ton à la politique du pays. En déclenchant une guerre civile en 2014 et en mettant l’Ukraine à la disposition de l’OTAN, alliance militaire ouvertement hostile à son voisin russe, elle a infligé au peuple ukrainien un conflit dévastateur, attisé et alimenté par les États-Unis et l’OTAN. Le peuple ukrainien avait voté pour la paix et la réconciliation, mais les autorités de Kiev et de Washington en ont décidé autrement.

 

Notes

[1] Lev Golinkin, « Neo-Nazis and the Far Right Are On the March in Ukraine. Five years after the Maidan uprising, anti-Semitism and fascist-inflected ultranationalism are rampant », The Nation, February 22, 2019:

https://www.thenation.com/article/politics/neo-nazis-far-right-ukraine/

[2] https://www.youtube.com/watch?v=F0tAWaNEhU8

https://www.euractiv.fr/section/politique/news/le-discours-de-volodymyr-zelensky-au-parlement-grec-eclipse-par-la-video-du-bataillon-azov/

https://towardfreedom.org/story/archives/europe/how-ukraines-jewish-president-volodymyr-zelensky-made-peace-with-neo-nazi-paramilitaries-on-front-lines-of-war-with-russia

[3] https://www.youtube.com/watch?v=db0VQSPE9t0&ab_channel=APArchive

[4] https://www.timesofisrael.com/hundreds-of-ukrainian-nationalists-march-in-in-honor-of-nazi-collaborator/

[5] https://www.youtube.com/watch?v=MaGmeKvxY9c&ab_channel=DjukiSan

[6] « Profile: Who are Ukraine’s far-right Azov regiment? The far-right neo-Nazi group has expanded to become part of Ukraine’s armed forces, a street militia and a political party », Aljazeera, Published On 1 Mar 2022

https://www.aljazeera.com/news/2022/3/1/who-are-the-azov-regiment

[7] https://www.youtube.com/watch?v=4d4rcoPulY4&ab_channel=UsefulIdiots

[8] https://www.washingtonpost.com/world/2022/04/25/russia-weakened-lloyd-austin-ukraine-visit/?fbclid=IwAR1-OUjDwlU6GYURvq75kCumRsvBUZmR2psrnS-CcDSNoPKX6erYyQ3WE90

[9] https://www.youtube.com/watch?v=yJvXqtYdJqk&ab_channel=UsefulIdiots

[10] https://www.youtube.com/watch?v=ZPWu7cPPVv0&ab_channel=BloombergPolitics

[11] https://www.youtube.com/watch?v=cUu4vVYa9aE&ab_channel=numuves

[12] https://www.youtube.com/watch?v=8tsg0MTZv2A&ab_channel=AMontanaCitizen

[13] https://www.youtube.com/watch?v=N51j1XN0y64&ab_channel=WorldPolitics

[14] https://morganton.com/news/lindsey-graham-russians-are-dying-best-money-weve-spent/video_be53de64-9d16-5656-ba0f-2e7f56f46426.html

[15] https://www.youtube.com/watch?v=nXJJw9MV-ak&t=6s&ab_channel=SenatorMittRomney

[16] https://www.youtube.com/watch?v=Y2Ne6QL3M3M&ab_channel=CaitlinJohnstone

[17] https://digitallibrary.un.org/record/3954148?ln=fr#record-files-collapse-header .Voir aussi la réaction de l’ancien ambassadeur britannique en Ouzbékistan, Craig Murray : « The Ukrainian vote against the U.N. resolution against Nazism was motivated by sympathy for the ideology of historic, genocidal active Nazis. It is as simple as that », Consortium News, December 23, 2021:

https://consortiumnews.com/2021/12/23/us-ukraine-refuse-to-condemn-nazism-at-un/?fbclid=IwAR0oulg-M7eAktG-NcU-KibcLgGvflpbTEt5sZHO-JosWjIBCpsSnE9golQ

[18]  https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2022/03/17/pourquoi-ukraine-et-etats-unis-n-ont-pas-vote-la-resolution-de-l-onu-condamnant-le-nazisme_6117956_4355770.html

[19] https://thegrayzone.com/2022/03/04/nazis-ukrainian-war-russia/