Après une introduction de Pressenza sur l’engagement de l’agence de presse et le contexte de la campagne anti-esclavage « No More Chains », deux intervenants étaient invités à apporter leur éclairage et à présenter leurs formes de résistance.
Tous deux profondément engagés et passionnés, leur champs d’action est très différent, l’occasion d’aborder deux illustrations différentes mais bien actuelle, de l’esclavage.
Les deux intervenants du jour
Hanoune Diko, de l’association des Haratines de Mauritanie en Europe nous a tout d’abord parlé des militants et militantes pour les droits de l’homme actuellement emprisonnés. En nommant Mariem Cheikh Samba Dieng et Ghamou Achour Salem, députées récemment arrêtées et brutalisées, nous nous sommes sentis plus proches de leur lutte et solidaires face à leur souffrance.
La réalité d’aujourd’hui
En Mauritanie, l’esclavage par ascendance existe toujours. Vos parents sont nés esclaves ? vous l’êtes également, dès la naissance. Vos maîtres peuvent ainsi disposer de vos vies, de vos enfants. Les femmes sont les plus nombreuses victimes ; en effet, l’homme peut fuir mais la femme restera avec ses enfants.
Que faire ?
L’exposé s’est ensuite orienté sur des recommandations pour sortir de cette légitimisation de l’esclavage en Mauritanie. Sur place, c’est très compliqué ! Le pouvoir en place s’arrange pour ôter toute envie de résister ! Incarcération, torture, tout semble permis pour servir d’exemple et décourager toute tentative d’échappatoire.
Et pourtant, sur place, au risque de leur vie, les militants pour les droits de l’homme manifestent, dénoncent, sont au côté des victimes.
Le soutien international est nécessaire ! Voici quelques-unes des recommandations relevées par Hanoune Diko, pour apporter un réel soutien aux victimes d’esclavage :
- Un accompagnement juridique ; en effet, les victimes d’esclavage tout comme les militants pour les droits de l’homme ne bénéficient d’aucune aide pour se défendre auprès des tribunaux. Venant souvent de milieux pauvres, la plupart n’a évidemment pas les ressources nécessaires pour sortir de leur condition.
- Une aide concrète : si une victime d’esclavage devient libre, que devient-elle ? Si, comme c’est le cas actuellement, elle n’a pas droit à un logement, ou à une terre, ou à un travail rémunéré, elle retournera inévitablement vers son « maître » !
- Appliquer la loi interdisant toute forme d’esclavage ! Forcée par la pression internationale, la Mauritanie a signé une telle loi ! Mais, dans la pratique, celle-ci reste sans effet.
- Modifier les règles institutionnelles : donner le droit à tous d’acquérir une terre, d’obtenir un travail correctement rémunéré, arrêter le racisme structurel vis-à-vis de certaines ethnies telles que les Hartatines ou les Soninkés.
- Protéger les enfants et imposer leur scolarité
Pour aller plus loin …
L’association IRA –
https://www.ira-mauritanie.org
Sanna Abdelssalem, de achACT, (soutien aux travailleurs/euses du textile) nous brosse le tableau des formes massives d’exploitation liées au capitalisme, dans l’industrie textile.
La situation actuelle
Des chiffres impressionnants : aujourd’hui, on considère que 60 millions de personnes cousent, de par le monde, avec des parties plus concernées que d’autres. En Asie du Sud-Est (Bangladesh par exemple) 80 % des exportations, c’est de la mode.
Depuis les années 70, plus aucune grande marque ne fabrique ses vêtements sur place. Toutes les usines sont délocalisées. Ce qu’on a appelé le « fast-fashion » se développe alors avec sa logique de rentabilité à tout prix, de concurence effrenée entre pays. La course au prix le plus bas entraine une sur-production et un changement de statut des travailleurs : il n’y a plus de relation d’employé-employeur mais bien de relation commerciale. Les contrats vont au plus offrant ; la pression des usines poussent à des cadences intenables, dans des conditions inhumaines : on travaille 24h sur 24 pour finir une commande, quitte à dormir sur place, ne plus manger … à des salaires 5 fois moins que le salaire minimum local (Bangladesh).
Les catastrophes sont courantes, la chaleur est intenable. Le 24 avril, on commémorait justement la catastrophe du Rana Plaza. Pour mémoire, le 24 avril 2013, à Dacca au Bangladesh, le Rana Plaza, un immeuble de 8 étages abritant 6 usines de confection de vêtements, s’effondre sur les 3800 ouvriers et ouvrières, alors au travail. La veille de la catastrophe, de graves fissures sur le bâtiment avaient été observées. Malgré le risque évident, les responsables des entreprises somment les ouvriers de reprendre le travail, en menaçant de licencier les récalcitrant·es. Une demi-heure après la reprise, le bâtiment s’effondre, provoquant 1138 morts et plus de 2000 blessés.
Cette catastrophe a ému le monde entier qui a pris conscience que nos vêtements Nike, Primark, Zara, H&M et bien d’autres marques sont fabriqués de telles conditions.
Malheureusement, aujourd’hui, les leçons n’ont pas été tirées et il est vraiment nécessaire de s’organiser pour dénoncer cette exploitation et protéger les travailleurs.
Concrètement ?
Les responsables syndicaux locaux, souvent au prix de leur vie, relaient l’information auprès des associations telles que achAct qui, à son tour fait pression sur les grandes marques.
Nous déplorons l’absence de cadre juridique contraignant, il n’y a pas de législation protégeant les travailleurs. Nous encourageons des accords entre syndicats et les états tels que le Bangladesh et le Pakistan, afin qu’il y ait par exemple le respect d’un salaire vital, des inspections dans les usines.
D’autres pays tels que la Turquie sont aussi concernés et les réactions sont immédiates lorsqu’on élève la voix. Dernièrement, un syndicaliste était posté devant l’usine et s’est fait arrêter.
Que faire ?
La pression internationale est nécessaire. Notre association s’inscrit dans une campagne plus large : la Clean Clothes Campaign.
C’est ainsi que le 1er mai 2026, un Manifeste pour une mode juste est publié et invite chaque association et citoyen à soutenir. Coécrit pour représenter la vision d’une large coalition de part et d’autres des filières de la mode. https://www.achact.be/campagnes-slug/manifeste-pour-une-mode-juste/
Il est vrai que c’est un système qu’il faut changer, des logiques de rentabilité à outrance qui ont montré leurs limites, qui enrichissent chaque jour plus quelques mutilimillionnaires au détriment de millions de personnes.
Voici le lien vers le podcast de








