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Il y a 32 ans, le 29 mars 1990, 139 enfants russes, ukrainiens et biélorusses arrivaient à Cuba, après l’explosion du réacteur numéro 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl. Ce jour-là naissait le programme humanitaire le plus long de l’histoire.

Cubaperiodistas se rappelle de cette date et republie ces histoires, comme une contribution et un encouragement à la véritable paix et à un monde meilleur.

 

Épisode 1

Épisode 2

Épisode 3

Épisode 4

Témoignages : Xena et Obed, médecins, Nilda et Osvaldo, traducteurs

Xenia…

En 1990, la doctoresse Xenia Laurenti s’engageait pour des missions médicales. Au Nigeria tout d’abord, puis ensuite dans une zone de Sibérie de l’ex-URSS avec d’autres spécialistes argentins. Lorsque la catastrophe de Tchernobyl eut lieu, elle venait de terminer une formation en russe à Cuba et on lui demanda d’intégrer le programme médical à Tarara. Elle fut médecin du programme jusqu’à la fin, en 2011, tout particulièrement reconnue pour la relation particulière tissée avec les patients et leurs familles, qui se poursuit toujours aujourd’hui.

Xenia est témoin non seulement des soins apportés aux premiers enfants arrivés, mais aussi du retour de beaucoup d’entre eux à Cuba pour faire soigner leurs propres enfants. Elle a fait partie de l’équipe médicale qui a travaillé dans la station balnéaire de Eupatoria en Crimée à partir de 1998 afin de poursuivre les soins médicaux initiés à Cuba ou pour soigner directement les enfants en Crimée. Elle a travaillé deux ans à Eupatoria et elle fut témoin de l’évolution de patients connus enfants qui sont devenus adultes et qui ont à leur tour eu des enfants, eux-mêmes affectés par les conséquences de la catastrophe nucléaire.

Xenia se souvient de Saslavsky, arrivé à Cuba à 9 ans. On lui diagnostiqua une maladie neurologique et de multiples déformations osseuses. On le soigna au Centre International de Rééducation Neurologique (CIREN) où il subit plusieurs opérations. Après plus de 10 ans passés à Cuba, il est rentré en Ukraine à la marche. Xenia se souvient également que la maman de Saslasvsky était présente tout le temps avec lui, sans jamais rentrer dans son pays, ce qui représenta un facteur décisif dans sa guérison.

Cette doctoresse se remémore également Stephanie, qui arriva à l’âge de 4 ans à Cuba avec un angiome caverneux, une malformation cardiaque très grave qui entraînait des déformations du visage. Elle subit plusieurs interventions chirurgicales, des greffes maxillo-faciales. Elle est rentrée en Ukraine en novembre 2011, sa maladie et son apparence physique avaient progressé favorablement. On se souvient de Stephanie pour sa sympathie, son apprentissage parfait de l’espagnol. La jeune fille se rendit par la suite à Cuba avec sa maman, elle rechercha la doctoresse Xenia. Lorsque Xenia se maria pour la deuxième fois, bon nombre de ses patients revinrent à Cuba pour fêter l’évènement. Elle dédia sa jeunesse au programme. Ses archives personnelles sont une balade à travers sa vie, amoureuse et pleine.

Obed…

Le Docteur Obed Hernández travaillait à Tarara en 1989 lorsque la station balnéaire était le Campement de Pioneros José Marti pour les enfants cubains. Il est resté y travailler lorsque l’endroit fut transformé en lieu d’accueil des patients de Tchernobyl. Obed se souvient surtout de l’impact psychologique sur les patients, une terreur collective et un sentiment d’abandon extrêmement fort, particulièrement chez ceux qui venaient de Pripyat où ils avaient laissé derrière eux tous leurs souvenirs et leurs affaires. Obed confirme que presqu’aucun enfant n’était complètement sain. Plus de 70 pourcent d’entre eux présentaient des maladies liées à la thyroïde.

Obed fit partie de l’équipe médicale cubaine qui alla en Crimée à deux reprises. Pendant trois ans, puis pendant cinq ans. Il rencontra une ukrainienne là-bas et se maria avec elle. Il se rappelle entre autre d’un enfant victime d’un accident de voiture et pour lequel son père est venu lui demander de l’aide pour soigner ses multiples blessures. Après un an passé à Cuba, l’enfant remarchait.

Nilda…

Les traducteurs travaillaient 24 heures sur 24 à Tarara. Ils se relayaient et étaient essentiels dans les relations avec les médecins et le personnel paramédical, tant pour communiquer les informations que les émotions. María Nilda Báez raconte qu’en voyant les enfants aussi longtemps, ils en venaient à faire partie de la famille. Elle débuta à Tarara au sein du service de physiothérapie et se souvient de Denis, un enfant à qui on avait diagnostiqué une paralysie cérébrale, il ne pouvait pas marcher. Il subit deux opérations à l’hôpital Frank Pais, s’ensuivit une longue rééducation, puis il rentra chez lui, il pouvait marcher à l’aide de cannes. Nilda le revit en Ukraine en 2011, chez lui, avec sa famille. Aujourd’hui, il a plus de trente ans. Ils s’écrivent régulièrement. Il lui envoie des photos et la tient au courant de ce qui se passe dans sa vie.

Osvaldo…

Osvaldo Cruz était professeur de russe, il est entré dans le programme car un appel avait été lancé à ceux qui parlaient russe. Il devait y rester trois mois, il y resta vingt ans. Il a dû apprendre toute la terminologie médicale. Il était traducteur pour les patients, mais aussi pour les délégations russes, biélorusses et ukrainiennes qui venaient à Tarara.

Il se souvient que lorsque les enfants arrivaient, ils avaient honte de leurs tâches et de la chute de leurs cheveux. Mais lorsqu’ils commençaient à tisser des liens entre eux, ils reprenaient confiance en eux et arrêtaient de se cacher. Il se souvient des fêtes pour les 15 ans des adolescentes. Tous les trois mois, on organisait une fête commune, on louait des robes pour l’occasion et on leur apprenait la danse de la fête. On organisait également la journée de la jeune de Tarara : on élisait une jeune fille sympathique, avec des talents en chant et en danse et qui parlait bien l’espagnol. Osvaldo raconte que les enfants aimaient beaucoup ces moments. Il se rappelle de Mijail qui était tout le temps collé à lui et dont les parents lui écrivaient pour qu’il en prenne soin. Son propre fils et Mijail sont devenus très amis. Osvaldo partit également en Ukraine pendant deux ans. Il y trouva l’amour. Toutes ces amours réciproques, telles qu’elles soient, et qui perdurent depuis. Ces enfants ont fait de Cuba leur deuxième patrie pour toujours.

Photos

Dr. Obed Hernández. Photo: Maribel Acosta.

Dre Xenia Laurenti et le traducteur Osvaldo Cruz en Ukraine.

Dre. Xenia Laurenti. Foto: Maribel Acosta

Équipe médicale cubaine à Tarará. Photo : Archives de l’équipe médicale

Équipe médicale et traducteurs en Ukraine. Photo des Archives médicales cubaines.

Mère et enfant de Tchernobyl à Tarará. Photo : Archives médicales cubaines.

Maria Nilda Báez. Traductrice. Photo : Maribel Acosta

Osvaldo Cruz, traducteur. Photo : Maribel Acosta

 

L’article original se trouve sous ce lien : Los niños de Chernóbil en Cuba: una historia no contada (Parte III)

 

(*) L’auteure,

Directrice du département de Journalisme, Professeure à la Faculté de Communication de l’Université de La Havane. Présidente de la Chaire de Journalisme Cinématographique Santiago Álvarez.

 

Traduction de l’espagnol, Frédérique Drouet