Les Racines de la violence – Épisode 1 – Iran 1952 à 2001

Les Racines de la violence – Épisode 2 – Iran 1952 à 2001

Les Racines de la violence – Épisode 3 – Iran 1952 à 2001

Bienvenue au troisième épisode de notre série d’entretiens dans lesquels nous nous penchons sur la région du Moyen-Orient et tentons de mieux comprendre ce qui s’y passe. Le point de vue occidental est que c’est un endroit très violent et dangereux. La guerre se poursuit au Yémen et plusieurs autres pays semblent être au bord de la guerre. Il y a de terribles violations des droits humains et des états en déliquescence. Mais d’un autre côté, cette région est le berceau de la civilisation occidentale : La Mésopotamie, la Perse, l’Égypte, la Syrie, la Palestine, l’Arabie sont des lieux de mythes et de légendes. De grands mystiques, mathématiciens, traducteurs et conteurs sont venus de là. Les grandes religions y ont leur lieux les plus sacrés. L’art, la musique, la science et l’alimentation de l’Ouest ont tous ressenti l’influence de cette région.

Dans cette série d’entretiens que nous appelons “ Les Racines de la Violence “, nous allons essayer de comprendre comment la violence est née et qui en est responsable. Nous ne cherchons pas à justifier la violence physique, mais la violence physique ne surgit pas de nulle part. La violence physique est l’explosion qui survient après une longue période de violence économique et psychologique.

Dans notre troisième entretien, nous nous entretenons avec Emad Kiyaei. Emad est Iranien. Il est directeur de l’Organisation du Traité du Moyen-Orient, qui est une campagne de la société civile visant à éradiquer toutes les armes de destruction massive du Moyen-Orient par le biais de politiques innovatrices et de programmes d’éducation. Il est le coauteur du livre Weapons of Mass Destruction : a New Approach to Non-proliferation, et il a étudié aux universités de Princeton et Columbia aux États-Unis.

La série complète des entrevues peut être trouvée sur notre chaîne YouTube ici

Transcription sous la vidéo :

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Bienvenue à la troisième partie de notre série d’entretiens, les Racines de la Violence. Cette semaine, nous nous retrouvons avec Emad Kiyaei, directeur de l’Organisation du Traité du Moyen-Orient, à la recherche des racines de la violence dans la région du Moyen-Orient.

Les deux premières parties de notre série nous ont emmenés en Iran, en 1952, lorsque les services secrets américains et britanniques ont organisé le renversement du gouvernement iranien, afin d’installer leur roi fantoche, qui a lui-même été renversé en 1979. Les relations entre les États-Unis et l’Iran ont été affectées depuis lors, mais dans les années 1990, l’Irak est devenu la principale préoccupation des États-Unis et, finalement, après les attaques du 11 septembre, qui n’avaient rien à voir avec l’Irak ou l’Iran, les États-Unis sont entrés en guerre contre l’Afghanistan, puis ont reporté leur attention sur Saddam Hussein, ce qui a conduit à sa mort et à un changement de gouvernement.

Ironiquement, les deux guerres américaines en Irak et en Afghanistan ont conduit à des gouvernements beaucoup plus favorables à l’Iran que leurs prédécesseurs. Les États-Unis ont effectivement renforcé l’influence régionale de l’Iran au lieu de l’affaiblir.

Emad, bienvenue à nouveau aux Racines de la Violence; commençons par une question qui nous ramène où nous en étions la dernière fois, en 2001. Les États-Unis ont commencé la guerre terrifiante contre le terrorisme qui, comme je l’ai dit, a reversé les gouvernements d’Irak et d’Afghanistan. Le président Bush a inclus l’Iran dans un prétendu “ axe du mal “ auquel la Corée du Nord appartenait également, et des bruits ont commencé à courir au sujet d’un programme nucléaire iranien.

Donc, pour commencer, pouvez-vous nous parler du programme nucléaire iranien ? Pourquoi a-t-il été commencé, qu’est-ce qui l’explique, quel était son degré de développement, et quelle a été la réaction du reste du monde ?

Emad Kiyaei

Merci, Tony, de me recevoir à nouveau. Nous commençons donc au début de l’année 2003. N’oublions pas qu’à ce moment-là, comme vous l’avez mentionné, une guerre est en cours, avec l’engagement des États-Unis en Afghanistan et en Irak. Et la raison pour laquelle le président Bush a réussi à entraîner les États-Unis en Irak était principalement basée sur un mensonge considérable, mais elle a été utilisée comme excuse pour entrer en guerre avec Saddam Hussein; cette raison concernait les “ armes de destruction massive “ de l’Irak.

Nous voyons donc ici la question de la non-prolifération et des ADM (armes de destruction massive) passer au premier plan. Et quand les États-Unis, quand même en opposition aux décisions du conseil de sécurité de l’ONU, décidèrent d’engager cette guerre contre l’Irak, cela a conduit à utiliser la question des ADM pour un autre cas, cette fois-ci pour l’Iran. Et au début de 2003, nous apprenons que le programme nucléaire iranien suscite à nouveau des inquiétudes. Et à ce moment-là, l’Iran a réussi à faire quelque chose d’assez remarquable. Il a réussi à enrichir de l’uranium. L’enrichissement de l’uranium a permis à l’Iran d’entrer dans le club des nations qui disposent de la technologie et du savoir-faire nécessaires pour prendre le minerai d’uranium à son état d’élément naturel, et l’enrichir à des fins énergétiques, pour d’autres industries et, par extension, pour donner peut-être une dimension militaire à cette forme d’enrichissement à des niveaux beaucoup plus élevés.

Mais ils ont réussi à commencer et à briser le verrou de la capacité d’enrichir l’uranium. Cela a suscité une grande inquiétude au niveau international, et a rendu à nouveau le programme nucléaire iranien l’objet de toutes les attentions. À ce moment-là, l’Iran, toujours en vertu de ses droits, en tant que membre du traité de non-prolifération nucléaire, et en tant que signataire de ce traité, et comme membre de l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) qui est l’organisme de surveillance nucléaire des Nations Unies, l’Iran était autorisé à enrichir, mais cela a posé un problème, à savoir que cela pourrait devenir un risque de prolifération. Les États-Unis et d’autres pays ont rehaussé la question du programme nucléaire iranien qui a atteint un point critique, au point que l’organisme de surveillance nucléaire des Nations Unies a établi un dossier pour l’Iran et l’a soumis à leur conseil d’administration. Et ils ont décidé que l’Iran était en violation de ses accords avec l’organisme de surveillance nucléaire international. Et c’est ce qu’on appelle, je ne vais pas entrer dans les détails, mais il s’agissait d’une dimension éventuellement militaire de son programme nucléaire. Cela signifie essentiellement que l’Iran poursuit certaines technologies qui peuvent être utilisées à des fins civiles, mais aussi détournées, éventuellement, vers un programme secret militarisé. À ce stade, l’Iran a dû prouver de nouveau à la communauté internationale qu’il ne voulait pas, et ne cherchait pas à se doter d’armes nucléaires. Il a entamé des négociations en 2003 avec ce que l’on appelle l’UE3 : trois puissances européennes, le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne. Et ces négociations ont été en fait surprenantes – nous parlerons de ce qui arrive plus tard au programme nucléaire de l’Iran – mais en 2005, les puissances européennes et l’Iran avait conclu un accord qui limitait le programme nucléaire iranien à une poignée de centrifugeuses, plaçait les installations et les établissements nucléaires de l’Iran sur un ou deux sites, et plaçait le tout sous surveillance et contrôle. Mais vous savez quoi ? Les Européens ont présenté cet accord à Washington, et le président Bush, encore intoxiqué par sa guerre en Irak et le renversement de Saddam Hussein, et avide d’exercer sa puissance militaire dans la région, d’étendre la guerre au-delà de l’Afghanistan et de l’Irak, et d’achever l’Iran, s’est opposé à ce rapprochement diplomatique et à cet accord entre les Européens et l’Iran. Et cet accord, en 2005, connu sous le nom d’Accord de Paris, a échoué.

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Alors, donnez-nous un peu plus d’information, plus de contexte sur le programme nucléaire iranien, parce qu’en 2003, l’Iran n’était pas le seul pays avec un programme nucléaire dans la région. Qui d’autre est en train d’expérimenter avec l’énergie nucléaire, les centrales nucléaires, et comment cela concerne-t-il les traités internationaux – le TNP ( Traité de non prolifération des armes nucléaires) et quelle est la relation avec l’Agence internationale de l’énergie atomique ?

Parce qu’il se passe quelque chose là; l’Iran est présenté comme une exception à ce qui se passe dans la région.

Emad Kiyaei

Je pense que la meilleure façon de répondre est d’avoir un aperçu rapide. Au Moyen-Orient, nous devons regarder tous les pays du Moyen-Orient, c’est-à-dire, 22 pays arabes, plus Iran et Israël. Cela veut dire 24 pays qui nous inquiètent lorsqu’il s’agit d’une zone exempte d’ADM au Moyen-Orient. Donc, ramenons géographiquement la situation à cette zone. Parmi ces 24 pays, tous, à l’exception d’Israël, sont signataires du traité de non-prolifération nucléaire, l’un des traités les plus importants et qui a été négocié à l’échelle mondiale, qui limite la prolifération et la propagation des armes nucléaires dans le cadre d’un accord très important, qui permet aux gouvernements et aux pays d’utiliser la technologie nucléaire à des fins pacifiques, à condition qu’ils promettent de ne pas fabriquer d’armes nucléaires. Et les pays qui à l’origine possédaient des armes nucléaires ont promis de désarmer et de se débarrasser des leurs. Ce traité a vu le jour il y a longtemps, en 1970, et a été signé par beaucoup de pays. Mais au Moyen-Orient, Israël ne l’a pas signé. Et Israël a continué à avoir un programme secret d’armement nucléaire qui était organisé et aidé par les pays occidentaux, et les États-Unis ont fermé les yeux sur ce programme. Pourquoi ? Encore une fois, cela renvoie à la notion de « qui est mon ami et qui est mon allié et qui est mon ennemi ? »

Ainsi, dans le cas du programme d’armement nucléaire israélien, nous connaissons maintenant, grâce à la loi sur la liberté d’information, aux dénonciateurs, aux scientifiques et à l’imagerie par satellite, le programme d’armement nucléaire avancé d’Israël; tout le monde sait que c’est le secret le plus mal gardé, et connu de tous; les Français ont aidé à la construction d’une usine de retraitement du plutonium afin que le gouvernement israélien puisse obtenir du plutonium utilisable pour une arme nucléaire. Parce que, pour expliquer les choses rapidement, il y a deux façons très rapides de fabriquer des armes nucléaires. L’une consiste à enrichir l’uranium à des niveaux élevés, et l’autre consiste à utiliser le plutonium qui est le sous-produit trouvé dans les déchets quand un combustible nucléaire est utilisé dans une centrale nucléaire. Donc, quand vous avez ces déchets , dans ces déchets il y a du plutonium. Et quand vous extrayez le plutonium, quand vous le sortez des déchets, il est déjà de qualité militaire. Vous êtes prêt. Les Israéliens ont donc emprunté cette voie pour construire leurs armes nucléaires alors que dans le cas du programme nucléaire iranien, même s’il ne possède pas d’armes nucléaires, l’Iran a progressé au long de la voie de l’enrichissement. Ce sont là les deux voies différentes. En ce qui concerne le programme d’armement nucléaire d’Israël, parce qu’il n’y a pas d’inspecteurs, il n’y a pas de traité international contraignant auquel le gouvernement israélien doit se conformer. Il n’y a aucun moyen de contrôler ce qui se passe sur le sol israélien. Nous n’avons pas de caméras, nous n’avons pas d’inspecteurs, nous ne savons pas ce qui se passe dans les installations nucléaires telles que Dimona dans le désert du Néguev.

Ce que nous savons, grâce à ces autres moyens d’obtenir de l’information, est qu’Israël possède quelque part entre 80 et 140 ogives nucléaires qui ont été perfectionnées grâce à la filière qui utilise le plutonium, et qui sont prêtes et armées. Et parce qu’Israël possède des armes conventionnelles et des systèmes d’armes sophistiqués et avancés, il est en mesure d’avoir soit des armes conventionnelles, soit des ogives nucléaires sur des avions de chasse, des sous-marins et des missiles balistiques. C’est le seul cas au Moyen-Orient. En ce qui concerne l’Iran, la raison pour laquelle le programme nucléaire iranien est toujours rehaussé et pour laquelle vous en entendez parler sans cesse dans les médias, est que l’Iran a été l’objet d’une pression internationale énorme en ce qui concerne le dossier nucléaire, et c’est au sujet de cette question spécifique du dossier nucléaire qu’il a été possible aux puissances mondiales d’imposer leurs propres politiques et actions coercitives à l’État iranien. Et l’Iran doit prouver qu’il n’est pas coupable, que son programme nucléaire est pacifique, et une fois de plus, la situation découle de l’animosité, l’incompréhension et la méfiance dans la relation entre l’Iran et la seule superpuissance de la planète, à savoir les États-Unis. Et la différence entre le programme nucléaire d’Israël et le programme nucléaire de l’Iran repose principalement sur le fait qu’Israël est un allié des États-Unis et des puissances occidentales. Deuxièmement, il a été permis à Israël de progresser vers la militarisation sans aucune représailles, sans aucune sorte de sanctions, sans aucune forme d’inspections et sans aucune forme de pression pour arrêter. Et troisièmement, il est important de noter qu’Israël, à cause de ses liens historiques avec l’Europe et les relations spéciales qu’entretiennent les Européens et les Américains avec Israël, a eu la possibilité de poursuivre cette politique d’opacité, ce qui veut dire qu’il ne confirme ni ne nie avoir des armes nucléaires, même si tout le monde sait qu’il en possède. Et Israël est allé au-delà, en utilisant ce qu’on appelle la doctrine Begin, il a bombardé les sites d’autres programmes nucléaires ou de programmes nucléaires à un stade avancé dans la région, comme le réacteur Osirak en Irak et un autre réacteur en Syrie. Donc, le gouvernement israélien n’a pas seulement construit des ogives nucléaires et un secteur d’énergie nucléaire en dehors des inspections et de la surveillance internationales, il a fait tout son possible pour détruire, par le sabotage, les assassinats et les bombardements, des installations nucléaires d’autres pays ; – et les dernières accusations de l’Iran contre Israël et les attaques présumées par des agents israéliens contre les installations iraniennes, connues sous le nom d’installation nucléaire iranienne de Natanz, qui ont été sabotées à plusieurs reprises au cours des dernières années – tout cela montre que nous assistons à une véritable guerre de l’ombre dans la région, concernant ce qui se passe sur ce front. Cette guerre se joue sur le plan conventionnel et aussi, malheureusement, sur celui des armes de destruction massive ou de la possibilité de les fabriquer.

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Vous avez expliqué qu’en 2005, les Européens avaient réussi à conclure un accord avec l’Iran, qui établirait des restrictions et des limites au développement de son programme nucléaire. Et cependant, l’accord sur le nucléaire iranien, le plan d’action global commun, en anglais le JCPoA [en français le PAGC] n’a été signé qu’en, je crois que c’était 2016, 2015.

Emad Kiyaei

  1. Une décennie plus tard.

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Que s’est-il passé pendant ces dix ans ? Pourquoi un accord n’a-t-il pas pu être signé plus tôt ?

Emad Kiyaei

Je vais parcourir ça très rapidement. S’il vous plaît, arrêtez-moi si je vais trop loin. L’accord de Paris de 2005 va à Washington. Le président Bush dit “ nous avons déjà fait tomber Saddam, nous avons fait partir les Talibans, c’est le tour des Ayatollahs.” Il n’y a donc pas d’accord des Américains – les Européens ne peuvent pas revenir vers les Iraniens et dire “ Nous avons un accord.”

Cet accord s’est donc écroulé, et avec lui, le président réformateur Khatami, qui avait investi beaucoup de capital politique pour s’assurer que les programmes nucléaires iraniens, en tant que problème, ne soient plus le centre de l’attention. Malheureusement, en raison de cet échec, nous avons des élections en Iran et, au lieu de l’arrivée au pouvoir d’un autre gouvernement réformiste modéré, Mahmoud Ahmadinejad a été élu président de l’Iran en utilisant le cri de ralliement et les slogans disant qu’il apporterait dignité aux Iraniens et éliminerait la forme de pression que la communauté internationale inflige à l’Iran. Et pourquoi l’Iran devrait-il autoriser ces inspections et ces formes de concessions quand il n’a pas d’armes nucléaires ?

Ainsi, Khatami le réformateur est déchu, et l’échec de l’accord nucléaire avec la communauté internationale , en particulier avec les Européens, est devenu un suicide politique pour les réformistes, et a donné des proies faciles et beaucoup plus de pouvoir aux conservateurs comme Ahmadinejad en Iran, et pour les huit années suivantes, c’est un genre différent de politique en Iran.

Pressenza

Mais attendez. Parce que vous avez fait une allégation qui est vraiment très grave. Vous avez dit que les États-Unis préféreraient avoir une guerre totale contre l’iran, une guerre contre les dirigeants à Téhéran, et qui changerait le régime, plutôt que de négocier, et d’avoir un accord avec les dirigeants d’un autre pays en les traitant comme des pairs. Est-ce vraiment ce que nous sommes en train de dire ?

Emad Kiyaei

Ce que je suis en train de dire, non, non, non, laissez-moi clarifier. Ce que je dis, c’est que quand l’accord nucléaire de 2005 entre les puissances européennes et l’Iran a été conclu, ce bout de papier devait être signé par Washington. Encore une fois, pourquoi ? parce que les États-Unis ont également une influence énorme sur leurs partenaires européens. Les Européens se sont donc rendus à Washington et ont déclaré : Écoutez, nous avons convenu avec les Iraniens qu’ils limiteraient leurs installations et leurs activités nucléaires, et que nous procéderions à des inspections et à des contrôles; si vous examinez cet accord présenté à Washington, vous constaterez qu’il a de nombreuses similitudes avec l’accord intérimaire qui a été signé plus tard et qui finalement est devenu plus complet, et est connu sous le nom de JCPoA [en français PAGC].

Mais à ce moment-là, le président Bush et ceux qui l’entouraient, les Dick Cheney, les pro-hawkish, les fauteurs de guerre de Washington avaient vu l’effondrement des talibans et de Saddam Hussein. Et comme par hasard, des centaines de milliers de militaires américains ainsi que de l’équipement militaire entouraient l’Iran. Et si vous examinez la rhétorique et les actions des États-Unis pendant la présidence Bush, vous verrez qu’ils avaient l’Iran dans le collimateur. Ils visaient l’Iran d’une manière ou d’une autre, peut-être qu’ils n’auraient pas prononcé ouvertement les mots « changement de régime », mais regardez leurs actions, regardez leurs politiques, et cela montre une possibilité pour une autre guerre au Moyen-Orient, et cette guerre aurait été avec l’Iran. Et donc ici, il y a beaucoup de changements qui se produisent parce que c’est comme si la présidence à Washington croyait que la diplomatie est quelque chose du passé, qu’ il n’y a pas de temps pour la diplomatie ; que nous avons « Regardez, Saddam est fini, nous avons fait cela en dehors de l’ONU; après le 11 septembre nous avons carte blanche pour faire ce que nous voulons. Alors pourquoi pas ? Il y a une possibilité d’aller en Iran. »

Il n’y avait donc aucun appétit à Washington pour de la diplomatie. Cela n’a pas joué, quand le Conseil de sécurité des Nations unies s’est prononcé à une écrasante majorité contre l’entrée des États-Unis en Irak, et les États-Unis ont créé leur propre coalition de partenaires, ils ont inclus les Britanniques de Tony Blair, pour qu’ils boivent aussi le Kool-Aid et participent à la guerre en Irak, et causent une guerre dévastatrice qui a coûté des milliers de vies sur la base d’un gros mensonge, comme nous savons aujourd’hui. Ainsi, si l’on remet les choses dans leur contexte en 2005, tout cela arrive avant que l’instabilité en Irak et Afghanistan atteigne un point où les États-Unis ont de la peine même pour garder la coalition intacte. Mais ces vagues d’invasion initiales, rapides et furieuses, qui ont effondré les régimes, ont donné à ceux qui, à Washington étaient favorables à la guerre et agressifs, des munitions et un précédent, à savoir qu’il est possible de remporter des victoires rapides sur les pays qu’ils considèrent comme des ennemis. L’Iran était donc bien une cible. Je ne dis pas qu’il y a eu une attaque parce que ce n’a pas été le cas, mais cela a certainement été envisagé.

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Alors, que s’est-il passé ensuite, avec la politique internationale qui a retiré cette guerre de changement de régime de l’agenda ?

Emad Kiyaei

Je pense que plusieurs choses se sont passées. Premièrement, les Européens étaient très désireux de conclure un nouvel accord diplomatique parce qu’ils craignaient que les Américains n’utilisent le problème des ADM et du dossier nucléaire iranien pour entrer dans une nouvelle guerre. Deuxièmement, lorsqu’un accord a été conclu et les États-Unis ont dit non, il y a eu aussi un changement rapide de gouvernement en Iran car les élections étaient proches. Et avoir Ahmadinejad au pouvoir a créé une réalité complètement différente au niveau national en Iran.

La politique iranienne a changé pour devenir plus agressive. C’était comme si le fait que Bush était agressif poussait les présidents iraniens à dire : “ OK, très bien. Vous voulez une guerre, nous en voulons une aussi. Venez et faisons monter les enchères.” Les pressions atteignaient le point d’ébullition. Et la présidence de l’Iranien Ahmadinejad a été caractérisée par des slogans populistes, par le fait que l’Iran s’est éloigné de la coopération internationale et a étendu son programme nucléaire. Et ici quelque chose d’autre, également, s’est produit au niveau régional.

Initialement il y avait une certaine coopération de la part de l’Iran qui a aidé les États-Unis contre l’Afghanistan et l’Irak , comme nous l’avons évoqué lors d’une discussion précédente, coopération qui a aidé les États-Unis à mettre fin au Talibans et à Saddam Hussein, mais plus tard, à cause de l’animosité entre l’Iran et les États-Unis et à cause du genre de langage et de politique à Washington, et du changement d’attitude en Iran sous Ahmadinejad, les choses changèrent. L’Iran a dit “ Ok, nous ne pouvons pas résoudre les problèmes par le biais d’un dialogue constructif et de diplomatie, nous allons donc rendre extrêmement difficile pour les États-Unis de maintenir leur position et leur présence en Irak et en Afghanistan. “ Et il y avait un immense soutien iranien pour les milices et pour d’autres en Irak et en Afghanistan pour ensuite créé les conditions dans lesquelles les États-Unis avaient beaucoup de difficultés. Qu’est-ce que je veux dire ? L’Iran soutenait indirectement des groupes qui visaient les installations et le personnel militaire américains, créant beaucoup de désordre à l’intérieur du pays et rendant les choses difficiles pour les Américains s’ils voulaient avoir une stabilité quelconque. Et la politique américaine après l’effondrement de Saddam Hussein a également accéléré ceci, parce que les États-Unis ne savaient pas bien comment opérer sur ces deux théâtres de guerre, l’Afghanistan et l’Irak, en démantelant des milliers et des dizaines de milliers de soldats et de militaires irakiens, qui ensuite ont été absorbés par différentes factions, ce qui créait de l’agitation similaire à une guerre civile en Irak. Et là, les États Unis se sont perdus et enlisés en Afghanistan et en Irak, au point que toutes idées aventureuses et expansionnistes d’une invasion ou d’une attaque contre l’Iran s’estompèrent très rapidement. Cette guerre est devenue impopulaire aux État-Unis, et le gouvernement américain s’est retrouvé dans une position extrêmement négative quand les sacs mortuaires sont revenus aux États-Unis.

La guerre a donc commencé à coûter cher, en Afghanistan et en Irak, et la présidence iranienne d’Ahmadinejad fait monter les enchères et la température, et il y a du désaccord au sein de l’arène internationale. Et à ce moment – là, le conseil de sécurité des Nations unies, et d’autres puissances mondiales, ayant vu Washington refuser cette initiative européenne avec les Iraniens se rendent compte qu’ils doivent vraiment s’unir, sinon les États-Unis vont penser qu’ils sont au Far-West et ils vont faire ce qu’ils veulent. Il y a donc un effort concerté sur la scène mondiale, pour contenir ce pouvoir incontrôlé des États-Unis. Et c’est à ce moment que le dossier nucléaire iranien, et la façon dont il est traité entre 2005, le début de la présidence d’Ahmadinejad et 2013 quand sa présidence se termine, ainsi que l’élection et la présidence d’Obama créent une nouvelle ère de politique internationale. Avec l’arrivée d’Obama aux rênes de Washington, nous en avons fini avec les années des bellicistes et faucons de Bush à Washington; il y avait quelqu’un d’autre – au moins sur le papier – quelqu’un qui prônait la coopération internationale, le multilatéralisme et la diplomatie. Ainsi, le programme nucléaire iranien passe par ces trois phases. La première, c’est avant Ahmadinejad, cet accord avec les Européens qui a été rejeté par les Américains. Entre 2005 et 2013, Ahmadinejad est au pouvoir et étend le programme nucléaire iranien, ce qui rend la coopération avec la communauté internationale extrêmement difficile; aussi, les États-Unis sont enchevêtrés dans ces guerres; ils doivent refaire surface sur la scène internationale et oublier ce qu’ils ont fait durant l’ère Bush avec l’élection du président Obama. Et de 2009 à 2013, c’est une nouvelle page, où l’on voit les États-Unis coopérer de nouveau au sein de l’ONU et du multilatéralisme. Et ceci coïncide à nouveau avec l’expansion du programme nucléaire iranien; alors le conseil de sécurité des Nations Unies déclenche ses sanctions les plus complètes contre l’Iran; ceci est accompli grâce aux efforts de l’administration Obama et de la secrétaire d’État de l’époque, Hilary Clinton, pour créer une unité mondiale aux fins d’infliger ces sanctions à l’Iran.

S’ils étaient capables réellement de former l’une des coalitions de partenaires les plus complètes, sous le couvert de sanctions et d’autres politiques, sans aller assez loin pour déclencher une guerre avec l’Iran, ils l’ont fait. Ainsi nous avons un changement de ton à Washington, un changement de ton à Téhéran, et ces mondes entrent en collision.

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Alors, les États-Unis, la politique de sanctions de l’administration Obama, cela a-t-il eu des effets positifs ? Cela a-t-il aidé ou encouragé l’Iran à venir à la table de négociations ? Qu’est-ce qui a ramené l’Iran à la table de négociations, prêt à négocier ? C’est clair, il y a eu un changement de présidence en Iran, mais toutefois, vous savez, il y avait toujours beaucoup de partisans de la ligne dure en Iran. Que s’est-il passé en Iran ?

Emad Kiyaei

Tony, les sanctions, que ce soit au niveau mondial, régional ou national, causent du tort aux gens, et non à leurs gouvernements. Elles infligent de la souffrance; de la souffrance économique, de la souffrance sociale, et elles réduisent de beaucoup les efforts de tout progrès sur les fronts socio-économiques et politiques. Et malheureusement, ces années de sanctions générales qui continuent aujourd’hui ont seulement ralenti le peuple iranien , et malheureusement ont rallié la population autour du drapeau ; elles ont renforcé le gouvernement central et la sorte de prisme qui lui est propre, à travers duquel il voit le monde, et ce prisme est tel qu’il lutte contre les puissances mondiales qui ne veulent pas qu’il survive. Malheureusement, ce que nous voyons, c’est que ces années de sanctions n’ont pas aidé la diplomatie. En fait, elles n’ont pas seulement nui à la population iranienne, elles ont étendu le programme nucléaire de l’Iran. En 2005, l’Iran avait une centaine et quelques centrifugeuses qui tournaient. En 2013, lorsque les négociations ont repris avec le Conseil de sécurité des Nations unies, l’Iran avait plus de 20 000 centrifugeuses en marche. Et, c’est pourquoi vous ne pouvez pas forcer un gouvernement, un pays comme l’Iran, avec des sanctions, et le forcer, en utilisant de la pression, à venir à la table de négociations. Donc, au lieu de réduire son programme nucléaire, l’Iran l’a étendu. Au lieu de devenir plus ouvert socialement, il s’est refermé. En ce qui concerne devenir encore plus progressiste, vous savez, l’Iran est devenu encore plus conservateur. Et ainsi, cela a créé tous ces effets contraires, tous ces buts de sanctions qui n’ont pas été atteints; mais quelque chose a changé à Washington. Que s’est-il passé à Washington ?

Le président Obama a choisi un nouveau secrétaire d’état qui a remplacé Hilary Clinton ; nous avons eu une nouvelle équipe à Washington, et il y a eu des élections en Iran, où Ahmadinejad a été éliminé et le président Rouhani, qui est est maintenant le président sortant, est arrivé au pouvoir avec son ministre des affaires étrangères Javad Zarif.

Pressenza

Qui est le ministre des Affaires étrangères aux États-Unis ?

Emad Kiyaei

John Kerry. Maintenant les étoiles sont alignées. 2013, Ahmadinejad est sorti, les sanctions sont là ; le programme iranien s’est étendu. Nous avons une nouvelle équipe à Téhéran qui est impatiente de renouer le dialogue avec la communauté internationale. Et devinez quoi ? Leur équipe, l’équipe dont je parle, Rouhani, Zarif, et les autres, ceux qui composaient cette nouvelle administration, étaient les mêmes que ceux qui avaient négocié l’accord de 2005 avec les Européens. Ils savaient donc exactement, sur le front nucléaire, ce qu’il fallait faire. De l’autre côté, à Washington, Hilary Clinton a été remplacée par John Kerry ; John Kerry comprenait ce qu’il fallait faire; ceci a entraîné un changement dans la politique d’Obama envers l’Iran, où jusque là, Obama avait maintenu la mantra de l’ère Bush de zéro enrichissement en Iran. Et l’Iran a dit, “ Vous ne pouvez pas nous dire de ne pas avoir d’enrichissement. Ce n’est pas juste. “ Et là, John Kerry et son équipe avec Obama ont atteint un compromis en changeant le langage simple de zéro enrichissement à un enrichissement limité.

Ce petit changement de langage et la nouvelle équipe à Washington et Téhéran ont ouvert la porte aux Iraniens pour qu’ils entament des négociations au Conseil de sécurité des Nations unies à New York en 2013, et commencent, pour de bon, des démarches diplomatiques et multilatérales pour résoudre ce problème après une décennie; après une décennie d’allers et retours de sanctions, d’assassinats, de sabotage, et de collisions sérieuses qui auraient pu déclencher des guerres totales. Enfin, il y avait une volonté politique de la part des capitales principales pour investir dans la diplomatie, et c’est là la clé. Sans volonté politique, sans investir le temps, les ressources, et ce qui est nécessaire – le compromis, les négociations – ces genres de mécanismes ne fonctionneront pas. Et ici, dans l’espace de deux petites années – quand vous regardez à l’ensemble, deux années semblent courtes – dans l’espace de deux années, l’Iran et les puissances mondiales, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, la Russie, la Chine, le Royaume-Uni, la France, les États-Unis, plus l’Allemagne et l’Union Européenne, se sont mis d’accord en 2015 sur un accord nucléaire connu sous le nom de Plan d’action global commun

Pressenza

Alors, qu’est-ce que le JCPOA [en français PAGC]… qu’est-ce que l’Iran a accepté avec le JCPOA ? Pourquoi est-il bon, et pourquoi Trump arrive-t-il et s’en retire ?

Emad Kiyaei

Très bien, essayons de garder les choses simples. L’Iran a fait 5 choses, et en retour a obtenu 2 choses. OK. Imaginez un panier de compromis. Accord. L’Iran a accepté de limiter son niveau d’enrichissement à de l’uranium faiblement enrichi. Donc, 3.5 ou 5%. Cela permet à l’Iran d’avoir de l’enrichissement, mais à un faible niveau, qui ne conduit pas à l’armement. L’Iran a donc limité son niveau d’enrichissement. Deuxièmement, il a limité le nombre de ses centrifugeuses. Rappelez-vous, l’Iran en avait 20 000 à ce moment-là, et l’Iran a accepté de ramener ce nombre à 5000. Donc il a beaucoup moins de centrifugeuses en marche. Numéro 3, l’Iran a accepté de ne pas installer de nouvelles générations ce centrifugeuses, des centrifugeuses sophistiquées qui tournent plus vite et peuvent enrichir plus rapidement. L’Iran a donc limité son expansion de centrifugeuses plus sophistiquées. Numéro quatre, l’Iran, en ce qui concerne la recherche et le développement, a été limité à un petit nombre de projets pour lesquels il a la permission, et qui doivent être tous dans une seule facilité.

Et numéro cinq, l’Iran a accepté de convertir son réacteur à eau lourde, qui représentait une menace de prolifération à l’avenir, parce qu’il effectue un retraitement qui pourrait aboutir à du plutonium. Nous en avons parlé un peu plus tôt, il y a une filière de plutonium pour les armes nucléaires. L’Iran a donc accepté de convertir ce réacteur à eau lourde en un réacteur à eau légère, ce qui permettrait d’éviter le retraitement et la possibilité de poursuivre une filière de plutonium pour une ogive nucléaire.

Ce sont les 5 choses, et juste pour que vous le sachiez, par extension le fait que l’Iran avait des stocks d’uranium enrichi est aussi inclus. L’uranium dans ces stocks était enrichi à des niveaux vraiment très élevés. Au delà de 20%, l’uranium est appelé uranium hautement enrichi. L’Iran a accepté de le limiter, et aussi de le diluer; ainsi il est devenu de l’uranium faiblement enrichi, et le reste de l’uranium a été exporté hors du pays. Donc, juste pour que vous le sachiez, toutes ces choses étaient des mesures pratiques que l’Iran a dû prendre – limiter ce qu’il fait. En plus, l’Iran a aussi accepté les inspections les plus intrusives que l’AIEA pouvait effectuer dans le pays; il a accepté une énorme quantité de surveillance, et de nouvelles technologies ont été développées pour s’assurer que le programme nucléaire de l’Iran, depuis l’extraction jusqu’à l’acheminement vers ces facilités est sous la surveillance de l’Agence internationale de l’énergie atomique 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. L’Iran a donc fait toutes ces concessions, et elles vont au-delà de ce qu’il avait à faire en vertu de l’accord du TNP (Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires). Il n’avait pas à faire cela. L’Iran est donc le seul pays au monde, à l’heure où nous parlons, qui a autorisé ce niveau de concessions sur son programme nucléaire, et ce niveau d’inspections, et ce niveau de surveillance. Il n’y a pas d’autre pays.

Pressenza

Alors, pourquoi Trump n’a-t-il pas beaucoup apprécié cela ?

Emad Kiyaei

Je vais y venir dans deux secondes. Parce que l’Iran a accepté de le faire mais pas gratuitement. L’Iran a accepté de le faire pour un changement spécifique et majeur. Pour que les sanctions du Conseil de sécurité des nations unies soient levées et pour que les sanctions de l’Union Européenne soient levées et pour que les sanctions des États-Unis sur, ou liées au programme nucléaire de l’Iran soient levées et pour que le dossier nucléaire de l’Iran soit normalisé. Et ainsi, l’Iran pourrait ouvrir son marché, son peuple, et son pays, et redevenir un membre à part entière de la communauté internationale, et fonctionner comme un pays normal.

Bien, c’était donc un accord. En 2015, ils ont conclu cet accord, et jusqu’en 2018, lorsque Trump s’est retiré de l’accord, l’accord fonctionnait. Les inspecteurs étaient là, le système de surveillance fonctionnait, les rapports de l’AIEA sur le programme nucléaire iranien montraient que l’Iran faisait exactement ce qu’il avait promis de faire et que l’AIEA pouvait vérifier ce que l’Iran faisait. Puis le président Trump arrive, il est élu et dans ses propres slogans et dans sa campagne électorale il a dit “ C’était un mauvais accord, c’était un accord terrible “; il a aussi dit que les États-Unis ont fait des concessions à l’Iran, et “ Si je deviens président, je vais le déchirer “. Et malheureusement, lorsqu’il est devenu président , il l’a fait.

Mais pourquoi ? Était-ce parce que l’accord avec l’Iran empêchait l’Iran de fabriquer des armes nucléaires ? L’accord a-t-il permis d’atteindre cet objectif ? Oui. L’Iran, nous le savons, ne construisait pas d’armes nucléaires, alors pourquoi, si le programme nucléaire iranien suscite des inquiétudes, Trump a-t-il déchiré et quitté l’accord sur le nucléaire iranien ? la réponse réside dans le soutien apporté à son administration par des établissements comme le complexe militaro-industriel de Washington, les groupes de pression là-bas, et ceux qui représentent des pays comme Israël, l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis, qui considéraient l’accord sur le nucléaire iranien comme une menace directe contre leurs relations régionales et mondiales, et contre la dynamique de la région. Ils pensaient principalement que si l’accord nucléaire progressait, il allait normaliser les relations entre l’Iran et les États-Unis, et cela leur coûterait leur influence régionale et ce qu’ils considèrent comme leur principal soutien en matière de sécurité, les États-Unis en tant que protecteur de leurs intérêts dans la région.

Alors ici la dynamique change. Le président Trump s’est retiré de l’accord nucléaire iranien, principalement parce que, premièrement, il avait fait une promesse, une promesse sous forme de slogan, et il pensait qu’il pourrait obtenir un meilleur accord. Alors il voulait démanteler tout ce qu’Obama avait fait, que ce soit l’accord de Paris sur le climat, ou d’autres accords conclus par Obama, il voulait juste tout démanteler. Deuxièmement, il avait reçu beaucoup de pression de la part du gouvernement Netanyahu en Israël et d’autres gouvernements comme ceux de l’Arabie Saoudite et des Émirats Arabes Unis qui lui disaient que cet accord ne sert ni les intérêts nationaux des États-Unis, ni ceux de leurs alliés dans la région parce qu’il donne voie libre à l’Iran, en termes de son pouvoir hégémonique et de ses objectifs dans la région ; et finalement la réaction de Trump était motivée principalement par le fait qu’il existe un tel niveau d’animosité et de méfiance entre les États-Unis et l’Iran que, malheureusement, quand on laisse à des étrangers le soin de guider et manœuvrer les États-Unis en ce qui concerne comment ils appliquent leurs politiques au Moyen-Orient, les efforts de ces étrangers sont perdus. Parce qu’il n’y a pas de relations directes entre les deux capitales, Téhéran et Washington, malheureusement l’accord sur le nucléaire iranien est devenu une victime lors de cette présidence de Trump.

Pressenza

Très bien, je pense que nous allons en rester là ; nous avons couvert beaucoup de terrain aujourd’hui, merci Emad. C’est vraiment intéressant de voir comment toutes les pièces de ce puzzle s’emboîtent et nous amènent à la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui, alors que les puissances sont à Vienne en ce moment même, discutant de la manière de sauver l’accord sur le nucléaire iranien et d’amener les États-Unis à s’y conformer à nouveau, et de ramener l’Iran à remplir tous les engagements qu’il avait acceptés. Je pense que la prochaine fois nous reprendrons à partir de là, et nous verrons ce qui se passe d’autre dans la région, et peut-être nous parlerons un peu plus d’Israël.

Très bien, alors merci à tous, merci de nous avoir rejoints et d’avoir écouté une fois de plus cette série vraiment intéressante et nous la reprendrons la prochaine fois.

 

Traduction de l’anglais, Evelyn Tischer