Crise UE – Tanzanie : question d’argent ?

01.12.2018 - Leopoldo Salmaso

Cet article est aussi disponible en: Anglais, Espagnol, Italien

Crise UE – Tanzanie : question d’argent ?

Jusqu’à il y a quelques semaines, on n’avait jamais autant parlé de la Tanzanie dans les médias occidentaux.

Il est vrai qu’en Occident, les militants LGBT+ sont très influents, mais beaucoup de gens se demandent s’il n’y a pas quelque chose de plus pertinent en coulisses. En fait ils vous invitent à suivre la voie canonique, celle de l’argent : cherchez l’argent !

Il serait trop facile d’apaiser ces revendications insistantes en re-sélectionnant (c’est-à-dire en le disant encore une fois) différents épisodes qui, à leur époque, ont complètement dérapé dans les médias occidentaux, le tout avec un dénominateur commun unique, clair et précis : l’action énergique du Président John P. Magufuli (surnommé « bulldozer ») pour prendre le contrôle des flux économiques et financiers de la Tanzanie, tant intérieurs qu’internationaux.

Je vais me limiter à une liste laconique :
– 12 heures après sa prise de fonction : inspection dans les locaux du ministère des Finances, recensement des absences injustifiées, puis licenciement (Mwananchi).
– deux jours après son entrée en fonction : inspection dans le port de Dar es Salaam, 2431 conteneurs « disparus », les cadres supérieurs sont licenciés (Reuters) ;
– dans les mois qui ont suivi : suppression ou réaffectation de nombreuses autres sources de gaspillages dans le budget de l’État (GoTanzania.org) ; un contrôle permanent et minutieux de l’évasion fiscale nationale et internationale, dont l’exemple frappant de l’industrie minière (The Citizen / Pressenza).
– La liste pourrait continuer sur plusieurs pages, jusqu’à la toute récente intervention du gouvernement, avec l’armée, pour acheter et stocker des noix de cajou en réponse au lock-out des compagnies privées (BBC)…

Satisfait ? Peut-être pas assez, mais mieux qu’avant ?

Aïe, aïe, aïe, c’est la preuve que vous vous contentez d’enquêter sur la partie émergée de l’iceberg ou, comme dirait un africain, le nez de l’hippopotame. Vous perdez du temps et de l’énergie à suivre des pistes économiques et financières secondaires, vous laissant hypnotiser par les mass médias, qui sont payés précisément pour faire le lavage de cerveau quotidien des Africains et surtout des Occidentaux. Avec la circonstance aggravante que, si les Africains se reconnaissent ignorants, nous, les Occidentaux pathétiques, avons la prétention tragi-comique de nous considérer « informés », ou plutôt « astucieux » et donc « difficiles à tromper ».

Les maîtres du monde, avec leurs médias hypnotisants, nous mènent tous par le bout du nez (nous, pas les hippopotames), attribuant tout au couple corrompu-corrupteur, c’est-à-dire à quelques fruits pourries, ainsi renforçant l’illusion que le reste du panier, c’est-à-dire le système mondial actuel, est fondamentalement sain, efficace et effectif. Stratégie parfaite pour garder le statu quo, pour garder le pouvoir, le vrai, fermement entre les mains de quelques familles à travers le monde (et avec la tranquillité d’esprit des Trump/Macron en service de temps à autre).

Qu’est-ce que je veux dire ? Je dis que la composante économico-financière est un aspect secondaire du problème. La masse énorme et clairement dominante de l’iceberg (ou hippopotame) n’est ni économique ni financière par nature. Elle est de nature MONÉTAIRE. Les escroqueries, les vols que le système économique et financier occidental commet contre les pays pauvres (y compris les pays européens marginaux comme l’Italie et l’Espagne – sans parler de la Grèce ! ) ne sont rien en comparaison avec la méga-escroquerie, le méga-vol que le système bancaire international réalise chaque jour au niveau mondial.

Le système bancaire international est dirigé par le Fond Monétaire International (FMI) et la Banque des Règlements Internationaux (BRI) à Bâle (Suisse), qui contrôlent les banques centrales des différents États (dont la FED, la BCE, la Banque de Tanzanie, etc.) et la Banque Mondiale. Tous ces organismes ont une façade publique mais sont entièrement contrôlés par quelques familles euro-américaines. Au niveau inférieur, il y a les banques publiques et privées de tous les États, à l’exception de ceux que Washington qualifie de « voyoux » parce qu’ils refusent de se soumettre au cartel mondial intégré au réseau SWIFT (Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication).

Même le ministre allemand des finances déclare maintenant ouvertement que le système SWIFT est trop soumis aux intérêts des États-Unis et que nous, les Européens, devrions créer notre propre système.

Les cinq États membres du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) ont, comme l’une de leurs raisons d’être, de se libérer du SWIFT, et depuis des années ils passent des déclarations aux faits, de plus en plus.

En conclusion : les pires vols que les multinationales les plus rapaces commettent chaque jour contre la Tanzanie et les pays pauvres au niveau ECONOMICO-FINANCIER sont un jeu d’enfant comparé au carnage meurtrier que ces mêmes pays subissent au niveau MONETAIRE (c’est à dire : régime de change truqué et, encore plus en amont, dettes mathématiquement non remboursables).

Toutes les multinationales et tous les pires aventuriers du monde n’ont jamais réussi à enlever chaque année 50% du PIB à la Tanzanie. La clique FMI-SWIFT l’a fait, et continue de le faire sans vergogne.

Le Président de Tanzanie s’en prend avec plus ou moins de vigueur contre le nez de l’hippopotame, et de quelle chaire pourrait venir le sermon si ses collègues et examinateurs occidentaux restent calmes en voyant seulement vaciller leurs châteaux construits sur le sommet de l’iceberg, tandis que la glace sous-marine est entraînée par leur propre système FMI-SWIFT ?

 

Ceci est le troisième article d’une série de trois articles sur la Tanzanie.
Le premier
Le deuxième

Traduit de l’anglais par la rédaction francophone

Catégories: Afrique, Culture et Médias, Economie, Opinion, Relations internationales
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