Frappes en Syrie : à qui profite le crime ?

14.04.2018 - Londres, Royaume-Uni - Silvia Swinden

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Frappes en Syrie : à qui profite le crime ?
Vue rapprochée du camp de réfugiés syriens de Za'atri en Jordanie, 18 juillet 2013 (image du Département d'État des États-Unis, domaine public, Wikimedia Commons)

Il apparaît comme un cas d’école que l’attaque chimique présumée et encore à confirmer (par les inspecteurs en armement chimique de l’ONU) en Syrie a trouvé trois opposants enthousiastes avec Trump (USA), Macron (France) et May (Royaume-Uni).

Une simple analyse de la situation dans laquelle se trouvent ces trois gouvernements montre qu’ils ont un besoin urgent d’un ennemi extérieur, car ils sont en difficulté dans leur propre pays. Comme écran de fumée, rien de mieux qu’une petite guerre. Mais, qui peut battre les Russes à la roulette russe ? Bizarrement, cette attaque profite aussi à Poutine, prouvant que les Russes sont également menacés par d’autres pays ; mais désormais nous devrions être habitués à ces « étranges partenaires » qui se maintiennent mutuellement au pouvoir bien qu’ils paraissent ennemis. Orwell n’aurait pas fait mieux.

Trump est confronté à l’ingérence russe dans les élections qui pourrait faire de lui un président destitué, aux enfants se mobilisant contre les massacres par armes à feu, aux allégations d’abus sexuels, à la perquisition dans son bureau d’avocat de documents confidentiels, aux tribunaux invalidant sa politique xénophobe, à divers livres dénonçant ses pratiques douteuses, et à un quasi-consensus sur la scène internationale sur le fait qu’il est un menteur, un irresponsable et un sociopathe. Suivre ce personnage, cela n’a pas de sens.

Pour Macron en France, la lune de miel est terminée. Il a déclaré qu’il s’en tiendra à ses plans de réformes radicales, d’augmentation des impôts, de réduction des retraites, suivant de manière générale le chemin de l’austérité économique, malgré les grèves et les protestations de rue. Il a exprimé son point de vue selon lequel il ne se soucie pas beaucoup de l’opinion publique. Il est peu probable qu’il demande aux Français s’ils souhaitent être impliqués dans une guerre.

Au Royaume-Uni, la Première ministre Theresa May se retrouve dans un gouvernement minoritaire qui dépend d’un petit parti irlandais rétrograde pour rester au pouvoir, gérant mal le bourbier du Brexit, terrifiée par les succès obtenus par le Parti travailliste de Jeremy Corbyn (qui demande très raisonnablement aux gouvernements d’attendre l’enquête de l’ONU avant d’agir, et un règlement négocié du conflit) et avec les élections locales qui approchent à grands pas en mai. La carte russophobe a déjà été jouée avec l’affaire de l’attaque d’un ex-espion et de sa fille, qui reste pour le moins trouble.

D’autre part, il a été fait remarquer par de nombreux analystes qu’il n’y a aucun bénéfice pour Assad dans cette attaque chimique (réelle ou mise en scène), car avec le soutien russe, il a gagné du terrain et sa position semble plutôt assurée. En revanche, les rebelles, qui comprennent divers groupes djihadistes, bénéficieraient grandement d’une attaque des puissances occidentales pour punir le gouvernement syrien (le bouc émissaire ?).

Le nombre de factions violentes en Syrie et dans la région qui se disputent le contrôle du pétrole et du territoire rend la situation complexe. L’Arabie Saoudite en concurrence avec l’Iran pour le contrôle du Moyen Orient, Israël avec la peur paranoïaque que l’Iran et le Hezbollah prennent pied en Syrie d’où ils pourraient l’attaquer, les Kurdes combattant les jihadistes mais attaqués par la Turquie craignant qu’ils ne se renforcent et ne fondent un pays, Les États-Unis et d’autres puissances occidentales qui envoient des troupes et des armes à diverses factions (dont certaines figurent officiellement sur la liste des terroristes) sans reconnaître leur présence et leurs intentions. N’importe lequel d’entre eux peut avoir des intérêts cachés qui tireraient profit d’un « franchissement de la ligne rouge ».

L’attaque de missiles menée aujourd’hui par le trio USA, France et Royaume-Uni est peu susceptible d’affecter l’issue de la guerre ; elle menace d’une escalade qui ne fera que tuer davantage de civils et consolider les positions des différents acteurs.

La paix par la négociation est la seule solution possible au conflit, mais à qui cela profiterait-il ? Seulement au peuple syrien.

Catégories: International, Moyen Orient, Opinion, Paix et Désarmement
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