« Cordial, gentil, sachant écouter, Mikhaïl Gorbatchev était un homme bon. Une grande personne. Il a été un homme de paix et pour la paix. C’est lui qui a mis fin à la guerre froide. En particulier, en tant que « chef » de la deuxième plus grande puissance mondiale de l’époque, il a eu le courage de proposer le désarmement nucléaire intégral alors que les Etats-Unis n’en voulaient pas. Et lorsque le président Reagan lui proposa de réduire de moitié l’arsenal nucléaire Gorbatchev lui répondit : « Et bien, comme çà je pourrai vous détruire avec 3000 bombes au lieu de 6000 ».

Il savait que le chemin de la transformation de l’URSS dans le sens d’une société juste, socialiste, libre, vivable passait par l’abandon des logiques de puissance, de domination et de guerre. D’où son engagement pour la glasnost (transparence) et la perestroika (reconstruction économique).

Il a tenté de réformer l’URSS par la transparence. Cette option lui permit d’introduire des libertés d’expression et d’association auparavant interdites. Prisons « politiques » et goulags furent fermés. La glasnost stimula aussi, entre autres, les sentiments identitaires des populations non-russes. Mais, la résistance des forces conservatrices (oligarchies de tout genre) et de celles qui voulaient clairement tourner le pays vers une économie de marché l’en empêcha, par un coup d’Etat.

De l’écroulement de l’URSS en 1989, il en tira une leçon majeure qu’il tenta de communiquer : il s’adressa aux leaders des Etats-Unis (ainsi qu’à ses opposants internes) les exhortant de ne pas commettre l’erreur de penser que la disparition de l’URSS était la victoire des Etats-Unis et du système capitaliste. Elle était due principalement à des facteurs internes et à l’incapacité de la société russo-soviétique de surmonter les difficultés. Hélas, ni les Américains, ni les Européens , ni les nouveaux groupes au pouvoir en Russie et dans les pays de la Russie devenus indépendants n’ont porté attention à l’avertissement. On connait la suite. Les Etats-Unis ( et les pays de l’OTAN) ont repris la guerre globale contre la Russie pour la mettre à genoux et renforcer leurs suprématie hégémonique mondiale, De leur côté, les ennemis internes ont considéré la politique de Gorbatchev comme une trahison de la défense des intérêts et du devenir de la Russie et sont revenus aux visions impériales russo-tsaristes d’avant la Révolution d’Octobre 1917.

La sagesse et l’honnêteté politiques de Gorbatchev ont été jetées aux orties. Résultats : l’explosion de la guerre globale en Ukraine et le fait que personne parmi les belligérants ne veut arrêter la guerre.! Au sein des groupes dominants occidentaux (Etats-Unis, UE, OTAN et…alliés) tous veulent continuer la guerre « jusqu’à la victoire » et personne ne parle plus de désarmement nucléaire, de paix. Ils s’opposent même, avec acharnement, à la concrétisation des objectifs du Traite d’interdiction des Armes Nucléaires ratifié par plus de 50 Etats de l’ONU, devenu dès lors un traité international avec force juridique. Même son de cloche du côté de la Russie de Poutine. En comparaison avec des dirigeants actuels, des irresponsables, Gorbatchev fait figure d’un géant de la res publica mondiale.

En tant que membre du Conseil scientifique du World Policy Forum présidé par Mikhail Gorbatchev, j’ai eu le grand honneur de le connaître. J‘ose croire qu’on avait sympathisé. Une petite confirmation : le message personnel que, sous notre requête, il envoya à l’Agora des Habitants de la Terre lors de la conférence de fondation de l’Agora en décembre 2018 : « Dans cette situation critique où le destin futur du monde et la sécurisation de notre planète sont menacés, il est urgent que l’opinion publique, la société civile et tous les habitants de la Terre s’unissent pour prévenir le glissement du monde vers une catastrophe et élaborent un programme d’actions au niveau planétaire, afin de trouver des moyens de sortir de l’impasse dangereuse actuelle.

Votre initiative inspirante d’élaborer une Charte de l’humanité correspond à ce noble objectif et pourrait constituer une étape favorable dans la prise de conscience par tous les êtres humains de leur appartenance à la communauté mondiale, chargée de maintenir la vie sur Terre. Elle reçoit pour cette raison mon soutien enthousiaste. » Mikhail Gorbatchev » (Extraits), 13 décembre 2018.

Bruxelles, 2 septembre 2022