Le film documentaire d’Ana L’Homme projeté en clôture du festival Ciné Latino à Toulouse, suivi d’un concert d’Ely Pineda en partenariat avec Chili Culture et Solidarité.
C’est avec ce film documentaire et un concert d’Ely Pineda, chanteuse chilienne d’une présence et d’une énergie incroyables, que le festival Ciné Latino s’est clôturé lors d’une soirée profonde, émouvante et joyeuse en présence d’une salle comble au cinéma Utopia Borderouge.
« Yo no canto por cantar, je ne chante pas pour chanter ni pour montrer ma belle voix, je chante parce que ma guitare a de l’amour et du bon sens ». C’est ce que chantait Victor Jara dans sa chanson Manifiesto.
Dans ce sens le documentaire d’Ana L’Homme suit Mauricia Saavedra, « cantora campesina » (chanteuse paysanne) qui, à travers le chant ancestral, le chant de l’âme, accompagne d’autres femmes dans l’expression de leurs expériences douloureuses par le biais du chant et de la guitare transposée. Avec beaucoup d’humanité elle les écoute, elle les apaise, elle leur donne à voir le meilleur d’elles-mêmes, à comprendre ce qui leur est arrivé. Elle pose un regard doux et poétique sur leur vécu, sur le sien et sur celui de ses ancêtres. Elle rend visible ce chant profond qui apaise, guérit et inspire. Ce chant qui transforme et révèle la force des femmes. Elle cherche quelle est sa mission et sème les graines d’un futur apaisé.
En voix off, la réalisatrice chemine également en elle-même, devient chaque fois plus proche de ces femmes. Elle reconnaît ses propres expériences douloureuses, sa colère, s’interroge sur le sens de la vie et nous livre un message d’espoir en faveur de la réconciliation.
« Je peux décider de vivre avec le ressentiment ou de donner un sens à ma vie », dit-elle.
Un film qui révèle ce qui est caché
Á travers ce film on découvre cette culture paysanne chilienne méconnue, sa violence et la force des femmes. La parole est donnée à des femmes que l’on n’a pas l’habitude d’entendre ni de voir. Des femmes invisibles jusque-là sont mises en lumière, des femmes âgées, simples, qui ont appris la musique par transmission de mère en fille, des femmes dont on ignorait jusque-là tout de leurs ressentis et de leur vécu. Des femmes qui trouvent la force de dépasser leurs conditions souffrantes grâce au chant et à la musique, à la sororité, dans un milieu machiste, dur et hostile.
Est également révélée la quête d’amour de ces femmes, un amour qu’elles ont cherché dans le regard des hommes mais qui est là au plus profond d’elles-mêmes « Il y a un amour de soi qui n’est valable que si le regard de l’homme y est. Les femmes hétérosexuelles ont une douleur profonde parce que l’homme les a trahies, ne les voit pas. C’est un long chemin de s’éloigner de la souffrance liée au regard des hommes, de construire l’amour pour soi tout en étant en relation, » dit Ely Pineda.

Ely Pineda, en plein concert.
Le film montre également la violence de la morale, une morale qui empêche chacune et chacun d’aimer comme elle/il le souhaite suivant ses aspirations. Une morale qui censure, contraint et cherche à étouffer l’expression du beau et du bon de l’humanité. Il met en évidence les différentes formes de violence vécues par les femmes : intra-familiale, sociale, d’État.
Un film qui nous montre un chemin vers la réconciliation
Au fur et à mesure que l’on rentre dans le documentaire, un nouveau chemin apparaît, un espoir naît. C’est le chemin de la réconciliation. « Se réconcilier n’est pas oublier ni pardonner, c’est reconnaître tout ce qui s’est passé et se proposer de sortir du cercle du ressentiment. C’est promener son regard en reconnaissant les erreurs en soi et dans les autres. Se réconcilier en soi-même, c’est se proposer de ne pas passer deux fois par le même chemin. » [1]
C’est le chemin de toute une vie, celui qui nous apprend à reconnaître la souffrance sans la nier, sans la falsifier, à la regarder en face. Et puis, après avoir fait le tour de la souffrance, du ressentiment et de la colère, après les avoir chantés, expulsés avec force, c’est le moment de porter un regard compréhensif et apaisé sur ce qui est arrivé, sans culpabilité ni désir de vengeance. Et puis vient le moment de se libérer de l’attachement à la souffrance, au passé, au désir de vengeance et de décider de vivre et d’aimer encore et avec une plus grande conscience. Et la joie grandit.
« Ma force n’est pas dans la revanche et dans la vengeance mais dans le contact avec ma fragilité, » nous dit Ana.
Un film qui touche l’âme en profondeur
Les spectatrices et les spectateurs ont vécu un moment hors du temps, fort et touchant, empreint d’une grande sensibilité. Voici quelques témoignages recueillis à la sortie de la salle :
« Le film est très émouvant, grâce aux plans rapprochés on se sent très proches des chanteuses paysannes, de ces femmes qui utilisent le chant pour guérir, pour chanter leur douleur. Il y a à la fois de la mélancolie et de la joie. »
« Au-delà de l’âme le film touche le sacré, l’essence pure. Le sacré c’est le tout, le grand, la puissance de l’essence de l’être humain qui va arriver un jour à être bien dans cette vie. Sa nature profonde c’est l’amour, être en lien avec la nature, avec lui-même et avec le tout. »
« C’est un film très fort. Imaginer transformer des énergies par la musique, la souffrance en quelque chose de positif c’est incroyable. C’est inspirant. »
« Ce qui est intéressant c’est de séparer celui qui a fait du mal, de la douleur. Quand tu parles de ta douleur tu parles de toi et ça permet peut-être d’aller voir ensuite celui ou celle qui t’a fait mal. Alors tu peux te rendre compte que chacun.e fait ce qu’il/elle peut avec ses douleurs. »
« Je trouve très juste de parler de ces femmes et de leur chemin et de parler de réconciliation, parce qu’elles sont vraiment dans quelque chose qui leur est propre. Elles se réparent et elles continuent à donner ce chant qui touche l’âme. »
« Au milieu de tous ces chagrins, de toute cette violence sociale, culturelle, il y a cette force que la musique accompagne de manière très simplifiée qui permet à ces femmes d’exprimer leur douleur, leur souffrance et aussi leur amour. »
« Ce film est une perle ! »
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Présentation du film documentaire ‘Yo no canto por cantar‘ d’Ana L’Homme projeté en clôture du festival Ciné Latino à Toulouse, le 29 mars 2026 (2’ 20 ») :
Pressenza Toulouse et 1000 Chœurs pour la Paix

Projection proposée par le réseau 1000 Chœurs pour la Paix, un réseau de chœurs, groupes vocaux, musicien.ne.s, engagé.e.s à porter un message de paix, de non-violence et de solidarité, à créer un mouvement qui s’ancre dans la durée.
[1] Extrait de l’intervention de Silo (Mario Rodriguez Cobos) lors de journées d’inspiration spirituelle à Punta de Vacas (Argentine), les 3, 4 et 5 mai 2007








