Pressenza présente en trois parties l’article ‘La Colombie et son processus de néolibéralisme démocratique autoritaire‘ de Luis Daniel Botero Arango, publié dans la Revue Textes et Contextes, de la Faculté de Communication Sociale de l’Université Centrale de l’Équateur.

La Colombie et son processus de néolibéralisme démocratique autoritaire
Première partie : Introduction
Deuxième partie : Vue d’ensemble
Troisième partie : Aperçu sur le cas colombien et Conclusions

Résumé : En Colombie, comme dans d’autres pays de la région, le système néolibéral a aggravé la crise du modèle démocratique, de l’économie et de la situation des droits humains. À l’autoritarisme qui a historiquement caractérisé le processus démocratique dans ce pays des Caraïbes, exprimé par la stigmatisation, l’exclusion et l’élimination des idées politiques dissidentes, s’ajoutent les conflits de pouvoir entre les différents groupes armés dans les territoires, dus à l’extractivisme, aux cultures illicites et aux rentes illégales, qui sont devenus des entités juridiques autoritaires pour le contrôle de la population, au-dessus et en dépit de l’État. En bref, la Colombie a montré qu’un passé marqué par la violence politique ne peut être résolu par la seule formule de la croissance économique, de l’ouverture des marchés, des investissements étrangers et de la libre entreprise.

 

Première partie : Introduction

Le néolibéralisme et la mondialisation constituent sans aucun doute le grand paradoxe de notre époque, étant le fer de lance de ce que l’on a appelé « progrès et civilisation ». Cet horizon d’espoir, inscrit dans des idéaux de dignité et de liberté individuelle (Harvey, 2007), n’était pas dans les plans de ceux qui ont fait de ce modèle une partie de leurs intérêts. Il a été conçu dans le but de restaurer les grandes économies en crise, au détriment d’autres qui pourraient leur apporter de la richesse, en tant que marchés de production et de consommation réalisés sur la base d’échanges inégaux et conditionnels qui profitent à ceux qui mettent le plus de capital dans les accords ou les traités.

Les politiques du néolibéralisme, leur structuration et leur mise en œuvre, ont eu des conséquences négatives sur le développement de la société contemporaine en termes d’équité et d’identité : affaiblissement de l’État et donc des structures démocratiques ; stigmatisation et rejet des discours et des revendications des mouvements sociaux ; détérioration des conditions de travail et des structures d’intégration sociale.

Le modèle néolibéral est un projet idéologique à prétentions universalistes et à caractère hégémonique, où les nations les plus riches placent les intérêts des économies nationales auprès des plus grands besoins, afin de capter les ressources fournies par les États, à travers une logique de domination du point de vue économique. Les nations ayant une capacité concurrentielle moindre sont pratiquement obligées de céder aux revendications de ceux qui possèdent le capital d’investissement, étant donné la nature mondialisée d’une économie de dépendances, dans laquelle les dirigeants jouent le rôle de légitimeurs. Cela est évident dans des attitudes telles que celle de l’ancien président de la Colombie, Juan Manuel Santos, lors de la signature de l’accord de libre-échange (ALE) avec les États-Unis, lorsqu’il a déclaré que « nous devons nous mettre au diapason de la réalité internationale » (Solano, 2013). Ce « ton » néolibéral a cependant entraîné une profonde crise humanitaire dans des pays comme la Colombie, au moins depuis les années 90, lorsque le système est entré pleinement en vigueur avec la réforme constitutionnelle de 1991, sous le gouvernement de César Gaviria Trujillo, appelée à l’époque « processus d’ouverture économique ».

Ce type de modèle social, qui a fait violemment irruption en Amérique latine à travers la dictature militaire d’Augusto Pinochet au Chili, le gouvernement de fait qui l’a mis à l’épreuve, a conduit à la dépolitisation de la sphère publique, à l’affaiblissement de l’action de l’État, à la transformation des partis politiques en entreprises électorales qui représentent de moins en moins les intérêts des citoyens, désormais éloignés de leur capacité d’influence politique. De tels éléments ont creusé la brèche entre les démocraties et le mode de développement où le capital prime sur le consensus politique et donc sur les intérêts des majorités et le bien-être collectif. De cette façon, la pauvreté locale devient une richesse mondiale, et le profit individuel tire vers le bas le caractère redistributif des économies nationales.

Dans le cas de la Colombie, le néolibéralisme a entraîné de sérieuses conséquences en raison de la privatisation du système de protection sociale fondée sur le sophisme selon lequel, face à la corruption de l’État les entreprises privées géreraient mieux les services publics, ce qui a été remis en question face à la qualité de la prestation des services de santé, malgré les taux de couverture élevés démontrés par chaque nouveau gouvernement. Dans le même temps, les conditions précaires d’une pension décente dans les fonds privés ressortent surtout pour ceux qui ont gagné un salaire minimum, ou quelques points au-dessus, au cours de leur parcours professionnel. D’autres facteurs sont la précarisation des conditions de travail par l’externalisation, les tentatives de privatisation de l’enseignement public, et la détérioration des conditions environnementales due à l’extractivisme en raison des concessions minières et énergétiques accordées aux multinationales sur une grande partie du territoire national.

Enfin, un élément qui fera l’objet de cette analyse : la détérioration de la situation des droits humains. Cette situation est due à des facteurs criminels associés à des phénomènes tels que le narcotrafic et la confrontation acharnée entre les guérillas et les groupes paramilitaires, en raison du régime foncier et du contrôle d’autres rentes illégales, telles que l’extorsion de commerçants ou l’exploitation minière illégale, qui entraînent la maltraitance des populations paysannes, indigènes et afro-descendantes, l’assassinat de leurs dirigeants et le déplacement forcé hors de leurs territoires.

De cette manière, le néolibéralisme a démontré, d’une part, son succès pour ceux qui profitent de ses avantages, même s’il s’agit d’une simulation de liberté et de bonheur. D’autre part, son grand échec dans des aspects tels que l’inhumanité de la pauvreté extrême et généralisée, la reproduction des violences, et la réduction de la vie à un acte futile d’échanges commerciaux, au point irrationnel de l’éliminer, au milieu de la compétition générée par l’obtention de plus de ressources. En bref, des pays comme la Colombie ont un État de droit social et démocratique à caractère juridique formel, mais un mode de vie profondément autoritaire dans sa mise en œuvre.

 

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Source : https://revistadigital.uce.edu.ec/index.php/CONTEXTOS/article/view/3313

 

Traduction de l’espagnol, Ginette Baudelet