Une approche de la Thaïlande

03.02.2014 - Mariano Quiroga

Cet article est aussi disponible en: Espagnol

Photo : Blazej Mrozinski | blazejmrozinski.com

Pourquoi devrions-nous nous intéresser à la situation actuelle en Thaïlande ? C’est que cela paraît bien lointain. Cependant, lorsqu’on découvre des images de l’autre côté du monde, on s’enhardit et veut en savoir davantage. De plus, lorsque les dragons asiatiques se brûlent, nous nous brûlons tous, un peu de contexte est donc le bienvenu.

 

Tout d’abord, on apprend que « les chemises jaunes » manifestent depuis le mois d’octobre pour renverser la Première ministre Yingluck Shinawatra, qui avait remporté la majorité absolue des voix lors des élections de 2011, à savoir 265 sièges sur 500.

 

Cette dernière a décidé de réaliser, ce 2 février, des élections anticipées. Les « jaunes », les monarchistes et les « conservateurs », menés par d’anciens premiers ministres, encouragent le boycott et réclament des réformes politiques immédiates pour récupérer la démocratie. Ils insistent sur la totale corruption du gouvernement Shinawatra, une jeune politicienne d’origine chinoise, jolie et sœur cadette du millionnaire Thaksin Shinawatra, qui a occupé son poste jusqu’en 2006, année où il est renversé par un coup d’état militaire.

 

Les coups d’état sont monnaie courante en Thaïlande : il y en eut dans les années 70 et 90 et suite à celui de 2006, il y en eut trois, avec la déclaration de nouveaux premiers ministres. Parmi eux, celui du Parti Démocrate, qui est désormais à la tête de la rébellion vers un « régime populiste ».

 

Les « chemises rouges », quant à elles, réunissent les classes défavorisées et ont trouvé dans le gouvernement Thaksin la possibilité d’acquérir des droits qui étaient impensables pour la société thaïlandaise. Sur ma rétine sont gravées les images de la police antiémeute, entrant dans une usine en grève et dégainant leurs machettes contre les employées qui refusaient de continuer à travailler dans des conditions inhumaines.

 

La Thaïlande nous a vêtu et comblé de bijoux et d’artisanats des plus raffiné, d’une précieuse fabrication, et ce à des coûts très abordables. Elle a également été le passage incontournable du tourisme sexuel, avec le centre de Bangkok rempli de bordels et de salles de striptease, les filles et garçons à disposition de ceux qui arrivaient avec un gros portefeuille. Sur le territoire, il était possible d’acheter des bébés dont les familles ne pouvaient assurer leur subsistance et qui étaient voués à l’esclavage, aux adoptions clandestines et aux trafics d’organes.

 

Je crois qu’on ne peut présenter un président populiste qui sort vainqueur des élections et qui est apprécié par les siens sans se défaire de cette réalité cannibale que vivait l’un des alliés de l’impérialisme nord-américain en zone chaude (la Chine, le Japon, la Corée, le Vietnam, le Myanmar, le Cambodge, l’Indonésie, durant des décennies, ont combattu lors de cette guerre d’installation ou non des camps de travaux des esclaves « jaunes »).

 

C’est pendant cette période qu’arrive Thaksin et qu’il adopte de nombreuses mesures progressistes, et combat le SIDA. Entendons bien cela : il l’a combattu, sans euphémisme. Il a créé un médicament qui permettait de traiter les personnes les plus démunies, les traitements valaient 10 000 fois moins que ceux qui étaient subventionnés par les grands laboratoires occidentaux. En 2005, d’énormes manifestations ont eu lieu contre le traité de libre-échange asiatique qui, entre autres choses, voulait interdire la poursuite de la fabrication des médicaments génériques et aurait obligé la population thaïlandaise à payer les médicaments à coups de crédits du Fonds Monétaire International.

 

Au mois de décembre, les manifestations ont terminé par des affrontements armés faisant une centaine de blessés ou davantage, ainsi qu’un manifestant et un policier tués par balles. Le Parlement était alors dissous, une date fut donc fixée pour des élections anticipées.

 

L’armée qui a réalisé les coups d’états les a fait tantôt dans une direction, tantôt dans une autre, puisqu’une grande partie de la troupe provient des camps populaires et sont analogues à la fratrie Shinawatra. En revanche, seuls les généraux peuvent avoir une lignée nobiliaire, ce qui les rapproche du roi de Thaïlande et de l’aristocratie.

 

En 2006, Thaksin fut démis de ses fonctions par la force et condamné à deux ans de prison pour délits de corruption. Il fuit du pays et devient fugitif, à Dubaï, d’où on l’accuse de gouverner à distance, sa sœur serait ainsi une sorte de marionnette pour lui.

 

La plus grande charge contre lui ? Vouloir faire de la Thaïlande une République. Affirmation contestée par le gouvernement et Thaksin lui-même, ainsi que par une partie de la population thaïlandaise qui n’a pas abouti à un consensus.

 

L’une des grandes luttes en toile de fond des mois d’octobre et novembre fut le désaccord pour les amnisties aux militaires condamnés par les coups d’état et les violations aux droits de l’Homme ; une question abordée par le Sénat qui n’est pas résolue. La seconde concerne la Cour Suprême, un groupe armé durant le coup d’état militaire de 2006 et qui semble profondément conservateur et monarchiste. On étudie également la nécessité de rédiger une nouvelle constitution qui permettrait de faire décélérer cette suite de coups d’état et d’attentats du sud-est asiatique.

 

 

Traduit de l’espagnol par JDR

Catégories: Asie, International, Opinion, Politique, Santé
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