Le 27 septembre 2020 marque le début d’un nouveau conflit armé dans le Haut-Karabakh entre les forces de l’Azerbaïdjan, de la République arménienne d’Artsakh et de l’Arménie. Le conflit a provoqué des pertes humaines et une destruction des habitations civiles. Sur les 150 000 personnes vivant dans la République d’Artsakh avant le début des combats un grand pourcentage de femmes et d’enfants ont fui en Arménie. Il y a un réel danger d’escalade avec des conséquences imprévues et un danger d’implication d’autres États dans ce conflit en Caucase du Sud. Ainsi, le 27 octobre marque le début du deuxième mois de guerre.

Le conflit antérieur de 1992-1994 qui a conduit à la création de la République arménienne d’Artsakh au sein de ce qui avait été la République soviétique d’Azerbaïdjan a été lié à l’éclatement de l’Union Soviétique et à la fin des républiques basées sur des considérations ethniques ou des régions autonomes qui avaient été mises en place en 1922 par Staline, alors Commissaire aux Nationalités[i].

Afin de mettre fin à la guerre de 1992-1994 au cours de laquelle plus de 500 000 personnes ont été déplacées, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a créé un comité de médiation de 11 États appelé le groupe de Minsk, dont la France, les États-Unis et la Russie sont coprésidents. Le groupe de Minsk a organisé un grand nombre de réunions de médiation, mais ces réunions n’ont conduit à aucune modification de la situation dans ses grandes lignes ni à une réelle coopération entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie. Le groupe de Minsk était de plus en plus considéré dans le Caucase comme inefficace. La frustration de l’absence de progrès a été la plus forte parmi les dirigeants de l’Azerbaïdjan en soutenant depuis 1994 que leur intégrité territoriale est violée par l’Arménie. La réponse arménienne est que le Haut-Karabakh a une population majoritairement arménienne et qu’ils ont droit à l’autodétermination. Dans le conflit actuel, chaque coprésident a essayé d’organiser un cessez le feu, mais aucun cessez le feu n’a eu lieu.

Pour les coprésidents du groupe de Minsk, il y a d’autre préoccupations. Les États-Unis sont impliqués dans les dernières étapes d’une campagne présidentielle en période de troubles internes. La France est préoccupée par les conflits dans les États africains du Sahel où elle a des soldats engagés ainsi que par les questions de santé et de terrorisme. La Russie ne veut pas être perçue comme soutenant l’Arménie plus que l’Azerbaïdjan car elle a de bonnes relations économiques avec les deux pays. Elle a également des préoccupations internes qui limitent son influence dans les conflits étrangers.

Ce qui diffère aujourd’hui de la guerre de 1992-1994, c’est l’implication directe de la Turquie du côté de l’Azerbaïdjan. L’Azerbaïdjan utilise un grand nombre de drones turcs et a le monopole de l’espace aérien. Il est probable que la Turquie a également fourni des spécialistes de l’utilisation des drones. En outre, la Turquie a facilité et soutenu l’arrivée de milices et de mercenaires en provenance de Syrie. Alors que beaucoup de mercenaires sont mal formés, ils s’ajoutent à la puissance de feu de l’Azerbaïdjan sans avoir à utiliser des soldats turcs.

Toujours dans le conflit actuel, l’Azerbaïdjan a le soutien de l’Iran qu’il n’avait pas en 1992. Il y a une importante minorité azerbaïdjanaise en Iran qui milite pour le soutien actif de l’Azerbaïdjan. Pour le moment, le soutien iranien n’est que verbal mais peut être important si la question du Haut-Karabakh est abordée au sein des Nations Unies.

Ce conflit armé a le potentiel de créer des tensions encore plus importantes dans une zone déjà très tendue. La médiation dans le but de créer des négociations de bonne foi est une nécessité vitale. Des mesures de confiance entre l’Azerbaïdjan, la République d’Artsakh et l’Arménie sont nécessaires. Il est nécessaire de franchir une série d’étapes qui vont au-delà d’un cessez-le-feu. Il ne sera pas facile de parvenir à un accord entre les parties sur ce qui pourrait constituer des mesures de confiance mais une série de mesures sont des conditions préalables, nécessaires à la consolidation de la paix.

 

Notes

[i] Pour une bonne analyse des politiques de nationalité de Staline, voir : Helene Carrere d’Encausse, The Great Challenge: Nationalities and the Bolshevik State 1917-1930 (New York: Holmes and Meier, 1992).

 

Traduction de l’anglais, Magali Sette

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