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Il y a 32 ans, le 29 mars 1990, 139 enfants russes, ukrainiens et biélorusses arrivaient à Cuba, après l’explosion du réacteur numéro 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl. Ce jour-là naissait le programme humanitaire le plus long de l’histoire.

Cubaperiodistas se rappelle de cette date et republie ces histoires, comme une contribution et un encouragement à la véritable paix et à un monde meilleur.

 

Épisode 1

Épisode 2

Épisode 3

Épisode 4

En mars 1990 est arrivé à Cuba le premier groupe d’enfants des zones les plus touchées par l’explosion du réacteur numéro 4 de la Centrale Nucléaire de Tchernobyl. En juillet de cette même année, grâce au travail de milliers de cubains bénévoles, presque toutes les installations avaient été préparées pour recevoir massivement des enfants de Russie, Biélorussie et Ukraine.

Dans un premier temps, le Ministère de la Santé Publiques de Cuba a dirigé le programme. Toutes les institutions de santé et centres de recherche de la capitale se sont mobilisés en raison de l’ampleur et de la complexité du programme. Cela coïncidait également avec une période difficile pour Cuba après la disparition du Parti Socialiste et la fin de l’URSS en 1991. Toute la société s’est retrouvée mobilisée bénévolement d’une manière ou d’une autre, en tant que traducteurs, de professionnels de secteurs très différents, y compris le système éducatif cubain.

Le Ministère des Communications par exemple permit aux enfants dont les parents étaient restés dans leur pays de communiquer par téléphone. Le Ministère du Transport a facilité les transferts de patients vers les hôpitaux, les centres médicaux, et a même organisé des excursions qui permettaient la rééducation psychologique. De la même manière, en lien avec le Ministère de la Culture, des activités culturelles furent organisés à Tarara afin d’apporter de la joie aux enfants qui vivaient là-bas.

Les pays mobilisés organisaient les transports aériens jusque Cuba. Tous les autres soins étaient pris en charge par Cuba, sans rien demander en échange.

Dr. Julio Medina, médecin du programme depuis sa fondation et directeur entre 1998 et 2011. Photo : Maribel Acosta

Le Dr. Julio Medina, membre de l’équipe du programme médical depuis le début et directeur du programme à partir de 1998, indique que le programme put durer malgré les circonstances grâce au système politique qui a permis de mobiliser et d’organiser des ressources, à la puissance du système de santé cubain, et à l’humanité sans borne des professionnels de santé de l’île qui ont soigné à la fois les enfants cubains et les enfants de Tchernobyl dans les mêmes salles d’hôpital de la capitale.

Le programme a évolué au fur et à mesure. Nous pouvons aujourd’hui parler de plusieurs périodes. Jusqu’en 1992, la première période, les patients venaient des trois pays. Après 1992, le nombre d’enfants russes et biélorusses a diminué au profit des enfants ukrainiens.

Au cours des dix premières années, près de 2000 personnes – enfants et accompagnants – se trouvaient constamment à Tarara. Ceux qui étaient guéris rentraient dans leur pays pour laisser place à ceux qui arrivaient. Lors de cette première période, les vols vers La Havane étaient payés à la fois par les fonds internationaux d’aide humanitaire pour les victimes de Tchernobyl et par d’autres organisations internationales.

Enfant de Tchernobyl à Tarara. Photo : Archives de l’équipe médicale.

Mais par la suite, les solutions de transport aériennes se sont complexifiées et il a fallu commencer à transporter les enfants sur des vols réguliers, rendant leur arrivée plus difficile. Cuba et le gouvernement ukrainien ont dû limiter le nombre d’enfants à 600, ce qui permettaient d’assurer le transport et la préparation des infrastructures d’accueil nécessaires à Tarara.

Ce fut l’étape la plus compliqué du programme : il a fallu le préparer et le mettre en place, soigner les enfants les plus malades et s’occuper de leurs familles qui recevaient également des soins médicaux. Pour les scientifiques et les médecins, ce fut une étape d’expérimentations, d’apprentissages et d’enregistrements des résultats pour pouvoir les analyser et les présenter lors de conventions internationales. Cela permettait de rendre compte des résultats du travail opéré par les médecins et les scientifiques.

La seconde période correspond à ce que le Dr. Julio Medina présente comme la solution trouvée pour garantir la continuité du programme à Cuba avec l’ouverture d’un programme médical similaire en Ukraine courant de l’année 1998, dans un sanatorium en Crimée. C’est ainsi que la collaboration s’est développée entre les spécialistes cubains et ukrainiens au niveau des soins médicaux. Cela permettait de palier les difficultés liées au transport aérien.

Tarara et la Crimée sont restés ouverts jusqu’à la fin du programme humanitaire en 2011. Cela a contribué à renforcer le système de santé ukrainien au fur et à mesure et à gérer plus efficacement les conséquences de la catastrophe nucléaire sur la population. À la fin des années 90, de nouvelles alternatives de traitement ont également commencé à se développer à l’Institut d’Hématologie de Kiev. La collaboration entre Cuba et l’Ukraine, l’expérience vécue à Cuba, les recherches menées conjointement et l’application de protocoles internationaux de soins médicaux ont facilité les soins sur les patients.

Le programme se poursuivit jusqu’en 2011. Lors de la dernière période il y eu moins de patients à Cuba. Capitalisant sur les efforts et la concentration massive faits pendant les deux premières périodes, les pratiques médicales et scientifiques, fruits du travail de milliers de professionnels cubains, ont été consolidées. De nombreux textes et références ont été traduits, pour être utilisés dans la mesure des radiations et leur interprétation postérieure.

Le Centre de Protection et d’Hygiène des Radiations de Cuba a développé dès l’année 1990 des études dosimétriques et biomédicales pour évaluer l’impact de la catastrophe. Ce fut essentiel pour connaître les niveaux de contamination, estimer les doses de radiation et leur influence sur la thyroïde, ainsi que suivre les pathologies issues de la contamination dans les régions de provenance. Les professionnels de ce centre de recherche conservent encore dans leurs archives des notes sur les équipements et les suppléments utilisés, certains d’ailleurs élaborés par le centre, ainsi que les registres d’origine de leurs recherches.

Cela a permis de créer une base de données importante, considérée par les experts internationaux comme unique en son genre dans le monde. L’étude réalisée à Cuba devient la source de données la plus reconnue dans l’évaluation de l’impact radioactif de l’accident de Tchernobyl.

Par ailleurs, le programme fut non seulement une expérience médicale et scientifique, mais aussi humaine et culturelle. Les enfants qui sont restés longtemps à Cuba ont pu continuer leurs études, fraterniser avec les enfants de Cuba en dansant, jouant, visitant, partageant leurs habitudes alimentaires et leur culture. Certaines traditions de l’île comme la célébration des quinze ans des adolescentes cubaines ont également été fêtées pour les adolescentes de Tchernobyl. Chaque jeune fille qui fêtait ses quinze ans à Cuba avait le droit à sa fête.

Les témoignages d’un grand nombre de professionnels cubains et de patients qui ont séjourné longtemps sur l’île ou qui y sont restés sont importants pour pouvoir appréhender la dimension de ce programme humanitaire. Leurs histoires sont également les voix de Tchernobyl.

 

Les enfants de Tchernobyl, en images

Fidel avec une fille à Tarará. Photo : dossier du personnel de l’équipe médicale

Fiche de mesure des radiations 1993. Photo : Archives du Centre cubain de radioprotection et d’hygiène.

Enfants de Tchernobyl à Tarara Photo : Archives de l’équipe médicale.

Des enfants de Tchernobyl lors d’activités festives à Tarara. Photo : Archives de l’équipe médicale.

Enfants de Tchernobyl à Tarará lors d’une activité sportive. Photo : Archives de l’équipe médicale.

Enfants de Tchernobyl en train de recevoir un traitement médical. Photo : équipe médicale des archives.

Mesure des radiations. Photo : Archive Centro de Protección e Higiene de las Radiaciones de Cuba.

Impact du programme dans la presse ukrainienne. Photo : dossier du personnel de l’équipe médicale cubaine

Équipe médicale cubano-ukrainienne en Ukraine. Photo : dossier du personnel de l’équipe médicale

Équipement de mesure des radiations. Photo : Archives du Centre cubain de radioprotection et d’hygiène.

 

L’article original se trouve sous ce lien : Los ninos de Chernobil en Cuba una historia no contada, parte 2

 

(*) L’auteure,

Directrice du département de Journalisme, Professeure à la Faculté de Communication de l’Université de La Havane. Présidente de la Chaire de Journalisme Cinématographique Santiago Álvarez.

 

Traduction de l’espagnol, Frédérique Drouet