1) Les origines Carnutes

On les appelait « les gardiens de la pierre » sacrée de Belisama (parèdre de Belen grand dieu des Gaules). Cette pierre sacrée – un dolmen – a été placée en un lieu sacré sur lequel a été construite la cathédrale. [N.d.E. : Les Carnutes sont un peuple de la Gaule celtique vivant sur le riche plateau de Beauce. Ils ont donné leur nom à la ville de Chartres.]

Plantée sur les hauteurs de la ville où se trouvait le bois sacré des Druides, la cathédrale se situe en pleine forêt des Carnutes, « la forêt sacrée des Carnutes dont parle César » [1]. Ce n’est donc pas surprenant que ce soit, en ces lieux que se réunissaient chaque année tous les Druides de la Gaule, car c’est dans une clairière en pleine forêt que le culte druidique était célébré. Mais aussi le lieu où s’observent les pulsations saisonnières de la Wouivre [N.d.E. : Wouivre. Les courants telluriques ; ceux qui avaient des effets bénéfiques et actifs pour les plantes, les animaux, les humains étaient marqués d’une pierre.]

Chartres serait donc depuis cette époque un sanctuaire, dont les traditions païennes seront récupérées par le christianisme vers le milieu du 1er s. La première église date, selon les archives de l’évêché, au IVe siècle.

« Chartres est l’une des plus belles cathédrales du monde » selon certains enthousiastes. Il est indéniable que cette cathédrale présente des particularités liées à son emplacement, son histoire, sa complexité, et plus encore selon l’alchimiste Patrick Burensteinas, pour qui Chartres est une cathédrale alchimique et maçonnique. Comme dans le dolmen, la cathédrale est en contact avec l’eau, la terre, l’air et le feu du ciel- véritable condensateur des forces cosmo-telluriques, c’est aussi un athanor complet pour la réalisation de l’alchimie humaine apte à transmuter vers un niveau supérieur d’humanité.

 

2) Caractéristiques extérieures

La première cathédrale construite au 11e s. a brûlé et servira de base à l’actuelle.

Date de construction : 1195. Achevée vers 1235. Construite entre 25 et 30 ans, c’est le chantier le plus rapide. Elle mesure 37m de hauteur sous voutes et comporte 2600m² de vitraux (ND de Paris en comporte 1000 m²).

En 1506 le beffroi flambe ; Jehan de Beauce reconstruit la tour Nord en gothique flamboyant. C’est la tour du soleil. [N.d.E. : Le soleil, principe masculin associé à l’or, le rayonnement va de l’intérieur vers l’extérieur, ce que l’on appelle positif. C’est une énergie jaillissante]. [2]

La tour Sud, surmontée d’une girouette représentant la Lune, plus sobre que celle du Nord a 3 siècles de plus. Elle est coiffée d’écailles. [N.d.E. : La lune a toujours été associée à l’argent, à un principe féminin, l’énergie est négative. Le style roman sans fioriture nous conduit à la concentration]. [2]

On note donc une inversion, volontaire, des 2 tours puisque c’est sur celle du Sud que devrait se trouver le soleil et sur celle du Nord la lune. Il y a là un mystère qui tient à la conjonction des deux énergies terrestre et céleste, dont P. Burensteinas nous dévoile le secret dans son ouvrage en référence.

Le chevet de la cathédrale est orienté Nord-Est et non pas plein Est ; cela tient au sens du courant tellurique sous la cathédrale.

En 1826, la cathédrale s’embrase. Les flèches et les voûtes sont sauvées. On remplace le bois de la charpente par 600 tonnes de métal, c’est une première mondiale. Le plomb de la toiture a fondu et sera remplacé par du cuivre.

La façade Nord : Traditionnellement celle des alchimistes, consacrée à un enseignement plus secret. Dans la cathédrale orientée (tournée vers l’Orient, le soleil levant, la Lumière) le Nord se trouve à gauche, à la senestre (du latin sinistra) ; la gauche en regardant l’autel était la place dévolue aux femmes durant les offices « ce qui induisait automatiquement une dépréciation de la féminité, ravalée dans le côté sinistre et soupçonnée d’entretenir des relations privilégiées avec le diable. Mais paradoxalement… le côté gauche du sanctuaire- était généralement voué à Marie, la Vierge Mère qui écrase la tête du serpent ». [1]

La façade Ouest : Le Christ est la figure centrale de ce « Portail Royal. Construite en plusieurs époques, cette façade n’est pas symétrique et présente un mélange de styles qui ne nuit en rien à l’harmonie de l’ensemble.

La façade Sud : Comme les 2 autres façades, elle comporte trois portails mais qui sont d’une telle importance que c’est ce qui la rend unique au monde. Au centre le Christ, les apôtres, les martyrs.

Les portails : Unique cathédrale en France à être dotée de 9 portails sculptés, ils sont répartis par trois sur chaque façade :

– Ouest, le portail royal

A droite la porte de la naissance avec Marie tenant l’enfant sur ses genoux.

A gauche : la Porte des Temps avec l’Ascension du Christ.

Nord, l’alliance de Dieu et de l’Homme

Au centre : personnages de L’Ancien Testament annonçant le Christ

A gauche : Les vierges sages, et les vierges folles

Sud : Le Christ du Jugement dernier [deux niveaux de lecture]

1/ Il tient le Livre aux trois sceaux fermé : ce sont les trois étapes du Grand Œuvre alchimique.

2/ Statue du beau Dieu, Lucifer, celui qui apporte la Lumière.

 

3) La statuaire

L’ange au cadran

Crédits photo : Pinterest

Cette statue est une copie datant de 1974, l’original se trouvant dans la crypte. Situé au pied de la tour de la Lune, cet ange souriant serait une représentation de St Jean le Baptiste, fêté le 21 juin, au solstice d’été ; cependant la controverse demeure puisqu’il est doté de deux ailes. Le cadran est une invite à réfléchir sur la fuite du temps.

Il inspirera à Rodin ces lignes enthousiastes : « Le cadran solaire, c’est le régulateur : Dieu nous dirige ainsi, intervient ainsi sans cesse dans notre vie par l’intermédiaire du soleil. Cet Ange porte donc sur sa poitrine la loi et la mesure qui procèdent de l’astre, et de Dieu. Le travail journalier de l’homme se divinise, à se régler selon les vibrations de cette lumière divine. Ou bien, cet Ange serait-il un sphinx ? Nous demande-t-il la signification de l’heure ? Non ! il protège la ville. Sa beauté impose le sentiment de l’équilibre à mon âme qui s’élève vers lui. …Je reviens une fois encore, j’arrive, je lève les yeux : cet Ange est une figure cambodgienne ! Auguste Rodin. »

L’âne à la lyre (ou l’âne qui vielle)

Proche de l’ange au cadran « cette allégorie symbolise l’homme qui ignore comment utiliser les fabuleux outils mis à sa disposition, et nous incite à aller plus loin dans nos recherches, et surtout à ne pas s’arrêter aux apparences. Nous, pèlerins ne devons pas être comme l’âne, et devons apprendre au-delà des apparences, à ‘jouer’ de la cathédrale », nous conseille Patrick Burensteinas. [2]

Crédits image: L’âne qui vielle

 

4) L’intérieur

Les vitraux

Le vitrail gothique a pour particularité de resplendir quelle que soit l’intensité de la lumière extérieure. Il est apparu vers 1125 et disparaît au milieu du XIIIe s. C’est un produit de l’alchimie, un témoignage de la transmutation de la matière par le feu matériel et le Feu céleste. Cependant tous les vitraux de la cathédrale ne sont pas alchimiques, notamment les 16 verrières hautes du chœur détruites en 1773 et 1778, à la demande de l’évêque Bridan qui voulait qu’on puisse l’admirer en pleine lumière ! Dans le chœur 8 grisailles datant du XXe ont remplacé les vitraux d’origine.

– La Rose Ouest : La Résurrection ou le Jugement Dernier.

– Le Christ en tunique pourpre royale, il a vaincu la mort.

– La Rose Nord : L’Ancien Testament. Offerte par Blanche de Castille, elle porte le nom de Rose de France et honore la Vierge à l’enfant.

Le labyrinthe

Il s’agit d’un chemin initiatique évoquant la mythologie grecque. Construit par l’architecte Dédale, le labyrinthe enfermait le Minotaure, un monstre se nourrissant des enfants d’Athènes. C’est grâce au fil d’Ariane que Thésée, vainqueur de ce combat put sortir. Ce fil est la Lumière sur la voie initiatique. « Selon une tradition tout à la fois savante et cléricale… le Christ est un nouveau Thésée. Traversant le lacis des enfers, il met à mort les forces du Mal, où Satan prend la forme du Minotaure. En mettant fin à ses ravages, le Christ-Thésée parvient à sauver l’humanité – qui aurait été, sans victoire sur la mort, conduite à une totale perdition. Les fidèles chrétiens succèdent aux jeunes gens promis au sacrifice ». Thésée serait une préfiguration du Christ, car comme lui, il détruit la mort et libère la vie.

D’un diamètre de 12.89 m, et dont le déroulé fait approximativement 261.50 m, le labyrinthe ne comporte qu’une seule entrée et une seule sortie. A l’origine une plaque de cuivre ornait son centre, sur laquelle figurait le mythe du combat de Thésée contre le Minotaure. La plaque a été enlevée en 1792 et remplacée par une rose à six lobes.

D’autre part, ce labyrinthe présente une particularité unique :

Si l’on réalise une projection de la rosace Ouest sur le pavement de la cathédrale, cette rosace correspond exactement au tracé du labyrinthe, et le Christ en majesté qui est au centre de la rosace se superpose au centre du labyrinthe.

Labyrinthe de Chartres (Crédit photo : la porte de pierre)

La vierge Noire

Dite ND du Pilier parce que posée sur un ancien pilier du jubé [N.d.E. : tribune formant une clôture de pierre ou de bois séparant le chœur de la nef, source Wikipédia], à l’entrée nord du déambulatoire. « Il semble qu’il y ait là un lien subtil et profond entre le Christianisme… et les réminiscences des religions qui ont précédé le Christianisme. Et toujours, l’image qui domine, c’est l’image tranquille, rassurante ou triomphante de la Mère divine. » [1]

Cathédrale de Chartres, Vierge Noire. Crédit photo : Pinterest.jpg

Reliquaire du voile de la Vierge

Protégé dans une nouvelle vitrine, ce voile, que Marie est censée avoir porté le jour de la naissance de Jésus a été offert en 876 par le roi Charles le Chauve à la cathédrale. Le roi détenait cette relique de son grand-père, Charlemagne qui l’avait reçue de l’impératrice Irène de Byzance. Lors de l’incendie de 1194, les prêtres réfugiés dans la crypte avec le reliquaire contenant le voile avaient attendu trois jours sous terre, et furent acclamés par la foule à leur sortie. La ferveur fut telle que les financements pour la reconstruction affluèrent. Ce voile est un tissu de soie d’un demi mètre de large et de 5,30 m de long. Une expertise fut réalisée en 1927 par les grandes soieries de Lyon et le date du 1er siècle de notre ère. La technique de tissage correspond également à ce qui se faisait en Palestine à cette période.

Le reliquaire du voile de la Vierge. Crédits photo : Rama | Wikipedia

ND de la Belle Verrière

Vitrail le plus célèbre avec le bleu de Chartres, réalisé dans le style roman au cours du 12e s. Suite à l’incendie de 1194 seules 4 verrières ont été épargnées parmi lesquelles ND de la Belle Verrière. En 1990, Michel Petit, maitre-verrier chartrain a entrepris la restauration des couleurs de ce vitrail. « En regardant de plus près nous pouvons remarquer l’influence orientale, provenant des croisades, et se cristallisant au sein de sa pose ainsi que de ses vêtements. Notons aussi l’imposante couronne sur sa tête qui serait, quant à elle, une représentation de la couronne impériale appartenant à Charles le Chauve et conservée dans le trésor de la cathédrale de Chartres jusqu’au XIVe siècle ».

Crédits photo : Vassil | Wikipedia

Le tour de chœur

Construit par Jehan de Beauce, il est de style renaissance, et présente des scènes de la vie de Marie et Jésus en 200 statues de la meilleure pierre de la région : 2 siècles seront nécessaires pour terminer les 41 scènes sculptées.

Clôture de chœur de la cathédrale Notre-Dame de Chartres. Crédit photo : Tango7174 | Wikipédia

Le clou de la Saint- Jean, Horloge céleste

« Afin de calculer le plus précisément possible le moment de la Saint Jean d’été, le chanoine Claude Estienne a commandé, en 1701, l’installation d’un dispositif particulier, et si nous observons le vitrail de St Apollinaire, on y voit un verre incolore rond.

Au solstice d’été, à midi solaire, un rayon de soleil passe à travers le vitrail et la lumière est projetée sur la dalle au niveau du clou. Cette cathédrale est une véritable horloge astronomique » [2]

Trou de la méridienne, au centre de la bordure droite du vitrail. Crédit photo : Micheletb | Wikipedia

5) La crypte :

En 1957 l’archéologue Maurice Guignard découvre dans une crypte 12 menhirs correspondant à « un calendrier mégalithique solaire » … Des runes coniques étaient gravées sur les faces tournées vers le centre de la crypte, accompagnées de figures géométriques ciselées avec finesse ».[3] Du point de vue ésotérique, la crypte est l’équivalent de la grotte ou de la caverne, lieu d’initiation, de mort au monde profane, suivie d’une re-naissance au monde spirituel.

Le puits des « Saints forts »

Ce nom lui a été attribué en raison des miracles dont il est à l’origine, car dit la légende plusieurs martyrs y avaient été précipités. Oublié pendant plus de deux siècles après avoir été interdit d’accès puis comblé en 1609, il est retrouvé en 1900 grâce à l’architecte René Merlet qui constate que si la section du puits est circulaire, en revanche à environ 20m de profondeur elle est carrée comme l’étaient les puits celtiques. Autre découverte, qui témoigne cette fois du savoir des bâtisseurs, le puits plonge dans la nappe phréatique à environ 37m sous le chœur de la cathédrale dont la voûte atteint cette même hauteur de 37m, vérifiant ainsi cet adage « Tout ce qui est en bas est comme ce qui est en haut ».

Crédits image : unplash

ND de Sous-Terre

La crypte abrite depuis 1857 une statue de ND de Sous-Terre, à l’emplacement de la Virgo Pariturae, la plus ancienne des vierges noires honorée des siècles plus tôt par les Druides. « Les Druides l’appelaient Danaan, archétype de la féminité féconde » précise Patrick Burensteinas.[2]. Réalisée en bois de noyer, elle remplace celle qui a été brûlée lors de la Révolution, et qui datait du 12e siècle. Elle se situe à la verticale de la vierge noire, ND du pilier.

Crédits image : chemin.eklablog

 

Références bibliographiques :

[1] Jean Markale, Chartres et l’énigme des Druides.

[2] Patrick Burensteinas, Chartres cathédrale alchimique et maçonnique.

[3] Atlantis N°320, 1982, « Les calendriers hyperboréens et les édifices mégalithiques d’Europe ».

 

Pour aller plus loin :

– Pour de plus amples détails concernant une approche alchimique ou maçonnique de la cathédrale, consulter les ouvrages en référence.

– Le centre international du Vitrail : Fondé en 1980, situé à 50 m de la cathédrale : expositions de vitraux, stages de formation, ateliers, parcours d’interprétation des vitraux de la cathédrale sur maquette géante.

 

Série Les Cathédrales

1. Les secrets des cathédrales

2. Les religions primitives

3. Notions de base

4. Le compagnonnage

5. Architecture sacrée

6. Chartres