Le système « école-usine » : un obstacle à la pensée

07.10.2012 - CLADE -

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Le système « école-usine » : un obstacle à la pensée
(Crédit image : http://bit.ly/U3OKTb)

L’éducation a toujours été un sujet de débat. En effet, comme l’a déclaré Camilla Croso, coordinatrice générale de la campagne latino-américaine pour le droit à l’éducation (CLADE) en visite au Paraguay : toutes les politiques sociales sont des processus en perpétuelle évolution. Camilla Croso a également déclaré : « Dans les écoles, c’est la capacité de penser qui est en jeu. Le système « école-usine », avec ses élèves standardisés, est un obstacle à la pensée ».

Interview réalisée par Cinthia López, ABC Color.

Le Forum pour le Droit à l’Éducation a organisé une conférence : « L’Éducation Publique en Amérique Latine et au Paraguay : Enjeux et Points de Vue » qui s’est tenue dans les locaux du Service Paix et Justice du Paraguay (Serpaj-Py) avec la participation spéciale de la Brésilienne Camilla Croso, coordinatrice générale de la campagne latino-américaine pour le droit à l’éducation (CLADE) et présidente de la Campagne Mondiale pour l’Éducation.

–Certains parlent d’une crise de l’éducation. Mais, qu’y a-t-il exactement en jeu ?

–Plusieurs choses. La première est d’ordre essentiel : c’est la connaissance même de l’éducation qui est en jeu. Par exemple, quand on voit les politiques de privatisation de l’éducation, on se rend compte que la privatisation n’est pas seulement un phénomène où l’État s’écarte ou innove dans le secteur privé mais également que l’idéologie de ce secteur intervient dans la logique des systèmes publics.

De ce fait, ce qui est en jeu, c’est le fait de se demander : vers quel système éducatif nous dirigeons-nous ? On peut se référer aux traités des Droits de l’Homme ou à des principes proches de ceux des institutions financières multilatérales qui insistent sur le fait que le but ultime de l’éducation, c’est l’emploi.

–Vous avez déclaré qu’il fallait bien reconnaître que l’éducation est un marché.

–Ce n’est pas ce que je veux dire. Je dis que la tendance actuelle, en Amérique Latine et dans le monde, c’est d’affirmer que l’éducation est un marché. Le plus important dans cette lutte, c’est tout le contraire : l’éducation est un droit octroyé à chacun mais dont le quotidien, la paix et le développement sont menacés.

Je pense qu’il est important de savoir faire la distinction entre les différentes tendances. On ne peut pas dire que l’Amérique Latine soit en train de régresser. Ce qu’on observe actuellement là-bas, et dans le monde, c’est que nous sommes assez forts pour débattre de tout ça et qu’il y a de puissants acteurs qui vont dans le sens de cette pensée très réductrice de l’éducation. J’ajouterais qu’il y a un autre point important relatif à la gestion démocratique.

–Comme la démocratisation des écoles ?

–La démocratisation des processus de prise de décisions dans le secteur de l’éducation. La gestion démocratique est un principe et une pratique qui doit intervenir depuis la racine des écoles (micro) jusqu’à l’élaboration des grandes politiques publiques (macro). C’est un point essentiel. Nous avons en effet le sentiment que c’est un enjeu énorme en Amérique Latine et dans le monde. Il existe des espaces institutionnalisés où la population concernée par le système éducatif peut débattre de la définition des politiques publiques à tous points de vue (micro et macro). La gestion démocratique a également son importance à l’école. Les élèves, les enseignants, tous les employés du secteur de l’éducation, de près ou de loin, les parents, etc. peuvent prendre part à ce débat sur l’éducation, à ce projet politique et pédagogique qui touche les écoles. C’est en effet un autre enjeu énorme.

Il y a encore beaucoup à faire. Comment pourrait-on définir ces politiques publiques ? Il faudrait adopter le point de vue de la population.

–L’un des thèmes de ce débat est la question de l’enseignement, le fait que les élèves sortent de l’école sans savoir lire ni écrire.

–Je pense qu’il s’agit là d’un modèle d’école-usine, d’élèves standardisés avec des professeurs pas très inventifs qui ne font que suivre ce qu’on leur dit de faire. Ce système d’école-usine est un obstacle à la pensée qui touche directement les écoles.

Afin de pouvoir juger de la formation des enseignants, il faudrait justement revoir leur curriculum. Alors, comment enseigner ? Au sein des écoles, le fait de penser et l’apprentissage sont essentiels. On peut y débattre des contenus des apprentissages comme le comportement, les principes, l’éthique et la manière dont il faut interagir ensemble : ce sont en effet des apprentissages tout aussi fondamentaux.

Traduction de l’espagnol : Eva Delacoute

Catégories: Amérique du Sud, Interviews
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