Marseille 17 mars : manifestation étudiante contre la loi du travail… la police intervient avec violence

17.03.2016 - Gabrielle Negrel

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Marseille 17 mars : manifestation étudiante contre la loi du travail… la police intervient avec violence
Crédits photo: Pressenza

C’est le début d’après-midi et je rentre chez moi. Devant le commissariat du centre ville qui se trouve sur la Canebière, de nombreux jeunes demandent la libération d’un manifestant. Ils sont là pour le soutenir. Cette manifestation contre la loi El Khomri avait commencé en fin de matinée, Sud PTT et Sud Education étaient présents.

Je cherche à comprendre, tous expliquent la même chose : « trois voitures de police banalisées avec gyrophare voulaient passer, doubler le cortège. Une jeune fille dit « c’était la fin du cortège, ils pouvaient attendre, ils savaient ». Ils voulaient rejoindre leurs collègues devant la manifestation. Une voiture est passée. D’une des voitures, des policiers sont sortis pour tenter le passage en force et l’ont arrêté brutalement au hasard ». J’apprends qu’il a 16 ans. Devant le commissariat, certains assis par terre, d’autres debout scandent des slogans demandant sa libération. Aucune violence de la part de ces jeunes lycéens, étudiants, juste une détermination à ne pas le laisser seul. Un rassemblement de solidarité.

Arrivant de derrière des policiers aspergent de gaz lacrymogène le rassemblement. Beaucoup ont les yeux qui brûlent, toussent, une camerawoman d’une chaîne de télé est touchée et n’aurait pas réussi à filmer la scène. Cet acte de violence venant de la police est inqualifiable.

Rapidement se fait entendre « ne répondons pas à la violence par la violence ». La tension, la colère est présente mais personne n’est dupe de la provocation et tous restent calmes malgré un moment de flottement, de déstabilisation due à la situation.

L’espace public est sous le contrôle du pouvoir et nous sommes spoliés de ce droit d’être ensemble pour dire NON, le droit de manifester, le droit de choisir dans quel monde nous voulons vivre et comment nous voulons vivre. Ce système en déclin cherche tous les moyens pour rester au pouvoir, la violence est leur moyen. Ils ont les armes et font les lois pour se protéger. Dans toutes les manifestations il y a toujours eu des casseurs, des provocateurs de tous bords. L’Etat, par l’intermédiaire de la police, utilise systématiquement ces « casseurs » pour justifier leur propre violence. Rien ne justifie la violence, qu’elle vienne de l’Etat ou d’ailleurs. La violence est l’échec de ce monde: la violence physique, psychologique, raciale, sexuelle, économique, religieuse.  Les valeurs de la Vie sont incompatibles avec la violence. La priorité de l’action n’est pas de satisfaire les instincts guerriers de chacun ou de se venger d’une injustice. La priorité de l’action est le bien de tous; cela se fera par le passage du « je » ou « nous ». La seule solution pour opérer cette transformation fondamentale est la non-violence active comme moyen d’action.  Un monde nouveau se construit et il sera celui de la solidarité, de la non-violence active, de la justice sociale. Les idéologies politiques prônant la violence comme moyen d’action sont obsolètes. C’est complexe, difficile et parfois frustrant, c’est vrai. Hier c’est ce qui est arrivé, tous ont refusé de répondre à la violence par la violence, malgré la déstabilisation, malgré la colère et l’injustice de la situation vécue. Les violents n’ont plus leur place dans la lutte pour le respect de tout ce qui vit, c’est la première réponse.

Au fur et à mesure, plus de policiers arrivent, une personne vient prévenir que sept camions sont garés sur le côté. La police aurait-elle attendu un débordement pour pouvoir intervenir? La question se pose sérieusement. C’est extrêmement choquant. Le tram qui traverse la canebière est bloqué et l’entrée de la station de métro à côté du commissariat est fermée. Les policiers commencent à mettre leur casque et sont habillés de toute la panoplie. Peut-être une forme d’intimidation, pour faire monter la pression. Ils forment un demi-cercle autour du rassemblement. Une chaîne humaine leur fait face pour protéger le rassemblement. Etudiant-e-s, salarié-e-s se tiennent par les bras, une prof est à côté de moi, un autre un peu plus loin. Ils avancent pour nous pousser de l’autre côté, sur la route et laisser passer le tramway. La décision d’une assemblée générale est prise pour déterminer la journée de demain.

Nous apprenons que le jeune manifestant aurait avoué les faits. Il sera déféré au Tribunal de Grande Instance demain à partir de 9H00 pour « outrage », « violence sur personne dépositaire de l’autorité publique ». Il passera la nuit à l’Evêché (commissariat central).

Il a 16 ans et se trouve ce soir dans un commissariat pour avoir défendu le droit de ne pas être d’accord avec un projet de loi, le droit à sa liberté de choix, le droit à manifester. C’est le seul aveu que je suis prête à considérer comme réel.

Résultat de l’assemblée générale : RDV demain vendredi 18 mars dès 8h30 devant le Tribunal de Grande Instance de Marseille pour le soutenir.

 

 

 

Catégories: Europe, Politique
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