En 1970, au plus fort de la guerre froide, le Traité sur la non-prolifération (TNP) est entré en vigueur. En vertu de ce traité, qui inclut aujourd’hui tous les États membres de l’ONU sauf cinq, cinq États reconnus comme possédant des armes nucléaires, les États-Unis, la Russie, le Royaume-Uni, la France et la Chine (N5), ont accepté de poursuivre le désarmement nucléaire, et tous les autres États ont accepté de ne pas acquérir d’armes nucléaires.

52 ans plus tard, ce pacte fondamental du TNP n’a toujours pas été respecté. Quatre pays supplémentaires en dehors du TNP possèdent désormais des armes nucléaires (Israël, l’Inde, le Pakistan et la Corée du Nord), et il y a encore plus de 13 000 armes nucléaires réparties entre les neuf pays.

Les États parties au TNP se réunissent tous les cinq ans pour évaluer les progrès accomplis et convenir de nouvelles mesures. La 10e conférence d’examen du TNP devait avoir lieu en mai 2020 et, après avoir été reportée à plusieurs reprises, devait commencer le 4 janvier à New York. Cette dernière tentative de convoquer la conférence a malheureusement aussi été sabordée en raison de la variante omicron qui sévit actuellement dans le monde.

A la veille de la conférence, le 3 janvier, le N5 a publié une déclaration réitérant la déclaration des présidents Gorbatchev et Reagan du 21 novembre 1985 à Genève selon laquelle « une guerre nucléaire ne peut être gagnée et ne doit jamais être menée ».

Les défenseurs du désarmement travaillant au sein du Conseil mondial du Réseau mondial Abolition 2000 pour l’élimination des armes nucléaires, ont salué le fait que les cinq États dotés d’armes nucléaires du TNP acceptent désormais la déclaration de Gorbatchev/Reagan, mais ont également dénoncé l’hypocrisie de la déclaration du N5.

Dans sa propre déclaration, publiée aujourd’hui sur son site Web, Abolition 2000 a dénoncé le « Nuc-langue » orwellien de la déclaration du N5. Immédiatement après avoir affirmé la déclaration Reagan-Gorbatchev, le N5 fait marche arrière en disant : « [N]ous affirmons également que les armes nucléaires, tant qu’elles existent, doivent servir à des fins défensives, de dissuasion et de prévention de la guerre. »

Selon la déclaration d’Abolition 2000 : « Voilà qui illustre le fait que la plupart des États dotés de l’arme nucléaire maintiennent des doctrines d’emploi en premier/première frappe et qu’ils ont, à une ou plusieurs occasions, lors de crises et de guerres internationales, préparé et/ou menacé de déclencher une guerre nucléaire. La vérité dérangeante est que les armes nucléaires continueront d’exister tant que les États dotés d’armes nucléaires continueront de s’accrocher à la dangereuse doctrine de la « dissuasion nucléaire » – la menace d’utiliser des armes nucléaires. »

Bien que le N5 ait déclaré dans sa déclaration que « Nous demeurons déterminés à respecter nos obligations en vertu du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), notamment celle qui figure à l’article VI de ‘poursuivre de bonne foi des négociations sur des mesures efficaces relatives à la cessation de la course aux armements nucléaires à une date rapprochée et au désarmement nucléaire… », la réalité est que tous les pays dotés d’armes nucléaires continuent à moderniser, à améliorer et, dans certains cas, à étendre leurs arsenaux nucléaires.

Abolition 2000 souligne qu’ “avec les points de tension potentiels en Ukraine et à Taïwan, le risque d’une nouvelle utilisation des armes nucléaires est plus élevé que jamais. Le processus de désarmement nucléaire est au point mort et les cinq États ne peuvent prétendre de manière crédible qu’ils respectent leurs obligations au titre de l’article VI du TNP.”

La réponse du Conseil mondial d’Abolition 2000 termine ainsi :

Dans le roman 1984 de George Orwell, des mots, des phrases en novlangue étaient créés par le gouvernement pour apaiser le public et masquer la réalité, souvent située à l’opposé du discours. Il est plus que temps pour les cinq États dotés d’armes nucléaires parties au TNP de cesser de faire des déclarations orwelliennes en « Nuc-langue » et d’entamer des négociations de bonne foi sur l’élimination de leurs arsenaux nucléaires. Les voies possibles sont les suivantes :

  • La négociation d’un accord-cadre qui comprenne l’engagement juridique de parvenir à un monde sans armes nucléaires, identifie les mesures et les voies requises en termes généraux, et prévoie un processus pour convenir des détails au fil du temps ;
  • la négociation de protocoles liés au traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN) que les États dotés d’armes nucléaires et les États alliés signeraient dans le cadre d’un processus leur permettant d’adhérer au traité et de mettre en place le processus de destruction, d’élimination, de vérification et de respect des obligations nucléaires ;
  • la négociation d’une convention globale sur les armes nucléaires ou d’un ensemble d’accords.

Des choix importants doivent être faits sur la voie de l’abolition des armes nucléaires. Mais le plus important est que le processus de négociation de l’élimination des armes nucléaires commence immédiatement, sans plus attendre.


Pour les éditeurs :

Le réseau mondial Abolition 2000 pour l’élimination des armes nucléaires, fondé en 1995 lors de la Conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération TNP qui a décidé de prolonger indéfiniment le TNP, dont l’expiration était initialement prévue cette année-là, est un réseau de plus de 2000 organisations dans le monde qui s’engagent à faire campagne pour un monde sans armes nucléaires, sur la base des points énoncés dans la déclaration de fondation en 11 points.

Pour les demandes de renseignements des médias :

Jackie Cabasso, Western States Legal Foundation, California, USA: wslf@earthlink.net, +1 510-306-0119
Alyn Ware, Basel Peace Office, Switzerland: alyn@pnnd.org, +420 773 638 867
Tony Robinson, Middle East Treaty Organization: tony@wmd-free.me, +44 7958 254938

L’article original est accessible ici