La France, avec sa ‘force de dissuasion’, et l’OTAN dans le contexte géostratégique passé et actuel

21.07.2020 - Paris, France - Luigi Mosca

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La France, avec sa ‘force de dissuasion’, et l’OTAN dans le contexte géostratégique passé et actuel
(Crédit image : https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=62269 | CC BY-SA 3.0)

C’est le 7 mars 1966 quand le Général De Gaulle annonce au Président des Etats Unis Lyndon Johnson le retrait de la France du commandement militaire intégré de l’OTAN, de manière à retrouver sur son territoire le plein exercice de sa souveraineté, et cela en dépit du fait que la France avait été un de principaux membres fondateurs de l’OTAN en 1949.

Les Etats Unis durent alors évacuer 27000 soldats, 37000 fonctionnaires et 30 bases, aériennes, terrestres et navales.

La raison de cette décision fut le refus de la part de De Gaulle de la position hégémonique des Etats Unis au sein de l’Alliance Atlantique. Dans les faits cependant la France demeura un ‘partner’ de l’Alliance Atlantique, bien que souvent en position critique. La France a par la suite rejoint à nouveau le commandement intégré de l’OTAN par initiative de Nicolas Sarkozy en 2009, sens pour autant accueillir à nouveau des bases de l’Alliance Atlantique.

En ce qui concerne in particulier les armes nucléaires, la France a développé, d’une manière autonome, sa “force de dissuasion”, en se dotant d’abord de la bombe A (à fission nucléaire) en 1960 et ensuite de la bomba H (à fusion thermo-nucléaire) en 1968.

La France a effectué, pour le développement de son arsenal, 210 tests nucléaires, dont 50 dans l’atmosphère (4 dans le Sahara algérien en 1960 -1961 et 46 in Polynésie de 1960 à 1974) et les autres 160 dans des sites souterrains, au Sahara (13) de 1961 à 1966 et dans la Polynésie Française (147) de 1966 à 1996.

Ensuite la France a ratifié le TICE (Traité d’Interdiction Complète des Essais Nucléaires) (= CTBT en anglais) le 6 avril 1998.

Depuis, la France a développé l’installation ‘Laser MégaJoule’, dans le centre CESTA (Centre d’Etudes Scientifiques et Techniques d’Aquitaine), près de Bordeaux, pour chercher de ‘simuler’ des tests nucléaires, afin de contribuer à la modernisation de son arsenal nucléaire.

En outre la France a signé un accord de coopération avec le Royaume Uni (Traité de Lancaster House en 2010) surtout pour la modernisation des armes nucléaires, notamment au Centre CEA-DAM de Valduc, près de Dijon.

Quant aux nombreuses victimes des tests nucléaires français, leur reconnaissance comme tels ainsi que leur ‘indemnisation’ sont restés jusqu’à présent très partiels en dépit des nombreuses initiatives de la part de représentants de la société civile pour obtenir justice de la part du gouvernement français.

Pendant la guerre froide l’arsenal nucléaires français avait atteint le nombre de 600 bombes, pour ensuite descendre à environ 300 bombes : 250 bombes H de 150 Ktonnes (c’est à dire 10 fois la puissance de la bombe d’Hiroshima) et 50 bombes H de 300 Ktonnes, donc, au total une puissance destructive équivalente à celle de 3500 bombes d’Hiroshima.

Voici, en bref, la configuration actuelle :

– la ‘Force Océanique Stratégique (FOST)’ basée à l’Ile Longue, près de Brest, avec 3 SNLE (Sous-marins Nucléaires Lanceurs d’Engins) (plus un de réserve), dotés chacun de 16 missiles (M51), avec jusqu’à 6 bombes nucléaires chacun. Au moins 1 de ces sous-marins est toujours en état d’alerte. Ces nouveaux missiles M51 peuvent atteindre Pékin (9000 Km), tandis que les précédents, M45, avaient une portée maximale de « seulement » 6000 km.

– la ‘Force Aérienne Stratégique (FAS)’, basée à Istres, avec 54 missiles ASMP-A (**) pour les 50 avions de chasse à capacité nucléaires Rafale.

– la ‘Force Aéronavale Nucléaire (FANu)’ avec la porte-avionsCharles De Gaulle”, capable d’accueillir jusqu’à 36 avions de chasse Rafale. Une porte-avions de nouvelle génération et de plus grandes dimensions est en phase de projet en vue de remplacer la “Charles De Gaulle” qui arrivera en ‘fin de vie’ autour de 2038.

– la seule base terrestre de lancement de missiles à tête nucléaire, située sur le ‘Plateau d’Albion’, dans le Vaucluse, a été fermée définitivement en 1999.

Quant au potentiels humain et financier consacrés au nucléaire militaire en France, voici quelques estimations :

le personnel : au CEA-DAM(***) (DAM = Direction des Applications Militaire) il y a 5000 entre chercheurs, ingénieurs, techniciens et administratifs, auxquels s’ajoute le personnel per la réalisation et la gestion des ‘vecteurs’ et des systèmes de lancement (missiles, avions, sous-marins e porte-avions).

le budget : 4,5 milliards d’Euro en 2019, et ensuite en augmentation jusqu’à 6 milliards en 2023. Le budget prévu pour le renouvellement de l’ensemble du système d’armements nucléaires (bien que renouvelé récemment !) est de 37 milliards d’Euros, de manière à ‘couvrir’ la période jusqu’au moins 2070 avec la ‘force de dissuasion nucléaire’.

Quant à la ‘doctrine’ de la France concernant sa “force de dissuasion”, celle-ci est présentée en termes de défense (‘strictement défensive et suffisante’, ‘clef de voûte de la stratégie de défense’ et ‘assurance-vie de la Nation’), tout en affirmant qu’elle ne serait effectivement utilisée que dans le cas où les “intérêts vitaux” (non précisés) de la Nation seraient en danger. Dans un tel cas serait d’abord effectué un “ultime avertissement” consistent dans le lancement d’une seule bombe nucléaire, dans le but de « rétablir la dissuasion », ce qui, beaucoup plus probablement, déclencherait plutôt une guerre nucléaire !

D’autre part, le positionnement actuel de la France au sein de l’OTAN n’est pas des plus sereins : récemment, par exemple, Emmanuel Macron a déclaré que l’OTAN se trouve dans un état de “mort cérébrale” et clairement il pousse pour une Défense de l’Europe le plus possible indépendante des USA. Quant à la ‘force de dissuasion’ française, il a proposé d’en étendre la portée également à d’autres pays de l’Union Européenne, sans pour autant en préciser les modalités.

Une situation de crise apparait également en Allemagne concernant les ≈ 20 bombes B61 des USA situées sur son territoire. En outre le positionnement de la Turquie au sein de l’OTAN apparait assez ‘schizophrène’…, tandis que les pays de l’Est sont nettement ‘pro OTAN’, spécifiquement en fonction anti-russe.

D’autre part la France a proposé à la Communauté Internationale l’adoption d’un Traité qui engagerait les contractants à arrêter définitivement la production de matières fissiles de qualité militaire (Plutonium 239 et Uranium hautement enrichi dans l’isotope 235) : l’FMCT (Fissile Material Cut-off Treaty). La France a effectivement démantelé ses unités de production en 1996 (à Marcoule pour le Plutonium 239 et à Pierrelatte pour l’Uranium hautement enrichi), mais elle garderait cependant son stock actuel d’environ 50 tonnes de Plutonium e 26 tonnes d’Uranium hautement enrichi. Cette situation a contribué au fait que jusqu’à présent cette proposition est restée sans suite de la part des autres Etats nucléaires.

La France a d’autre part critiqué la dissolution du Traité INF (Intermediate range Nuclear Forces) qui avait été établi par l’accord entre Gorbatchev et Reagan en 1987, et qui avait permis d’éliminer la quasi-totalité des missiles à portée intermédiaire en Europa (≈ 2700). La France a également critiqué le retrait unilatéral des USA du Traité de Vienne de 2015 sur le programme nucléaire de l’Iran (le JCPOA = Joint Comprehensive Plan of Action) et a coopéré avec l’Allemagne et l’UK pour instaurer l’INSTEX (Instrument in Support of Trade Exchanges) dans le but de faciliter les échanges commerciaux avec l’Iran.

En résumé : la France considère son comportement vis-à-vis de l’article VI du TNP come ‘exemplaire’, étant donné qu’elle a diminué de moitié le nombre de ses bombes par rapport au temps de la Guerre froide (de 600 à 300 unités), elle a supprimé sa seule base di lancement terrestre (au Plateau d’Albion), a ratifié le Traité CTBT et elle a ‘lancé’ le Traité FMCT, après avoir démantelé ses deux unités de production de matière fissile (Plutonium et Uranium hautement enrichi).

En réalité, sa coopération avec l’UK pour moderniser les armes nucléaires, l’augmentation de 50% de la portée de ses missiles (da 6000 Km à 9000 Km), la mise en chantier d’un ultérieur renouvellement de l’ensemble de son armement nucléaire, après l’avoir déjà renouvelé récemment, dans la perspective de garder une ‘force de dissuasion’ jusqu’en 2070 : tout cela implique une violation flagrante de l’Article VI du PNT.

D’autre part la France a tout essayé (sans grand succès) pour faire obstacle au processus qui a conduit à l’adoption et puis à la signature et la ratification du TIAN (Traité d’Interdiction des Armes Nucléaires). Il est donc clair que la France, non seulement ne veut pas, mais ne pourrait même pas, dans les conditions actuelles, adhérer au TIAN : en effet, pour pouvoir le faire la France devrait satisfaire l’article IV du TIAN qui exige un engagement précis de désarmement nucléaire, suivant une ‘feuille de route’ qui doit être approuvée par les Etats déjà partie au Traité.

Il s’agit donc maintenant d’“aider” la France à satisfaire une telle condition. De quelle manière ?

Voici peut-être une ‘piste’, basée sur le constat que la motivation principale du maintien et la modernisation de la ‘force de dissuasion’ de la France, comme des autres puissances nucléaires occidentales, est le soi-disant “péril russe”, c’est à dire le fait de considérer la Russie comme ‘notre ennemi N°1’.

Or Emmanuel Macron depuis quelque temps insiste sur la nécessité d’ouvrir un dialogue avec la Russie, et également plusieurs pays européens, comme l’Allemagne, l’Italie, la Belgique, Chypre et la Slovaquie, qui ont des intérêts communs avec la Russie, pourraient s’associer dans ce type d’initiative pour désamorcer les tensions qui se concentrent le long des ‘pays frontière’ : les 3 Pays baltes, la Pologne, la Roumanie, la Bulgarie et, naturellement, l’Ukraine.

En effet, il est important de comprendre que l’origine de ces tensions si situe dans l’énorme frustration (et humiliation !) de la Russie de Poutine à la suite de la dissolution de l’Union Soviétique et qu’il est urgent d’ouvrir des négociations pour tout d’abord trouver des solutions satisfaisantes pour les minorités russophones dans tous ces pays a la frontière avec la Russie, qui représentent autant de ‘bombes a retard’, comme malheureusement on a déjà vu dans le cas de l’Ukraine.

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(**) ASMP-A = Air-Sol Moyenne Portée -Amélioré

(***) CEA = Commissariat à l’Energie Atomique et aux Energies Alternatives

Catégories: Europe, Paix et Désarmement, Politique
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