A l’occasion du quatre-vingtième anniversaire de l’agression par l’Allemagne nazie de la Russie et des peuples de l’Union soviétique, les journaux russe Kommerssant et allemand Berliner Zeitung ont publié l’appel « Rétablissons la paix ! »

C’est sans aucune participation ni du gouvernement ni du parlement fédéral qui se sont déroulées ce mardi 22 juin les cérémonies commémorant l’attaque allemande contre l’Union soviétique il y a 80 ans. Cette attaque ouvre la phase centrale de la guerre d’anéantissement menée par les Allemands, qui ôta la vie à plus de 27 millions de citoyens de l’Union soviétique, qui dévasta des pans entiers du pays et livra la population juive aux crimes de guerre allemands.

A la conférence de presse qu’il a tenue aujourd’hui même, Reiner Braun, le président de l’International Peace Bureau, a qualifié d’impardonnable et d’irresponsable tant vis-à-vis des victimes que du point de vue d’une politique de détente ce renoncement à tenir une cérémonie au Bundestag. Cette initiative a choisi délibérément un journal russe pour publier l’appel du 22 juin, qui porte haut et fort l’idée que « Il y a aussi une autre Allemagne, qui est favorable à des relations pacifiques avec la Russie. »

Cet appel a été lancé à la dernière minute et ses initiateur.trice.s ont été positivement impressionnés par l’énorme retentissement dont il a bénéficié : en trois semaines seulement, cet appel a été soutenu par près de 1 300 citoyen.ne.s d’Allemagne, qui se positionnent pour une politique de détente. Le soutien s’étend des conservateurs jusqu’à la gauche, des syndicats aux Églises, ce qui en fait une expression de la diversité sociale ; ceci montre également que, dans cette société, il y a de plus en plus de gens qui qui sont pour une politique de détente avec la Russie, même si la couverture médiatique de cette question était plutôt univoque.

L’historien Peter Brandt, par ailleurs fils du chancelier fédéral Willy Brandt, explique que ceux qui se positionnent pour de bons rapports avec la Russie se retrouvent vite soupçonnés de naïveté ; adopter la position opposée ne signifie pas en reprendre la perspective ni même l’appuyer, mais seulement essayer de la comprendre. Il existe un large consensus selon lequel la première décennie de ce siècle aurait liquidé de grandes chances d’une nouvelle approche. « Mais il n’est pas trop tard. », conclut Peter Brandt.

Antja Vollmer, l’ancienne vice-présidente du Bundestag allemand, s’est demandé pourquoi ces chances n’ont pas été saisies. Ce qui a permis les événements positifs de 1989/1990, c’est la convergence entre la politique de détente et le mouvement de masse sur les droits civiques et les droits humains. Mais cette alliance n’existe plus aujourd’hui, et, dans les médias, la politique de détente est présentée comme un outil d’un autre temps. L’engagement pour les droits de l’Homme, dont Antje Vollmer parle comme du « bellicisme des droits de l’homme » est utilisé pour justifier les sanctions, voire une attitude encore plus agressive, notamment vis- à-vis de la Russie ou de son grand rival, la Chine. On devrait voir naître de nouveaux fronts, qui rendront rapidement indispensable un nouveau mouvement de la paix.

Pour l’ancienne vice-présidente du Bundestag, cette publication simultanée dans le Berliner Zeitung et dans un grand quotidien russe représente un rapprochement. Elle l’a même comparée à une espèce de traité de paix entre citoyens, comme un signal adressé à la population russe.

Martin Hoffmann est administrateur général du Forum germano-russe, dont l’axe essentiel est d’instaurer une collaboration au sein de la société civile et le dialogue entre les citoyens. Il commente : « La version russe de l’appel porte le sous-titre suivant : ‘Nous voudrions redécouvrir le bonheur de la paix’ ; nous voulons donner à ce thème une importance centrale dans le dialogue entre les citoyens et le faire vivre dans le temps. Nous voulons examiner la manière dont les citoyens à l’Est et à l’Ouest, en Russie et en Allemagne, peuvent faire avancer ce thème de la paix, plutôt dans la réconciliation que dans la confrontation. »

Reiner Braun recommande, par souci de réalisme, de commencer par une politique de détente à petite échelle pour ensuite essayer d’aboutir à des résultats plus importants. Le point fondamental, d’après lui, serait la motivation à dialoguer avec l’autre et à explorer où il y aurait des points communs.

Il demande au gouvernement fédéral quand on finira par rétablir la liberté de circuler, au moins pour les jeunes, et quand on pourra espérer avoir du soutien dans le jumelage de villes et dans le dialogue au sein de la société civile.

« Du point de vue de la politique pacifiste, on se demande quand vont cesser ces manœuvres impossibles à la frontière russe avec des milliers de soldats américains. »

Après ce jour, ce sont plus de 100 manifestations qui vont avoir lieu en mémoire de l’agression contre l’Union soviétique. Le mouvement de la paix sera actif dans la rue, dans le respect de la situation nouvelle créée par la pandémie, pour que cette date reste dans nos mémoires. Pour le mouvement de la paix, le point central, c’est le dépassement de la politique de la terreur par le désarmement. Ce qui a beaucoup à voir avec les armes nucléaires, mais aussi avec les programmes insoutenables d’armement que l’on voit émerger en Europe et en Allemagne.

« Ces thèmes font tous partie de la tentative d’amener la politique de la détente dans la rue et, comme le dit Mme Vollmer, nous avons besoin de nouveau d’un mouvement de la paix fort», conclut Reiner Braun.


Le texte allemand de l’appel :

22 juin 2021 — Ramenons la paix

Le 22 juin 2021 marque le 80ème anniversaire de l’agression de l’Allemagne nazie contre la Russie et les peuples de l’Union soviétique. Pour nous, signataires de ce texte, ce jour est un jour de tristesse, de honte et de retour critique sur notre propre faute historique. Du sol allemand est partie une guerre d’extermination sans pareille, née de l’hubris politique et du racisme contre les peuples de l’Union soviétique, notamment contre les juifs et d’autres minorités. Cette agression a valu des souffrances infinies parmi les hommes et a fait plus de 27 millions de victimes, essentiellement en Russie, en Ukraine et en Biélorussie.

C’est en partie la responsabilité de notre génération que personne n’oublie ou ne relativise jamais ces atrocités. Car l’histoire de l’Europe comprend aussi la victoire de l’Union soviétique sur le fascisme, avec tous les sacrifices qu’elle a supposés, et la libération de l’Allemagne de cette idéologie. De même, l’histoire des relations germano-russes est également marquée par le fait que l’Union soviétique et son successeur juridique, la Russie, ont joué un rôle déterminant dans la réunification de l’Allemagne et la fin de la guerre froide.

Nous le savons : la paix en Europe n’adviendra qu’avec la Russie et non contre la Russie

C’est pourquoi nous disons aux politiques européen.ne.s à l’Est et à l’Ouest : Réveillez-vous ! Abandonnez la sphère et la logique de la guerre froide ! Ce ne sont pas les régiments blindés ni les dépenses d’armement qu’il faut augmenter, c’est la motivation à se rapprocher les uns

des autres. Prenez exemple sur les gens en Russie, en Allemagne, en Europe dans leur travail concret sur des jumelages de villes, sur les échanges entre jeunes, sur la coopération économique et scientifique. Oubliez les prisons mentales des têtes de Turcs, du ressentiment et de la peur ! Rétablissons enfin la paix ! Les Européens attendent cela depuis longtemps.

Tel est l’enseignement du 22 juin. Et pour cela, nous nous levons

Abendroth Elisabeth; Bahr Adelheid (Erziehungswissenschaftlerin); Birkenbach Hanne Magret (Friedensforscherin); Brandt Peter (Historiker); Braun Reiner (International Peace Bureau); Bruch Thomas (Gesellschafter GLOBUS GmbH); Claußen Angelika (Vorsitzende IPPNW); Dagdelen Sevim (Mitglied des Deutschen Bundestages); Dahn Daniela (Schriftstellerin); Dehm Diether (Mitglied des Deutschen Bundestages); Enkelmann Dagmar (Vorsitzende der Rosa Luxemburg Stiftung); Erdmann Torsten (Deutsch-Russisches Forum e.V.); Ernst Klaus (Mitglied des Deutschen Bundestages); Falk Thomas (Deutsch- Russisches Forum e.V.); Frantz Justus (Dirigent); Gornig Hans-Joachim (Deutsch-Russisches Forum e.V.); Hänsel Heike (Mitglied des Deutschen Bundestages); Hahn Andre (Mitglied des Deutschen Bundestages); Hermes Oliver (Vorsitzender Ost-Ausschuss der Deutschen Wirtschaft); Hoffmann Christine (Pax Christi); Hoffmann Jelena (Vorsitzende, Stiftung West-Östliche Begegnungen); Hoffmann Martin (Deutsch-Russisches Fo rum e.V); Hunko Andrej (Mitglied des Deutschen Bundestages); Joas Hans (Sozialphilosoph); Kaiser Kerstin (Rosa Luxemburg Stiftung Moskau); Krone-Schmalz Gabriele (Publizistin); Kumm Uwe (Deutsch-Russisches Forum e.V.); Müller Michael (Staatssekretär a.D., Vorsitzender der Naturfreunde); Nastic Zaklin (Mitglied des Deutschen Bundestages); Neu Alexander (Mitglied des Deutschen Bundestages); Platzeck Matthias (Vorsitzender, Deutsch-Russisches Forum e.V);Rahr Alexander (Osteuropaexperte); Raiser Konrad (Generalsekretär a.D. des Rates der Ökumenischen Kirche); Rösch-Metzler Wiltrud (Kooperation für den Frieden); Schroder Gerhard (Bundeskanzler a.D.); Sllly (Band); Sommer Jörg (Vorsitzender Deutsche Umwelthilfe); Teltschik Horst (Außenpolitischer Berater a.D. BK Kohl); Thierse Wolfgang {Parlamentspräsident a.D.); van Ooyen Willi (Bundesauschuss Friedensratschlag); Vassiliadis Michael {Versitzender Gewerkschaft, Bergbau, Chemie, Energie); Vogler Kathrin (Mitglied des Deutschen Bundestages); Vollmer Antje (Vizepräsidentin des Deutschen Bundestages a.D.); von Knoop Andrea (Ehrenpräsidentin Deutsch-Russische Auslandshandelskammer); von Weizsäcker Ernst-Ulrich; Wahl Peter (Wiss. Beirat Attac}; Werneke Frank (Vorsitzender ver.di); Wiese Heino (Mitglied des Bundestages a.D.); Wohlfahrt Harald (Geschäftsführer, Käthe Wohlfahrt KG); uvw.

 

Traduit de l’allemand par Didier Aviat