PRO ASYL : Un jugement qui fera date et une justice tardive pour les survivants et les familles des onze morts.

Trois femmes et huit enfants afghans sont décédés lors d’une opération de push-back des garde-côtes grecs en janvier 2014. Les 16 survivants ont dû attendre jusqu’à aujourd’hui que quelqu’un soit tenu pour responsable de la mort des êtres qui leur étaient chers. Aujourd’hui, un arrêt unanime qui vient d’être publié par la première chambre de la Cour de justice a condamné la Grèce pour violation du droit à la vie (article 2 de la CEDH) et pour traitement inhumain et humiliant (article 3 de la CEDH) et l’oblige à verser la somme totale de 330 000 € d’indemnités aux proches.

Karl Kopp, directeur de la section Europe de PRO ASYL, déclare : « C’est un jugement qui fera date et une justice tardive pour les survivants et les proches. Il aura fallu huit ans avant que la Grèce soit tenue de rendre des comptes. Nous remercions notre avocate, Marianna Tzeferakou, et toute l’équipe grecque d’avocats et d’avocates d’avoir représenté les survivants de Farmakonisi avec un tel engagement et une immense compétence en vue d’obtenir cette condamnation tardive. »

Ce qui a été confirmé aujourd’hui :

Lors de l’accident, aucune des normes internationales de sauvetage en mer n’a été respectée et aucune action de sauvetage n’a eu lieu. Non seulement les réfugiés n’ont pas été hissés à bord du navire des garde-côtes, mais ils n’ont pas reçu de gilet de sauvetage. Le bateau des réfugiés a été remorqué pendant au moins un quart d’heure par les garde-côtes grecs, deux garde-côtes y sont même descendus pour arrimer la corde de remorquage. Il se trouvait donc totalement sous contrôle des fonctionnaires grecs avant qu’il ne sombre. Voir également l’analyse de PRO ASYL (en allemand) sur le déroulement de l’opération mortelle en janvier 2014.

À leur arrivée sur l’île de Farmakonisi, les survivants n’ont pas eu le droit de se déplacer librement, selon la Cour de justice des droits de l’homme dans son arrêt concernant la violation de l’article 3 de la CEDH. En quête de soutien, les survivants ont dû au lieu de cela subir une fouille corporelle et se déshabiller devant au moins 13 personnes. Ils se trouvaient dans une situation d’extrême vulnérabilité : ils venaient de survivre à un naufrage et certains d’entre eux avaient perdu leurs proches. Il est indubitable qu’ils étaient confrontés à une situation de stress extrême et étaient déjà en proie à la douleur et à une tristesse intense.

Le rôle de PRO ASYL et de ses partenaires grecs

PRO ASYL, dès le début, a accompagné les survivants de Farmakonisi en leur fournissant un soutien juridique et humanitaire, en coopération avec les organisations Greek Council for Refugees, The Lawyers’ Group for the Rights of Refugees and Immigrants, The Greek Union of Human Rights et le Network of Social Support of Refugees and Immigrants.

Les survivants ont déposé plainte contre les autorités grecques auprès de la Cour européenne de justice des droits de l’homme le 15 janvier 2015 avec le soutien de PRO ASYL.

Depuis des années, PRO ASYL et ses partenaires grecs documentent les push-backs illégaux des autorités frontalières grecques.

Traduction : Laurence Wuillemin, Munich