03.05.22 – Augusta, Italie – Antonio Sempere

Samedi matin, l’Open Arms a débarqué les 28 migrants, tous des hommes, secourus dans les eaux méditerranéennes il y a une semaine. Le bateau a mis le cap sur les côtes de la Sicile après 10 jours de recherche et de surveillance dans la zone SAR de la Libye. Après plusieurs jours d’attente, les autorités italiennes ont chargé le port sicilien d’Augusta de déposer les nouveaux arrivants sur le continent. Ils ont finalement posé le pied sur le sol européen après un voyage éprouvant en Libye, où les personnes espérant migrer vers l’Europe sont traitées de manière inhumaine par les trafiquants d’êtres humains qui circulent librement dans ce pays d’Afrique du Nord en proie à un conflit interminable.

Les mafias profitent du scénario de déstabilisation de la région pour, conjointement avec les milices, augmenter les profits issus du trafic illégal de personnes.

A leur arrivée au port, ils ont été accueillis par les autorités sanitaires afin de respecter le protocole sanitaire exigé par le gouvernement italien pour les navires arrivant dans ses ports et une équipe sanitaire les attendait à quai pour effectuer des tests antigéniques sur les nouveaux arrivants et écarter les cas de COVID 19. Les 28 jeunes avaient déjà été testés par l’équipe médicale à bord de l’Open Arms et tous les tests se sont révélés négatifs pendant les jours de la traversée. Après les tests, qui se sont révélés négatifs, l’autorité sanitaire a autorisé le débarquement des 28 personnes, parmi lesquelles une dizaine de mineurs. Tous ont été conduits par les carabiniers vers le bateau installé dans le port pour effectuer au moins une semaine de quarantaine avant d’être transférés dans les centres d’accueil. L’équipage de l’Open Arms les a applaudis depuis le pont, et eux leur ont rendu la pareille avec émotion en criant « merci beaucoup et que Dieu vous bénisse ».

Deux membres de l’organisation de protection de l’enfance « Save the Children » étaient présents pour superviser la remise des mineurs aux autorités italiennes.

Photos de Antonio Sempere

Sauvetage « in extremis

L’Open Arms a procédé au sauvetage des personnes arrivées en Italie dans la matinée du samedi 5 mars. Les 28 migrants avaient quitté les côtes libyennes la veille à bord d’un petit canot en bois et dérivaient après être tombés presque en panne de carburant. L’embarcation prenait l’eau et risquait de couler lorsqu’elle a été repérée par l’équipage du navire de sauvetage Open Arms qui assurait une surveillance en Méditerranée centrale, au large des côtes libyennes. Les équipes de sauvetage sont parties à la recherche du bateau et ont trouvé les 28 personnes qui appelaient à l’aide. Selon Mustafa, un jeune syrien qui a quitté son pays à cause des conséquences de la guerre :

« Les trafiquants nous ont dit que dans le bateau, nous trouverions suffisamment d’eau et de nourriture, ainsi que du carburant pour atteindre l’Europe. Lorsque nous étions sur le point de partir, il n’y avait pas de nourriture du tout et seulement quelques bouteilles d’eau. Quand ils nous ont trouvés, nous n’avions plus d’eau du tout. Ces gens sont des criminels ».

L’un des mineurs, qui n’a pas encore quinze ans, nous a montré les blessures causées par les brûlures de cigarettes éteintes sur son corps. Le garçon nous raconte encore avec horreur :

« Les Libyens nous battaient tous les soirs quand ils étaient ivres. »

Ce sont les histoires que ces jeunes rapportent avec eux et qu’il leur sera très difficile d’assimiler sans garder quelques séquelles des humiliations et des tortures qu’ils ont subies et que, malheureusement, les migrants en Libye continuent de subir.

Au cours des jours où le navire de secours humanitaire s’est trouvé dans la région, il a pu voir comment les patrouilleurs des garde-côtes libyens ont intercepté plusieurs navires qui tentaient de rejoindre l’Europe, ce qui montre que la Libye participe au sauvetage des migrants dans les eaux proches de ses côtes. Cette décision fait suite aux crédits budgétaires et aux dotations en équipements que l’UE a promis au gouvernement libyen pour moderniser ses moyens de surveillance dans sa zone côtière.

Après le débarquement, l’Open Arms retournera à Barcelone où la mission 89 sera achevée.

Traduction de l’espagnol : Ginette Baudelet