Les écrans et nos enfants : mythes et réalités

29.03.2020 - Tatiana De Barelli

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Les écrans et nos enfants : mythes et réalités
(Crédit image : FabrizzioDeBarelli)

De plus en plus d’enfants, de plus en plus jeunes se retrouvent en consultation chez les psychologues, médecins, orthophonistes/logopèdes, thérapeutes. Souvent envoyés par leurs enseignants, ils présentent dès la maternelle un retard de langage, ont des comportements agressifs ; à 6 ans, ils n’arrivent pas à se concentrer et piquent des crises lorsque maman leur retire leur smartphone ! Lors de la discussion avec les parents, nombreux sont ceux qui reconnaissent la place importante des écrans dans le quotidien. Trente minutes de dessins animés avant d’aller à l’école, les jeux vidéo sur le smartphone dans la voiture, de retour à la maison, la télévision ou la play-station. Sans parler des tablettes utilisées à l’école dans un but « éducatif ».

De nombreux professionnels de la santé s’inquiètent et il y a de quoi ! Pour mieux nous informer et répondre aux croyances / mythes concernant le numérique, voici un livre remarquable, bien utile en tant que parent, enseignant, professionnel de la santé.

Les écrans et nos enfants : mythes et réalités

Le titre est provocateur : « La Fabrique du Crétin Digital » (2019 – Seuil) et nous place d’emblée dans un contexte clair de cri d’alerte face à un système bien articulé. L’auteur, Michel Desmurget est Docteur en Neurosciences et directeur de recherche (INSERM). Au cours des 400 pages passionnantes, il nous démontre de façon structurée, détaillée, précise, rigoureuse (plus de 2000 références d’études scientifiques reprises en bibliographie) et humoristique, comment le business du numérique se débrouille pour créer une « telle expérience de décérébration de l’humanité».

Les effets néfastes des écrans : baisse du QI , retard de langage, troubles du sommeil et de la mémoire, de la motricité, de l’attention, de la créativité, obésité, troubles émotionnels comme la dépression, agressivité, passage à l’acte. Il regroupe des centaines d’études sur les jeux vidéos, les tablettes qui, toutes, convergent vers des conclusions alarmantes. Et pourtant, on ne fait rien !

Croyances et fausses informations

Avec patience, bienveillance, il démonte certains mythes : le « Digital Native », ce jeune avec un cerveau multitâche, c’est une légende ! La plupart des jeunes utilisent leurs outils numériques uniquement dans une visée récréative : les jeux vidéos et snapchat, les réseaux sociaux, les vidéos sur youtube… sans aucune créativité.

« Un jour de jeux vidéo, c’est mieux qu’une année de logopédie » ! Ce serait bon pour l’attention, pour les dyslexiques : faux, archi-faux ! En reprenant les textes et études qui ont diffusé ce message erroné dans les médias, on comprend la manipulation, le manque d’information et l’incroyable « naïveté » qui accompagnent ces discours réducteurs et forcément flatteurs pour le numérique. Le « bombardement sensoriel » des jeux vidéos provoque stress et difficulté d’attention.

L’économique au détriment du pédagogique

La vision est globale et illustre les enjeux d’un système capitaliste où l’argent est l’axe autour duquel tout se joue, dans lequel les médias, l’éducation, les organismes de contrôle sont à la solde des logiques d’entreprises.

A grand renfort d’exemples concrets, d’anecdotes souvent effarantes, il dénonce le grand mensonge du numérique « éducatif ». Le numérique est une distraction pédagogique, coûteuse et inutile. L’idée d’aider les enfants des pays défavorisés en plaçant des ordinateurs pour qu’ils s’approprient leur propre apprentissage est aussi un mythe. On a beaucoup parlé de ces initiatives pleines de promesses. On a beaucoup moins entendu les résultats négatifs des évaluations !!

Alors, que faire ?

A Taïwan, où les élèves sont parmi les plus performants au monde, l’état prévoit de fortes amendes pour les parents qui ne respectent pas le temp d’usage prévu par la loi, jusqu’à 18 ans !

En Occident, la logique marchande rencontre la démission de l’état. Il n’y a plus d’argent pour l’éducation et les difficultés sont amples. La voie est libre pour proposer le numérique en classe comme solution miracle. La plupart des colloques en éducation sont déjà financés en grande partie par les grandes marques d’outils numériques.

Une prise de conscience urgente

Ce livre se veut un accompagnement à une véritable prise de conscience, à tous les niveaux. L’auteur relève que, depuis 2017, les professionnels de l’enfance –enseignants, médecins, infirmiers, spécialistes de l’apprentissage…– expriment un malaise face à l’utilisation des écrans. Aujourd’hui, en 2020, le désastre se manifeste et de nombreuses associations et syndicats se lèvent pour changer cette escalade.

Pour apprendre

Notre cerveau est conçu pour apprendre avec l’être humain. Toutes les études montrent par exemple, que, entre 2 et 4 ans, l’enfant apprend à parler grâce à l’interaction avec l’autre. Si on le place devant une vidéo de quelqu’un qui parle, il n’y a pas d’interaction et il ne parlera pas.

Le cerveau a besoin de l’être humain pour traiter l’information. La relation humaine est vitale. L’auteur reprend par exemple l’acquisition du langage : il y a des périodes sensibles et le nombre de mots dits à un enfant est prédictif de son développement futur. Dans un environnement sans écran, on dit en moyenne 1000 mots par heure. Avec des écrans, le nombre descend à 150 par heure. De plus, le langage prend sens dans l’interaction : l’enfant parle s’il est écouté et qu’on lui répond.

C’est pourquoi, la recommandation est drastique : avant 6 ans, il n’y a pas d’intérêts à utiliser le numérique, à partir de 10 ans, 10 min par jour.

Rappelons que « apprendre » passe par les différents sens : entendre, voir, toucher, manipuler, par l’émotion (l’émerveillement de la découverte), par le corps, qui a besoin d’exercices physiques, de tranquillité et de sommeil.

En conclusion

Dans cette période de confinement planétaire, retrouvons le temps et le plaisir de jouer avec nos enfants, de dessiner, écrire, bricoler, jouer de la musique, manipuler. Rappelons que l’apprentissage passe par les sens et l’émotion, que le vocabulaire et la qualité du langage passent par la relation humaine. Prenons du temps des écrans pour l’offrir aux activités de la Vie.

Cet ouvrage poursuit un premier livre « TV Lobotomie – la vérité scientifique sur les effets de la télévision » qui dénonce les effets de la télévision sur les fonctions cognitives, en particulier chez les enfants.

Catégories: Education, International, Jeunes, Opinion, Santé
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