Un regard humanisateur sur la peau de la monstruosité

14.04.2016 - Djamila Andrade

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Un regard humanisateur sur la peau de la monstruosité
Crédit image : Agustisol

La source de cet article

Je tiens à expliquer que cet article est un article d’opinion sur la situation de violence qui règne actuellement en Europe. Il adopte une approche particulière et délibérée de la situation afin de la comprendre sous un angle humanisateur.

C’est une réflexion fondée sur le principe suivant : « Peu importe dans quel camp t’ont placé les événements : ce qui importe, c’est que tu comprennes que tu n’as choisi aucun camp. » (Le Message de Silo, chapitre XIII).

Ces principes sont tirés du livre intitulé Le Message de Silo, dont je me sers pour méditer sur ma propre vie et les événements qui surviennent autour de moi. Ce sont comme des lois de la vie, de la lumière et de l’évolution, et lorsqu’on y réfléchit, ils aident dans la quête de la cohérence personnelle.

Comme la majorité des personnes, je condamne avec véhémence tout acte de violence. Toutefois, je pense que nous ferions un pas de plus si nous essayions de comprendre les fondements de ces événements et si, dans un esprit moins désapprobateur et accusateur, nous réfléchissions aux façons d’aborder les situations actuelles.

Ma perception de la situation sociale actuelle à l’échelle mondiale

J’ai constaté que la situation sociale se complique en divers endroits. En Europe, la crise économique, politique et sociale se poursuit. Les émeutes et la désorientation en général augmentent, les gens ignorent comment réagir face aux actes de violence ou en quoi croire en raison de l’avalanche d’information. Cela suscite beaucoup de peur, d’insécurité quant à la vie (en raison des attentats), mais aussi quant à l’avenir, qui devient totalement incertain.

Au Moyen-Orient, la situation est encore plus chaotique en raison des conflits politico-militaires, de l’émigration de masse et des problèmes sociaux et religieux de plus en plus présents. En Afrique, la situation reste la même et, parfois, elle est pire encore en raison de la pauvreté, des conditions de vie inhumaines, des démocraties précaires, des gouvernements autoritaires, etc.

En Amérique latine, après une apparente progression des gouvernements progressistes, nous vivons aujourd’hui une tentative de coup d’État de la classe moyenne supérieure, associée à des médias de communication agressifs et manipulateurs et à un système judiciaire corrompu.

Dans tous ces endroits et dans toutes ces situations chaotiques, on sent toujours la présence de la main invisible des grandes entreprises et du système financier, qui essaient d’imposer leurs politiques de manipulation spéculative et de concentrer le pouvoir politique pour leur propre profit.

Une chose est sûre : ce sentiment d’insécurité et d’incertitude qu’éprouvent les personnes, face à leur propre avenir et à la recherche d’alternatives pour mener une vie meilleure, est perceptible partout. Toute cette situation me porte à réfléchir sur la manière la plus appropriée d’agir.

De la signification de « comprendre »

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Au milieu du chaos généralisé, comment comprendre que nous ne choisissons aucun camp, ni moi, ni les victimes directes de la violence actuelle, ni celui qui semble être le pire des terroristes ? Penser ainsi peut même sembler inconcevable, mais il faut surmonter la pensée compulsive qui nous porte à juger et à laquelle nous sommes habitués. Alors, essayons.

Nous sommes nés dans un pays que nous n’avons pas choisi, tout comme nous n’avons pas non plus choisi notre culture, nos parents ou notre famille. Mais cette culture exerce une influence sur notre façon de penser et de voir le monde. Nous sommes, fondamentalement, influencés par le milieu familial qui nous a vu naître et grandir, par les écoles que nous avons fréquentées et par les amis que nous avons eus. Finalement, nos décisions si intimes – qui semblent nous appartenir –, sont le résultat d’un ensemble d’influences sociales et personnelles. Essayez de constater cela dans votre propre vie.

Serions-nous tels que nous sommes si nous étions nés au milieu d’une guerre, comme en Syrie en ce moment ? Et si nous étions nés au Moyen-Orient, en Afrique ou en Europe, dans une autre famille ou même à une autre époque, comme celle de l’esclavage, serions-nous vraiment tels que nous sommes ? Penserions-nous de la même façon ? Aimerions-nous les mêmes modèles d’hommes ou de femmes ? Aurions-nous les mêmes valeurs de vie ou les mêmes idéologies ? Réalisez cet exercice d’assouplissement des images et imaginez-vous dans des situations et des endroits différents.

Maintenant, essayons un autre exercice, peut-être un peu « plus » difficile…

Dans le contexte européen actuel et le climat social qui s’y est instauré, à savoir le rejet, l’exploitation, l’exclusion, l’abandon et l’humiliation des immigrants et des réfugiés, auxquels s’ajoutent les guerres soutenues par les gouvernements européens au nom de la démocratie et la justice, imaginons la vie de ce citoyen qui a décidé de faire exploser une bombe au nom de son dieu ou d’un idéal qui semblait revêtir plus de valeur que sa propre vie. Dans quelles conditions ce citoyen est-il né ? Comment a dû être sa vie ? Quelles déceptions et quels échecs, personnels ou existentiels, peut avoir souffert ce pauvre citoyen qui, en l’absence d’une porte de sortie ou de réponses à ses problèmes, a pu être manipulé ou porté à croire qu’en brutalisant ou en tuant d’autres personnes il noierait ses peines et serait récompensé dans d’autres vies ?

En adoptant cette approche, nous posons un regard humanisateur sur la peau de la monstruosité. Ce n’est pas un regard pour justifier n’importe quelle situation de violence ou pour exonérer ou indemniser chacun de ses actes – pour ce faire, espérons que la justice sociale augmente – mais plutôt une tentative de comprendre et aussi d’observer l’époque historique où nous devons vivre et ce que nous faisons.

Est-il possible que, tout comme ce pauvre citoyen désespéré qui a mis fin à sa vie et à celle d’autres personnes, qui a perdu la foi en la vie et dans le monde, nous aussi n’ayons pas choisi ce que nous sommes ?

Alors, compte tenu de ce contexte historique, que faisons-nous ? Ou que dois-je faire ?

Je crois que le premier pas consiste à avoir une vision plus large de notre propre vie, à comprendre nos contraintes et à comprendre que nous n’avons choisi aucun camp; nous comprendrons alors que nous sommes influencés par notre milieu… mais que nous pouvons également influer sur celui-ci.

Cette posture peut nous aider à nous réconcilier avec l’époque historique ou le contexte général qu’il nous est donné de vivre. Nous n’avons pas choisi de naître à cette époque de l’histoire de l’humanité, mais nous y sommes. Nous n’avons pas choisi de vivre et d’être témoins de tant de souffrance humaine, mais nous pouvons y faire quelque chose, car nous sommes sensibles à de telles injustices.

Dans une perspective plus large de l’humanité et de notre propre vie, sachant que nous ne cessons d’évoluer en tant qu’humanité, chacun de nous doit planter une graine dans ce processus évolutif.

Chercher cette paix avec nous-mêmes, par rapport à notre propre vie et aux événements externes, contribuer à cette construction évolutive, lutter pour de meilleures conditions de vie pour tous et pour nos idéaux, chercher le sens de la vie et la joie de vivre… voilà ce dont nous avons besoin.

 

Traduit de l’espagnol par : Silvia Benitez

 

Catégories: Humanisme et Spiritualité, Nonviolence, Opinion, Relations internationales
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