Conversation avec Sergio Zamora. 2ème partie

20.11.2017 - Paris - Mauricio Alvarez

Conversation avec Sergio Zamora. 2ème partie
(Crédit image : Mauricio Alvarez)

Sergio Zamora, Un travail littéraire de mémoire et de magie

La première partie de la conversation avec Sergio Zamora (publiée la semaine dernière) a été consacrée à son engagement politique auprès du parti socialiste de Salvador Allende, et à son exil forcé en France à la suite d’une évasion miraculeuse des services secrets d’ Augusto Pinochet. Lire l’article complet en cliquant ICI

Dans cette deuxième partie, je vous partage des détails sur le travail littéraire de Sergio Zamora. Ses thématiques préférées, ses sources d’inspiration, ses histoires et  personnages.

Un talent extraordinaire qui tourne longtemps au ralenti

Depuis son plus jeune âge, Sergio Zamora s’intéresse à la littérature. Il lit régulièrement et brûle d’envie d’écrire, mais pour des raisons qu’il ignore, Sergio ne s’abandonne que très rarement à cet exercice.  Il explique cela de la façon suivante : “Sans même m’en apercevoir, le temps s’échappe inexorablement comme une poignée de sable entre mes doigts”.

Pendant des longues années, Sergio se contente d’écrire des chroniques courtes sur son passé qu’il garde soigneusement dans un lieu sûr. On retrouve, entre autres, des récits de famille ou des mémoires de ses expériences avec ses amis d’enfance à la Villa Portales à Santiago de Chili.

En 1975, tout au début de son exil forcé en France, Sergio renonce complètement l’écriture pour subvenir aux besoins de sa famille.

Une période de mémoire et de recherche historique

C’est seulement en 1993, à l’occasion des 20 ans du coup d’état, que Sergio décide de se consacrer plus assidûment à son travail d’écriture. A cette époque-là, la dictature quitte le pouvoir, mais Pinochet reste toujours au sein des forces armées. Au Chili, un mouvement gagne du terrain pour inciter la population à oublier cette période sombre de l’histoire. Pour Sergio, c’est la goutte de trop. Pas question de laisser tomber dans l’oubli des événements qui ont bouleversé son existence et celle de son pays. Il s’attaque donc à l’écriture de Sept heures entre les mains de la Dina,  un livre qui retrace les événements autour de sa détention et de son évasion.

A la suite de ce premier livre, un ami l’encourage à se présenter à un concours littéraire, et il obtient une bourse pour écrire un deuxième ouvrage sur les faits historiques autour de la vie des résistants pendant la période du coup d’état. Sergio reste certes cantonné à des écrits liés à cette période de l’histoire, mais cet exercice lui permet d’insuffler une nouvelle dynamique dans son travail d’écriture. Il publie en 1994 Après septembre : Chronique de la résistance, 11 septembre 1973-15 mai 1975.

Place à l’imagination

En tant qu’amateur de littérature, Sergio a toujours voulu écrire des nouvelles et des contes. Au cours de l’année 2000, il reçoit l’invitation d’un ami argentin pour participer à un livre avec 13 autres écrivains latino américains appelé “Cuentos Migratorios” (Contes Migratoires). Sergio accepte l’invitation, et participe avec le conte L’Homme Qui Disparaissait. Son travail reçoit un très bon accueil par la critique, et  l’encourage ainsi à poursuivre avec encore plus de vigueur son travail d’écriture.

La même année grâce à une association chilienne, Sergio publie deux contes et des proses poétiques. Il est ensuite confronté à une longue période de silence, faute d’un éditeur prêt à publier son travail. C’est finalement en 2007, qu’il parvient à publier 3 Histoires de Fantômes (Yvelinédition), un livre de contes bien reçu par la critique, particulièrement latino américaine. Depuis, les publications se succèdent, et Sergio se donne le luxe d’alterner selon ses envies, des contes, des nouvelles et des livres historiques.

Ses principales sources d’inspiration

Ses expériences personnelles passées, et sa longue vie en exil restent sans aucun doute ses principales sources d’inspiration. Car, qu’on le veuille ou pas, lorsqu’on vit très longtemps en dehors de son pays, celui-ci reste pour toujours collé à notre mémoire. Sergio ajoute : “Lorsque j’ai quitté mon pays, je l’ai perdu pour toujours, mais je l’emporte toujours avec moi”.

Pour illustrer cette douleur du passé, je vous partage un court extrait de sa nouvelle Un train pour Valparaíso publiée en 2008. Celle-ci raconte l’histoire d’Orlando, un homme qui après une longue période d’exil, revient une nouvelle fois sur le trajet en train qui relie Santiago de Chili et Valparaíso. Une expérience qui reste vive dans sa mémoire : “Avec la douce tristesse provoquée par la certitude qu’il cherchait une chose impossible, perdue à jamais dans le temps, il dit adieu au train […] Son train, simplement, était parti de la gare de ses souvenirs. Il se mettait en marche malgré lui de temps en temps, qu’il fût éveillé ou qu’il dormît, parce que contre la nostalgie, on ne peut rien.”

Même si le travail de mémoire reste omniprésent, Sergio Zamora a d’autres sources d’inspiration, et pas des moindres. Il est par exemple, un grand admirateur de littérature latino américaine. Sergio parcourt avec avidité les œuvres de Gabriel García Márquez, de Jorge Luis Borges ou de Roberto Arlt.

Sur le vieux continent, c’est surtout le travail des historiens qui retient son attention. Ce qu’il apprécie avant tout, c’est leur capacité à raconter des passages complexes de l’histoire, comme des simples nouvelles.

Des sources d’inspiration complémentaires pour ses nouvelles et ses contes fantastiques

Sergio Zamora est aussi un passionné de récits fantastiques. Edgar Allan Poe et Howard Phillips Lovecraft guident silencieusement son travail littéraire. Par exemple, dans la structuration de ses contes, Sergio se sert d’une technique infaillible de Poe. L’écrivain commence par définir le thème central de son histoire, il prend ensuite le lecteur par la main et l’amène longuement par un chemin balisé, à la fin il change abruptement le cours de l’histoire. C’est seulement à ce moment que le lecteur s’aperçoit qu’il a été “naïvement trompé”. C’est bien évidemment la qualité de la chute qui permet de marquer les esprits, mais il est important de tisser avec soin chaque partie de l’histoire.

Une familiarité étonnante avec ses personnages

Pour construire les personnages de ses œuvres, Sergio s’inspire régulièrement de ses relations interpersonnelles. Il sélectionne et mélange des traits de personnalité, des attitudes, et des comportements marquants chez certains de ses amis, des membres de sa famille ou des simples connaissances.

Prenons un exemple : dans sa nouvelle “Car les rêves sont des rêves”, le personnage de Segovia, s’inspire de trois de ses amis, Traful Alvarez, Augusto Bolivar et Jorge MacGinty (tous décédés). Leur point commun, connaître avant tout le monde tous les livres possibles et inimaginables. Ce qui  suscite l’admiration de tous leurs amis, mais aussi une sorte d’agacement. Voici un court extrait pour illustrer ces propos : “Segovia, qui s’était rendu compte de mon intérêt pour ses livres – entre autres raisons parce qu’il les avait déposés ostensiblement sur la table,- attendait que je l’interroge à leur sujet, mais pour ne pas lui donner ce plaisir, je me suis abstenu  alors que l’envie ne me manquait pas. Mais je savais que de toute façon, tôt ou tard il allait m’en parler sans que j’en fasse la demande. Ce qui arriva plutôt vite.”

Un avenir qui se construit en marchant  

Sergio Zamora écrit actuellement un ouvrage sur le peuple amérindien de la Terre de Feu, qu’à la différence des Mapuches (Environ 1 600 000 au Chili) est aujourd’hui complètement exterminé. Sergio souhaite aller au-delà des simples détails historiques sur leur disparition. Il souhaite documenter en profondeur la vie de ce peuple, qui, malgré une culture d’une richesse extraordinaire, a vécu pendant des siècles dans des conditions d’une extrême précarité.  
Au-delà de ce travail sur les ethnies disparues de la Terre de Feu, qui l’occupe actuellement à plein temps, Sergio n’a pas de projets précis pour son prochain travail littéraire. Peut-être sans le savoir, suit-il sagement les paroles et les conseils d’Antonio Machado : “Marcheur, il n’y a pas de chemin, le chemin se construit en marchant”. « Caminante no hay camino, se hace camino al andar ».

Catégories: Amérique du Sud, Culture et Médias, Europe, Interviews
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