Juan Branco : Gilets Jaunes & Extrémisme

18.06.2019 - Pessac, France - Rédaction Bordeaux

Cet article est aussi disponible en: Espagnol

Juan Branco : Gilets Jaunes & Extrémisme
Image : Prise de vue de la vidéo (Crédit image : Juan Branco : Gilets Jaunes & Extrémisme)

Cette intervention publique a été enregistrée le 24 mars 2019, à l’occasion du Festival France Amérique Latine(*) qui s’est tenu au cinéma Jean-Eustache de Pessac (33).

Photo / Vidéo : Xavier Foreau

Juan Branco : Vous avez quand même un Président de la République qui s’est prévalu quand même, pour se faire élire du soutien de Philippe De Villiers qui est aujourd’hui en tête des ventes avec son ouvrage, complotiste, sur l’Union Européenne, qui est quand même une des figures de l’extrême droite les plus importantes, vous avez des plateaux télé qui sont bourrés d’extrême droite et avec qui les députés, moi je les vois, des députés En Marche etc. blaguent entre, entre quatre ??? et aussi les députés PS, il y a une normalisation complète des discours d’extrême droite, donc encore une fois, qui sert la stratégie de Marine Le Pen, qui vise à donner une impression d’une façade d’institutionnalisé, pour prendre les pouvoir de l’intérieur et se faire élire par les urnes : Marine Le Pen a quand même appelé les Gilets Jaunes à respecter les Institutions de la Ve République en décembre, enfin !

Vous voyez, quand même, la bascule dans laquelle on est passé, et d’un autre côté, je suis désolé, on a quand même un mouvement social qui a permis une seule chose: c’est depuis quatre mois, on ne parle plus d’immigration, on ne parle plus d’islamo, d’islamisme, on ne parle plus… toutes les questions, tous les vecteurs fondamentaux d’extrême-droitisation… c’est-à-dire qu’on a essayé d’en faire un mouvement d’extrême droite alors qu’ils ont épuisé les discours de l’extrême droite, parce qu’ils ont montré que la question n’était pas l’immigré, n’était pas l’islamiste, c’était une question sociale avant tout, de cohésion sociale, de lien social, et donc, ils ont fait s’effondrer cette sorte de plateau dont on se rend compte qu’en fait il était avant tout nourri par nos élites. Pourquoi ? Pour servir des objectifs politiques d’instrumentalisation divers des populations.

Et en prenant la parole par eux-mêmes, en refusant de voir leur parole portée par de supposés représentants du Front National, ou même de la gauche souverainiste à la Emmanuel Valls, etc. ils ont montré que ces questions n’étaient pas le cœur de préoccupation des Français, loin de là, et en tout cas des classes populaires, et que quiconque portait ce discours-là ne pouvait pas se prévaloir de le faire au nom de ces personnes-là. Vous allez sur les mouvements des Gilets Jaunes, depuis quatre semaines, depuis dix-huit semaines, pardon, on l’aurait vu: il n’y a pas une pancarte sur l’immigration, il n’y a pas une pancarte sur le Pacte de Marrakech, il y a eu une petite crise, au début des Gilets Jaunes, complotiste, sur la question du pacte de Marrakech, ça a complètement disparu. On en est sur des revendications sociales, institutionnelles et à aucun moment, sur une question de… donc il n’y a pas d’assimilation possible de ce mouvement d’extrême-droite, malgré les tentatives de noyautage, par les Soraliens, malgré les tentatives de diffa…enfin de création de fake news diverses, etc.

Le danger de l’extrême droite en France aujourd’hui, comme, en fait, au Brésil, c’est les élites, c’est eux, c’est les élites qui préparent le chemin à l’extrême-droite. C’est elles qui sont en train d’ouvrir cette voie-là, c’est elles qui, par leurs jeux de pouvoirs, de corruption, de contre-coup, contre-coup mutuel, etc. sont en train en fait de tracer une voie royale, donc non seulement les Gilets Jaunes ne peuvent pas en être rendus responsables mais je pense que c’est la seule alternative, c’est la seule alternative : obtenir ce changement de système, avant que l’extrême-droite ne finisse par prendre le pouvoir légalement, en 2022, voire avant, grâce à la voie royale que leur aura offert Macron, parce que, moi, j’ai appelé à l’abstention entre les deux tours, publiquement, sur Arte, en 2017, parce que toutes les politiques menées par Macron augmentent le mal qui, en France, nourrit l’extrême droite. Toutes les politiques menées, qu’elles soient fiscales, économiques, etc. sont nourricières de l’extrême-droite. Donc voter pour Macron en 2017, c’était voter pour Le Pen en 2022.

Alors, évidemment, il n’y a pas de bon choix dans cette solution-là, évidemment, c’était fait à partir de l’hypothèse que Macron gagnerait de toute façon mais surtout d’un désengagement que j’ai radicalisé depuis, c’est-à-dire que là, je pense qu’il ne faut même pas aller voter tout court, même dans le cadre des Européennes, mais dans l’idée, encore une fois que, à régime institutionnel constant, c’est l’extrême-droite que l’on aura au pouvoir, et à ce moment-là, on pourra se mordre les dents, on pourra dire : ah oui, c’est horrible, moralement parlant, etc… ce sera de la responsabilité, je le dis franchement, avec un ton moraliste insupportable mais, de ceux qui ne se seront pas mobilisés les samedis pour essayer de faire basculer ce pouvoir et mettre une pression telle sur ce pouvoir qu’il soit obligé de concéder ces réformes institutionnelles qui empêcheraient à l’extrême-droite de prendre cet axe-là. Tout est là, sinon. Martin Bouygues a offert au lendemain de l’Acte III à Marine Le Pen dix minutes de plateau sur le 20h de TF1, dont 3 minutes de regard caméra, je ne sais pas si vous vous souvenez, les élites sont prêtes à co-opter cet appareil de pouvoir.

Donc c’est à nous de l’éviter et si on veut l’éviter, ce n’est pas en jouant le jeu du pouvoir, c’est pas en jouant le jeu du gouvernement, c’est en s’en retirant et en essayant de constituer une alternative à notre niveau. Et en essayant de se ré-politiser à des échelles différentes, donc ça, j’en suis convaincu, j’espère avoir tort mais je ne vois pas, en fait, dans le combat institutionnel, comment, à base de discours, qu’on tente de dénigrer les discours d’extrême-droite ou de s’y confronter dans cette arène telle qu’elle existe aujourd’hui, on gagnera. Les modes de socialisation politique tels qu’ils existent aujourd’hui sont de toute façon trop favorables à l’extrême-droite, à porter des discours de cet ordre-là, pour qu’on puisse gagner contre eux. Dans cette échelle-là.

Merci à Marguerite pour sa transcription

Voir aussi :

Liste des articles et vidéos de l’intervention publique de Juan Branco le 24 mars 2019 :

Interview de Juan Branco : Gilets Jaunes et élections européennes

Juan Branco : Violences politiques & Gilets Jaunes

Juan Branco : La France dans un système aristocratique prérévolutionnaire

Juan Branco : RIC Outil de Résistance

Juan Branco : Gilets Jaunes & Armée

Juan Branco : Gilets Jaunes & Extrémisme

Références

(*) Festival France Amérique Latine (*) : Comité Bordeaux – Gironde

Les Rencontres Latino

Catégories: Europe, Interviews, Politique, Video
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