Par Jean Bédard

En l’honneur de Marina Ovsiannikova, la manifestante qui a interrompu le téléjournal russe. (*)

« Si tu veux la paix, prépare la guerre. » Quelle bêtise ! Imaginons le scénario de deux voisins. L’un d’eux commence à s’armer dans le but d’intimider ou de tuer son prochain pour élargir son territoire. L’autre s’arme contre lui. Le maire du village se dit : « Qu’ils règlent leurs différends entre eux. » Alors les trois conditions de la guerre sont assurées. Qui arrêtera ensuite l’attaquant ? Pourquoi ne continuerait-il pas son stratagème ?

Au contraire, le voisin fait appel au maire et à tout le village et que tout monde se ligue pour la justice, la violence sera évitée. En effet, si on menace et on tue pour obtenir quelque chose d’injuste, tout le village, tout le pays, toute l’humanité est concernée. La paix se fait par solidarité pour la justice, parce que la justice est très précisément ce qu’il y a de mieux pour tous et, par ce fait, elle est la meilleure garantie pour la paix. Donc, si tu ne veux pas la guerre, prépare la paix, c’est-à-dire défends chaque personne victime d’injustice, même au prix de ta petite paix, même au prix de ta vie.

Depuis le néolithique, tribus, peuples, nations, empires se sont équipés d’armes pour le pillage. Et ils ont été admirés comme héros de l’histoire plutôt qu’arrêtés. Aujourd’hui, les armes sont telles que la même attitude nous mènera à la destruction générale. Nous ne sommes pas au début du néolithique, mais forcés d’en finir avec le pillage. Lorsque l’attaque est lancée, la défense doit être totale et globale et non pas partielle et locale, parce nous sommes tous concernés.

L’Art de prévenir la guerre s’est présenté plusieurs fois à la fin de guerres épouvantables, sanglantes et généralisées. Dans les ruines et les pleurs, tout le monde se disait : « Plus jamais, nous sommes tous concernés par la justice. » Chaque fois nous avons raté l’occasion. Le conseil de sécurité des Nations-Unies a accordé un droit de veto aux plus armés !

La paix n’est pas l’absence de guerre, la guerre suspendue ou la guerre en préparation. L’attaque est toujours un acte de lâcheté, la paix, un courage héroïque. La paix suppose un travail acharné et constant pour éviter les déséquilibres, les injustices, les inégalités, les préjugés qui engendrent les ressentiments. Les ressentiments finissent toujours par exploser soit par révolte soit par guerre. L’attaque est presque toujours l’irruption d’une grande révolte réorientée avant son explosion par un homme fou de pouvoir vers un ennemi intérieur et un ennemi extérieur.

La paix demande l’énorme courage…

  • de refuser les privilèges injustes et toute complicité avec la violence;
  • d’intervenir immédiatement et globalement lorsqu’une personne, une communauté, un peuple, un pays est menacé ou attaqué;
  • de s’assurer que la défense ne soit jamais injuste, abusive ou inspirée par la vengeance.

Si par lâcheté, on détourne le regard, ce n’est pas une personne, une communauté, un peuple ou un pays qui perd ses droits, c’est la justice, c’est l’humanité, c’est nous tous. Le courage de Marina Ovsiannikova est digne de Gandhi, Bouddha, Jésus et quelques autres sages qui ont compris qu’accepter la violence, c’est la propager.

 

(*) Elle avait une pancarte avec ses deux drapeaux amis dans les coins supérieurs, celui de l’Ukraine à gauche, le russe à droite: « Pas de guerre! Arrêtez la guerre. Ne croyez pas la propagande. Ici on vous ment. Russes contre la guerre. »

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