Par Leonardo D. Félix (*)

Dans une réalité assaillie de messages, d’informations et de sens pour communiquer même l’événement le plus insignifiant ayant un impact sur notre société, révéler et découvrir l’apparence des « vérités » émises semble être plus qu’un défi, quelque chose de presque impossible.

Notre monde quotidien, qui est traversé par plus d’informations que nous ne sommes mentalement capables d’en contenir, nécessite des filtres qui permettent de rencontrer un univers connu, étant entendu que le connu, pour beaucoup de gens, est une référence inévitable à « quelque chose de crédible », à quelque chose sur quoi ils peuvent fonder leur accumulation de connaissances quotidiennes.

Pour que cela ne devienne pas une bataille de subjectivités d’interprétation multipliées à l’infini, où apparemment il n’y a pas de règles du tout, il est essentiel de maintenir et de défendre certains principes de base qui nous constituent dans la réalité dans laquelle nous vivons. Comprendre la communication comme un droit humain inaliénable pour toutes et tous est une donnée de base qui, bien qu’elle semble évidente, doit être révélée dans chaque cas où les subjectivités des grands monopoles de la parole s’imposent de manière hégémonique.

En apparence, chaque liberté d’expression et d’information est une étape supplémentaire dans la démocratisation de la communication, ce qui signifie que tout le monde peut dire quelque chose. En apparence, cette liberté semble être un élément de plus qui est « dérégulé » sous la protection d’un Dieu du Marché qui tend à éclipser tous les droits et garanties dans une autonomie individuelle qui ne doit rien à personne, ni n’a besoin de se justifier ou d’entrer dans les règles de base d’une société.

Il est fondamental de répéter que la communication est un droit humain. Un droit dans lequel ses acteurs intervenants doivent dialoguer, atteindre un consensus et trouver des stratégies d’articulation politique dans la dissidence.

Communiquer précisément implique le partage. C’est pourquoi tout dialogue est la reconnaissance mutuelle de chaque être humain comme agent réfléchissant ayant le droit de faire partie de l’histoire commune (https://waccglobal.org/– Association mondiale en communications chrétiennes).

Notre existence résulte de notre relation avec d’autres personnes qui vivent leur expérience dans le cadre de situations et de valeurs différentes, marquées par le statut économique, le sexe, l’appartenance ethnique, la résidence géographique, les diplômes, etc. Et si communiquer implique une mise en commun, ce processus conduit à dialoguer sur la diversité de cette expérience partagée et à reconnaître la différence de cette expérience partagée.

Révéler cela signifie que tous les secteurs qui composent une société (y compris notamment les églises) ne peuvent être au-dessus de ces principes de base et qu’ils devront nécessairement dialoguer, s’articuler et chercher des stratégies qui permettent un fonctionnement démocratique. Sinon, nous soupçonnerions à juste titre que toute lutte pour le respect de la liberté religieuse, de la liberté d’expression et de la liberté d’information n’est qu’un prétexte pour instrumentaliser la négation des droits, et imposer des pensées comme si elles étaient uniques dans leur interprétation et leur contenu.

Comme une pièce de monnaie à deux faces, il n’y a aucune possibilité de communication s’il n’y a rien en commun ; mais il n’y aurait rien non plus à communiquer s’il n’y avait pas de différences. L’expérience des autres, doit nous interroger en permanence. Par conséquent, si les points communs permettent la communication, nous devons « écouter toutes les voix », sans préjugés, afin de pouvoir prendre ces décisions qui concernent l’ensemble de la société, qui engagent l’avenir et qui nous obligent à être les témoins d’un temps nouveau.

 

Auteur

* Directeur exécutif de l’Agence œcuménique de communication, président de la WACC Amérique latine.

Source : https://www.pagina12.com.ar/229249-la-comunicacion-es-un-derecho-humano

 

Traduction de l’espagnol, Ginette Baudelet