Des féminismes qui humanisent. 02- Diana Bañuelos González

20.10.2020 - Ville de Mexico, Mexique - REHUNO - Red Humanista de Noticias en Salud

Cet article est aussi disponible en: Espagnol, Allemand

Des féminismes qui humanisent. 02- Diana Bañuelos González
(Crédit image : Rehuno Santé)

Par Karla Mijangos Fuentes

La série « Des féminismes qui humanisent » est une suite d’entretiens dans laquelle des personnes impliquées dans différents aspects de la construction d’une santé intégrale, racontent comment le féminisme a changé leur vision, leur manière d’agir et leur conception des pratiques de santé. Cette série vise à susciter des réflexions sur le genre, le féminisme et la santé, en plus d’être un espace de réflexion et d’autonomisation.

Vous pouvez lire le début de la série ici : Des féminismes qui humanisent. 01- Nidia Kreig

Diana est titulaire d’une licence en sciences infirmiers, spécialiste en soins intensifs, et étudiante en sciences de l’éducation au niveau maitrise. Elle est originaire de Mérida, dans le Yucatan, au Mexique, et également mère de deux enfants. Diana a été attirée par la lecture et l’écriture depuis son enfance, même si à un moment donné de sa vie elle a rencontré l’anthropologie. Cependant, elle aspirait à une profession qui avait plus de portée dans le domaine pratique, c’est pourquoi la profession d’infirmière fut la meilleure option. Cependant, elle aimerait reprendre des études en sciences sociales à un moment donné de sa vie.

Diana est également féministe et, dans le cadre de son action collective, elle a fondé et coordonné le réseau « La Croix blanche : infirmières pour l’autonomie professionnelle » qui vise le concept d’autonomie par l’exercice de la réflexion, la reconstruction historique, la responsabilité sociale et la perspective de genre dans la déconstruction du savoir infirmier.

REHUNO : Bonjour Diana, qu’est-ce que le féminisme pour vous ?

Diana : Pour moi, le féminisme est un mouvement politique et social qui cherche la libération des femmes d’une structure d’oppression qui se nomme le genre et le patriarcat.

REHUNO : Dites-moi Diana, comment s’est passée votre première approche du féminisme ?

Diana : Ma première approche du féminisme s’est faite par le biais d’une matière libre que j’avais au dernier semestre du diplôme, qui, pour remplir les unités de valeur, était appelée « perspective de genre » et la professeure que nous avions, honnêtement, ne savait pas grand-chose de ce dont elle parlait, mais elle nous faisait chercher, moi y compris, juste pour nous amener à contrer ce qu’elle disait, elle investiguait. C’est ainsi que cette première approche m’a aidée à comprendre qu’il existe un préjugé sexiste, c’est-à-dire qu’il y a des différences très nettes dans nos processus de santé/maladie en fonction du sexe.

REHUNO : Lorsque vous parlez de différences très nettes dans les processus de santé/maladie, que voulez-vous dire ?

Diana : Les femmes nous ne ressentons, ne pensons, ni ne vivons de manière identique une maladie, pas même une même maladie. Supposons, par exemple, une maladie coronarienne. Cette maladie nous les femmes ne la percevrons pas de la même manière que les hommes. Il est vrai qu’il existe déjà de nombreuses études et recherches qui expliquent pourquoi, pour les femmes, notre premier symptôme n’est pas une douleur irradiée dans le bras gauche, comme c’est généralement le cas dans les publicités, à la télévision, et partout. Les femmes ressentent beaucoup de fatigue et une douleur au creux de leur estomac.

Alors dites-moi, dans quel monde une femme qui ressent de la fatigue et des douleurs au creux de l’estomac va-t-elle découvrir qu’elle a un problème cardiaque, sinon jusqu’à ce que la situation soit trop grave, d’autant plus qu’elle sait que normalement une crise cardiaque provient d’une douleur dans la poitrine qui irradie dans le bras. Et c’est vrai, toute cette réalité est ce qui m’a frappée tout d’un coup, je veux dire, je me demandais pourquoi c’est comme ça, pourquoi les livres ne disent pas que les femmes ont d’autres symptômes, pourquoi les femmes ne savent pas cela, en conclusion, qu’est-ce qui se passe ; et c’est là que j’ai découvert qu’il y avait une inégalité. Et qu’en tant qu’infirmières ou infirmiers en général, il est de notre devoir de ne pas contribuer à cette inégalité

Plus tard, j’ai fait un stage au service social et c’est là que j’ai dit non, ce n’est pas possible ! J’ai vu une quantité impressionnante de violations des droits humains qui, du simple fait de m’en souvenir, me donnent envie de pleurer. Et je ne parle pas seulement de la violence masculine structurelle qui existe dans les communautés rurales, où les filles sont vendues ou échangées contre un carton de bière, ou, des filles qui arrivent enceintes à treize ans, et/ou avec de l’herpès génital, mais au-delà de cela, je parle de la violence institutionnelle.

En ce sens, je sens qu’il y a un abandon général du système de santé, parce que ça se termine toujours par, prenez ça ! Je me souviens très bien d’une patiente qui toute l’année disait « je me sens mal » ; alors les médecins l’envoyaient toujours en psychiatrie, et il s’est avéré qu’elle n’était pas mentalement malade, et qu’elle avait bien une tumeur au poumon ; mais comme ils ne la prenaient pas au sérieux, c’est-à-dire qu’elle disait qu’elle se sentait mal à la maison, mais quand elle arrivait à l’hôpital, évidemment elle ne se sentait plus mal, parce qu’elle attendait de se rétablir un peu, alors, personne ne l’a jamais crue. Quel choc ! Vous allez chez le médecin, et le médecin ne vous croit pas ! Vous lui dites que vous vous sentez mal et on vous dit, vous êtes folle, je vais vous adresser au psychiatre.

REHUNO : Donc, cette femme n’a jamais été examinée ?

Diana : Non, et s’ils l’ont examinée, c’était seulement pour lui dire « Tout va bien », c’est-à-dire qu’ils n’ont jamais pris la peine, au moins, de lui mettre un stéthoscope sur les poumons, parce que c’était une femme, parce que je suis sûre que si cette plainte était venue d’un homme, il aurait été pris plus au sérieux. Tous ces types de situations dans ma formation ont été décisifs pour dire, cela ne peut pas être, cela n’est pas juste, dans quel monde pouvons-nous tolérer que cela se produise.

REHUNO : Et dites-moi Diana, comment pensez-vous que le féminisme a changé votre pratique et votre vie à partir de là ?

Diana : Ce que je vous ai exposé se passait en 2009, et cela fait presque dix ans que j’apprends. Non pas que cela ait été dix années ininterrompues, car pendant cette période je suis tombée enceinte, j’ai eu des enfants, mais la conscience a toujours été là. Alors le féminisme, a donné un but et un sens éthique à ma vie personnelle et professionnelle. C’est ça, un sens éthique et un but dans la vie, c’est comme diminuer cette inégalité ; je vais probablement mourir et ne pas la voir disparaître, mais je veux mourir la conscience tranquille en sachant que j’ai fait quelque chose pour la faire diminuer. Par conséquent, le plus grand impact que le féminisme ait eu sur ma vie professionnelle a été de me donner ce but éthique, comme quelque chose qui donne un sens à tout ce que je fais et décide, c’est-à-dire qu’il nous donne un tout autre regard.

REHUNO : Lorsque vous avez parlé d’un sens éthique à travers le féminisme, à quoi faites-vous précisément référence ?

Diana : L’infirmière doit être un agent de changement et de transformation sociale.  Et je trouve dans le féminisme une voie, comme un chemin. Le féminisme me dit vers où aller dans un domaine aussi fondamental, celui des droits sexuels et de procréation. Par exemple, les conseils en matière de planning familial incombent exclusivement à l’infirmière, qui dispose donc d’une fenêtre de changement et d’action, et si cette infirmière ne tient pas compte de la question du sexe dans ses conseils, nous continuerons à voir les femmes comme auparavant qui n’ont besoin que d’une méthode de planning familial ; Par conséquent, nous allons continuer à critiquer sans réfléchir que, lorsqu’une femme vous dit « je ne veux pas de méthode de planification parce que mon mari prend soin de moi », derrière ce « mon mari prend soin de moi », il y a tout un système de violence ;  j’ai même dû signer comme témoin pour que le parent ne sache pas que l’on a placé un appareil anticonceptionnel sur la femme. Alors, en tant qu’infirmière, comment ne pas se mettre en colère ou s’indigner, comment ne pas essayer de changer quelque chose qui est là tout le temps, comment ne pas s’inquiéter de cela ?

De plus, le problème de la violence ne s’exerce pas seulement envers les patientes, ou le harcèlement seulement envers nous en tant qu’infirmières, cela leur arrive aussi. C’est-à dire qu’en tant qu’infirmière, nous devenons un sexe, je ne sais pas si vous l’avez vu de cette façon, mais toute la profession d’infirmerie étant à prédominance féminine, nous devenons un sexe. Comme le dit Silvia Federicci, « être une femme est une classe », et être infirmière, c’est devenir un genre, peu importe que vous soyez un homme ou une femme, être infirmière vous situe en un lieu dans l’ensemble du système de santé en général ; donc, nous avons très standardisé ces situations de violence et de harcèlement, c’est terrible.

REHUNO : Diana, pensez-vous que l’éthique de l’infirmière peut être biaisée par ces concepts de genre, ou peut-être, quelque peu éloignée d’une éthique humaniste ?

Diana : Oui, totalement ; je pense que nous n’avons pas appris à séparer notre devoir professionnel de nos croyances ou idées religieuses. En d’autres termes, nous n’avons pas respecté les droits humains et c’est dommage. J’ai eu l’occasion de voir que les croyances religieuses sont toujours placées au-dessus de tout.  Il est clair que l’ensemble du système de soins infirmiers se situe quelque part entre le religieux et le militaire. Et ce n’est pas par hasard si après les années 70, après la deuxième ou troisième vague féministe, les théories classiques de l’infirmière ont émergé, car alors, elles pouvaient déjà écrire, mais avant cela, ce n’était pas possible. En outre, j’ai le sentiment que nous avons de nombreuses années d’histoire qui n’était pas la nôtre, parce que nous ne l’avons pas écrite. Par exemple, sur l’histoire des soins infirmiers au Yucatan, il n’y a rien. La seule demi page se trouve à la faculté des sciences infirmières de l’Université autonome du Yucatan (UADY). Donc, quand j’ai commencé à chercher l’histoire des soins infirmiers au Mexique, le premier livre que j’ai trouvé datait de 1967 et il a été écrit par un médecin. Alors comment allons-nous avoir une véritable identité, si nous n’avons même pas notre propre histoire ? Quel sens éthique propre peut avoir l’infirmière, si tout en elle est influencé par le concept des médecins, des idées religieuses et de tout le système militaire qui est apparu il y a des siècles?

J’ai l’impression que nous sommes toujours à la recherche de notre propre voix, qui est en train de sortir, j’ai l’impression qu’elle va sortir, mais elle manque encore.

REHUNO : Merci bien Diana !

 

Traduction de l’espagnol, Ginette Baudelet

Catégories: Amérique du Nord, Genre et féminismes, Interviews
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