Ces neuf derniers jours à la COP26 (3-12 novembre 2021), les gouvernements ont donné des informations sur ce qu’ils vont faire – ou plutôt ce qu’ils ne feront pas en fait – pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris pour le climat.

Selon un nouveau site web mis en ligne cette semaine, militaryemissions.org, un élément d’information reste caché puisque de nombreux gouvernements refusent de révéler les émissions carbones causées par leurs activités militaires.

Pour souligner l’étendue de ces émissions militaires cachées, l’Observatoire de l’environnement et des conflits et Impacts Concrets ont collationné les données révélées par les gouvernements sur les émissions de leurs armées en un même site, permettant aux citoyens du monde de voir ce que leurs gouvernements révèlent ou ne révèlent pas.

« Il est vital que les gouvernements prennent des mesures d’urgence pour réduire l’énorme part des armées dans la crise du climat, » déclare Doug Weir, de l’Observatoire de l’environnement et des conflits. « Avec ce nouveau site web, nous pouvons aider tout le monde parmi le public, les décideurs et les militaires eux-mêmes, à comprendre la véritable importance du problème, un premier pas essentiel pour le résoudre. »

L’expression « émissions militaires » ne se réfère pas aux seuls carburants fossiles utilisés par les forces armées dans leurs navires, chars et avions. Cette expression vise aussi la logistique de transport, les constructions, et la chaîne de fourniture des armes, depuis l’extraction des matières premières jusqu’au déclassement et la mise au rebut, en passant par la fabrication. Pour donner une idée des émissions militaires, si l’armée des Etats-Unis était un Etat, ses émissions seraient environ égales à celles du Pérou, selon des chercheurs des universités de Durham et Lancaster.

Malgré leur énorme impact combiné sur l’environnement, l’importance réelle des émissions de gaz à effet de serre par les armées est cachée. Certains pays intègrent leurs émissions militaires avec les émissions civiles ou fournissent des données incomplètes. D’autres pays justifient leur absence de déclaration par des motifs de sécurité nationale.

Linsey Cottrell de l’Observatoire de l’environnement et des conflits a déclaré : « Quarante pays industrialisés ont dépensé environ 1.270 milliards de dollars dans leurs armées en 2020, mais seulement cinq d’entre eux ont informé sur leurs émissions militaires conformément aux directives des Nations Unies. »

Les organisateurs de ce nouveau projet demandent aux gouvernements du monde entier de prendre trois engagements :

    1. Les pays développés industrialisés réalisent des rapports obligatoires et vérifiés par des organes indépendants, sur les émissions de gaz à effet de serre de leurs armées, rendent cette information transparente, accessible et distincte des émissions d’autres secteurs de l’économie ;
    2. Les pays « en développement » entament une publication annuelle de leurs émissions militaires ;
    3. Tous les gouvernements fixent des objectifs clairs pour leurs armées en matière d’économies d’énergie, de réduction de la dépendance aux énergies fossiles et de passage aux énergies renouvelables responsables pour l’environnement, réalisant de véritables réductions d’énergie sans s’appuyer sur des compensations.

L’adhésion à ces trois demandes ne va certainement pas résoudre la crise climatique mondiale. Mais les citoyens méritent de comprendre à quel point les militaires contribuent à la crise climatique. Les organisateurs de l’alerte aux émissions militaires cachées avertissent du greenwashing militaire et demandent une liste spécifique d’exigences pour que les rapports soient crédibles et pertinents dans l’effort général de réduction massive des émissions.

 

Traduit de l’anglais par Serge Delonville