Interview de Juan Branco : Gilets Jaunes et élections européennes

04.04.2019 - Rédaction Bordeaux

Cet article est aussi disponible en: Espagnol

Interview de Juan Branco : Gilets Jaunes et élections européennes
(Crédit image : Xavier Foreau)

Juan Branco a été invité le 24 mars 2019 au Festival France Amérique Latine(*) organisé au cinéma Jean-Eustache de Pessac (33), à s’exprimer sur les Gilets Jaunes et les prochaines élections européennes.

vidéo : Xavier Foreau

 

Les Gilets Jaunes doivent-ils se constituer en parti politique ?

Juan Branco : Le mouvement des Gilets Jaunes n’a pas vocation à porter une idéologie.

Encore une fois, s’il porte une idéologie et s’il se structure, il va devenir un parti politique.

Or s’est l’exact inverse de ce qu’ils veulent faire car ils savent très bien qu’à système politique constant, un parti politique sera parfaitement inutile, du fait du mélange d’enjeux immédiats oligarchiques et institutionnels. Ils n’arriveront jamais à porter leur voix de façon effective et cohérente et à représenter les intérêts des populations qui y sont intégrées.

D’autant plus, qu’encore une fois, c’est la deuxième caractéristique des Gilets Jaunes, c’est qu’ils crient l’urgence. Ces milliers, ces dizaines milliers et ces centaines de milliers de personnes crient cette urgence. Ils crient un besoin de réponse immédiate, et pas à horizon de 3, 4 ou 5 ans, à des situations personnelles dramatiques dans un pays qui est portant la 6ème puissance mondiale.

Des inégalités et la répartition des richesses a pu apparaître pendant très longtemps comme quelque chose de relativement virtuel : c’est pas bien, il faut lutter sur ces questions par principe, du fait d’un raisonnement abstrait. Sauf qu’il est devenu tellement important dans un système où tous les services publics et tous les systèmes qui permettaient aux personnes les plus fragiles d’avoir comme des supports qui leur permettaient de survivre, ces inégalités sont devenues tellement importantes que c’est devenu un enjeu réel et immédiat : des personnes qui ne peuvent pas se chauffer, qui ont du mal à nourrir leurs enfants, etc.

Et ces personnes sont devenues tellement nombreuses qu’elles ont fini par se constituer politiquement pour réclamer immédiatement des mesures de justice fiscale et de répartition qui permettent à 3, 6, 9 mois de trouver des réponses à leur désespoir qui est d’une part physique, mais aussi psychique, moral, etc.

Je répète toujours ce chiffre, il est essentiel, de l’INSERM(**) donc un institut d’études statistiques d’état : 10 à 15.000 morts du fait du chômage chaque année. C’est 450.000 morts en trente ans.

Donc à un moment, on peut continuer à croire et à s’amuser des jeux politiciens, à des courses de petits chevaux entre partis politiques qui n’arrivent pas à résoudre un problème qui est une question fondamentale, ou se dire : Non, maintenant stop ! Il faut un changement institutionnel majeur à mener de façon à enfin prendre des mesures effectives qui mettent fin à ce carnage.

Et ça ce que nos élites éclairées considèrent comme étant une forme de populisme ou je ne sais pas quoi, non encore une fois c’est un enjeu de corps, physique, immédiat, essentiel, que l’on peut résoudre parce que encore une fois, nous avons dans ce pays les ressources pour le faire. On n’est pas dans un contexte où il y aurait justement un appauvrissement généralisé. Non, il y a beaucoup de ressources dans ce pays, elles sont tout simplement mal réparties et cela fait souffrir des centaines de milliers de personnes voire des millions de personnes qui réclament maintenant un ajustement réel et pas quelque chose qui par des intermédiations successives pourraient intervenir.

Quelle réponse peuvent apporter les prochaines élections Européennes ?

Juan Branco : Le parlement européen ne changera rien, et on le sait. Ce n’est pas le parlement européen qui a la capacité d’initiative législative. Ce n’est pas le parlement européen qui aujourd’hui en Europe a la capacité à faire évoluer, surtout au rythme auquel il est demandé par les Gilets Jaunes et par une partie de la population française, les législations de façon à résoudre les questions qui les touchent.

On sait très bien que les politiques européennes fonctionnent avec une inertie telle que leurs effets tardent à minima 3, 5 voir 10 ans avant d’être ressenties par les populations. Ce n’est pas du tout la temporalité dans laquelle on est situé aujourd’hui. Donc on ne peut pas prétendre croire, je pense qu’aucune force politique aujourd’hui ne prétend croire, que les élections européennes changeront quoi que ce soit à la situation de ces personnes, ou même au jeu politique à court terme.

Comment peut-on effectuer les transformations nécessaires à cette situation ?

Juan Branco : La seule façon de peser aujourd’hui sur ce pouvoir politique, il est dans la rue.

Il est dans un désengagement institutionnel, y compris de la France Insoumise, qui refusent de participer à ce jeu, tant qu’il n’y ait pas des réponses effectives du pouvoir politique.

Il y a une grande marge de manœuvre à mettre en œuvre, et c’est là que je suis extrêmement critique de la réaction de la France Insoumise (FI) et du Parti Communiste (PC) par rapport aux Gilets Jaunes, ces personnes ont demandé la dissolution de l’assemblée.

Personne n’a demandé la dissolution de l’assemblée dans la rue. Personne pense que c’est ça la réponse qui doit être offerte. Parce que la réforme de l’assemblée amènerait à une reproduction du même, avec des équilibres qui varieraient, éventuellement, mais une intégration à un système existant qui aujourd’hui n’est pas en mesure d’apporter des réponses à ces personnes là.

Et donc, dès le moment où Jean Luc Mélanchon et les forces politiques satellitaires à la FI qu’elles soient en rivalité ou en continuité, ont décidé de ne pas mettre tout leur poids qu’ils ont médiatiquement dans l’appui direct aux revendications qui étaient fait par les GJ, mais au contraire qui ont tenté de rapporter à eux le bénéfice de cette mobilisation, la dissolution c’est de permettre à la FI de devenir majoritaire et par la suite d’appliquer les pouvoirs politiques qui étaient siens, qui n’étaient pas forcement ceux des GJ. Encore une fois, cela montrait une forme de déconnexion qui ne pouvait justement qu’aboutir au rejet qui est celui d’aujourd’hui dans les sondages.

Moi je pense qu’il y a une erreur politique fondamentale qui répond à toute une série de déterminants.

Par ailleurs, je parle de la FI avec l’amitié de celui qui comme vous, considère que ce serait la seule force politique la plus à même de répondre à la majorité des demandes des GJ. On a l’impression que j’en fais du coup l’ennemi n°1, parce qu’on se pose cette question, quelque part en trotskiste débile, et du coup on s’attaque entre nous au lieu d’essayer de voir l’ensemble. Mais je tiens à répondre à cela parce que ce sont ceux qui sont les plus responsables, ce sont ceux qui avaient plus la capacité de porter une réponse quelque part à ce mouvement.

Maintenant cette question est réglée du moment où on essaye de faire élire des notables au parlement européen, plutôt que de dire que même cette campagne n’a aucun sens. Avant qu’il n’y ait une réponse politique à une crise dans laquelle encore une fois où il y a des personnes qui risquent leur vie tous les samedis pour défendre leur droits. On est dans une situation de crise politique telle que penser que cette campagne européenne aurait un sens, dans laquelle on sait très bien qu’il y aura plus de 60% de la population qui va s’abstenir et donc, il y a donc un problème démocratique majeur dans le fait de maintenir un cirque formalisé, procédural, dans lequel on prétendrait que ça un sens, alors que cela n’en a strictement aucun, et qu’on le sait très bien. C’est une faute majeur, qui a mon avis devrait être corrigée.

Évidemment c’est un discours très radical, mais je pense qu’il est à la hauteur de la radicalité de la situation.

Les fondements de notre système sont remis en question aujourd’hui par toute une frange de la population. Il y aura une large abstention aux élections, et l’on pourra prétendre que ce n’est pas grave, que ce n’est pas le sujet, etc. ou se dire à un moment que cela suffit, on arrête de prétendre que ce n’est pas grave et faire comme si cela n’était pas un enjeux et comme si l’on pouvait continuer à avoir un gouvernement qui gouverne au détriment des intérêts majoritaires, au point que cette majorité ne croit même plus en nos procédures qui sont sensées en valider la légitimité.

 

Voir aussi :

Liste des articles et vidéos de l’intervention publique de Juan Branco le 24 mars 2019 :

Interview de Juan Branco : Gilets Jaunes et élections européennes

Juan Branco : Violences politiques & Gilets Jaunes

Juan Branco : La France dans un système aristocratique prérévolutionnaire

Juan Branco : RIC Outil de Résistance

Juan Branco : Gilets Jaunes & Armée

Juan Branco : Gilets Jaunes & Extrémisme

Références

(*) Festival France Amérique Latine (*) : Comité Bordeaux – Gironde

Les Rencontres Latino

(**) INSERM : Taux de suicide et hausse du chômage

Libération : Pourquoi le chômage est un facteur de mortalité

 

Catégories: Economie, Europe, International, Interviews, Video
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