Regardons avec amour, un projet pour la communauté Wich´i – 2ème partie

14.10.2020 - Mar del Plata, Argentine - REHUNO - Red Humanista de Noticias en Salud

Cet article est aussi disponible en: Espagnol

Regardons avec amour, un projet pour la communauté Wich´i – 2ème partie
(Crédit image : Miremos con Amor)

Par Claudia Mónica García

Miremos con Amor [Regardons avec amour] est une association civile dotée d’un statut juridique qui accompagne les communautés Wich’íes de Salta et Formosa, dans le nord de l’Argentine. Un de ses objectifs est de générer des projets sociaux qui renforcent les communautés qui ne peuvent se développer parce que la société ne les reconnaît pas.

Rehuno s’est entretenu avec José Alegre, et vous pouvez voir ici la première partie de l’interview. Aujourd’hui, nous poursuivons notre conversation avec José Alegre qui est le fondateur de Miremos con Amor et qui nous en dira plus sur les Wich’ís et le projet qu’ils mènent dans cette région.

 

REHUNO : Que signifie être bénévole à Miremos con amor ?

José Alegre : Nous sommes des activistes sociaux, nous ne sommes pas comme les OSC (organisations de la société civile) alignées sur les partis politiques ou sur une quelconque foi religieuse. Nous avons l’obligation d’être conscients des processus sociaux, et de participer activement parce que nous assumons la responsabilité de la dette sociale que nous avons, et parce que nous ne légitimons pas le statu quo ou le privilège qui découle du fait de ne pas être des autochtones dans cette société.

De plus, la nécessité de donner la priorité à la promotion de la dignité et des droits humains dans une perspective qui privilégie l’autogestion, en laissant de côté la logique de l’assistanat, parce que nous reconnaissons l’autre comme une priorité en tant que sujet de droit et enfin, en assumant la responsabilité de déconstruire les modèles de gestions habituels qui mettent fin à toute autonomisation collective et donc, à l’identité.

REHUNO : Quels territoires géographiques sont concernés en Argentine ?

José Alegre : Le peuple Wichí occupe ce que l’on appelle le Salteño du Chaco, qui est une définition phytogéographique et qui couvre le nord de la province du Chaco, l’ouest de la province de Formosa et le nord-est de la province de Salta ; également le sud de l’État plurinational de Bolivie. Les familles Wichí y vivent, dans des communautés rurales ou périurbaines, à proximité des écoles. Ils ont transformé leur mode de vie en sédentarité en raison de la possibilité de garantir un repas à leurs enfants du lundi au vendredi face à la dépossession territoriale, à l’avancée de la frontière du soja, à la contamination des rivières et des cours d’eau par le glyphosate et d’autres produits agrochimiques, à la clôture de leur territoire ancestral, et à l’urgence alimentaire et environnementale qui en découle et dont ils ont commencé à souffrir au cours des 25 dernières années. La plupart des communautés ont des liens de consanguinité, ce sont des familles élargies.

REHUNO : Comment est la Cosmovision Wichí ?

José Alegre : Nous en connaissons certains aspects parce que l’univers, la mondovision Wichí est très large et profonde et il serait essentiel de partager beaucoup plus que les voyages que nous effectuons une fois par an sur le territoire.

Wichí signifie « peuple », « village » et désigne à la fois la langue et l’ethnie. La langue, qui est leur point fort, est leur langue maternelle, et lorsqu’ils sont scolarisés à l’âge de quatre ans ils ne parlent pas castillan ; une limite qui, heureusement, ces dernières années, – avec des résultats mitigés – a été dépassée par les lois provinciales sur l’éducation interculturelle bilingue.

C’est une culture centrée sur le communautaire, sur le « nous », à tel point que le mot « je » n’existe pas, ce qui dénote une façon de voir le monde. Le passé récent des chasseurs-cueilleurs qui vivent, se nourrissent et se soignent dans la forêt, détermine certaines idées qui prévalent dans leur culture : la non-accumulation de biens, la sensation du présent parce que l’on vit ici et maintenant dans ce lieu, qui est la terre qu’ils ont l’obligation et l’engagement de protéger. Avec ce territoire, ils ont un lien indissoluble.

REHUNO : Comment voyez-vous l’avancée du capitalisme dans cette communauté ?

José Alegre : L’avancée de la mondialisation du capitalisme avec l’agrobusiness lui enlève tout et transforme profondément sa culture ainsi que le processus de sédentarisation. Elle les oblige à vivre de façon intense des processus que d’autres cultures traversent depuis des centaines d’années et qui survivent à cette transition culturelle brutale. Nous ne pouvons toujours pas en déterminer les conséquences et partant de là nous pensons qu’il est essentiel qu’ils disposent d’outils pour traverser ce processus.

Certains Qarashe, qui sont des leaders, des guides autochtones disent qu’en plus de la lutte pour l’application des droits humains, les Peuples Originaires ont une autre bataille à mener, et celle-ci est interne : les jeunes veulent la mixité, se mélanger à la société pour éviter la discrimination.

La cosmovision, leur univers symbolique est confronté à une grande bataille articulant les conflits que ce nouvel ordre génère, soutenu par la force du langage et la relation au territoire.

REHUNO : Quels sont les risques détectés en matière de santé psycho-physique ?

José Alegre : Cet été, le pays a appris la mort d’enfants souffrant de malnutrition dans les communautés Wichí de Salta, une réalité que nous connaissons, ou avons apprise, grâce à la dénonciation des agents sanitaires autochtones qui affirment depuis longtemps que les certificats de décès dissimulent la vérité.

Les Wichí vivent dans une situation d’urgence sanitaire parce que l’accès aux soins médicaux est difficile ; ils ne prennent pas en considération la réalité du malade, ils ne comprennent pas l’idiosyncrasie de ceux qui les soignent, ne parlent pas leur langue, et dans quelques cas ils le font sans distinction. Cette année, les organismes agréés ont refusé d’intervenir en raison de la complexité de la situation, qu’ils ont décrite comme une « catastrophe sanitaire ».

La zone que Miremos con Amor accompagne est plus au sud et à l’est de ces communautés, mais les constantes concernant les mêmes questions sont extrêmes ou atténuées :

  • Urgence alimentaire : ils ne peuvent pas accéder à leur régime alimentaire de subsistance en raison de la perte d’accès à la forêt et du remplacement de leur régime naturel par des farines et des sucres raffinés que leurs organismes ne sont pas habitués à transformer.
  • Urgence hydrique : ils n’ont pas accès à l’eau potable car les rivières et les ruisseaux sont contaminés, l’eau est fortement contaminée par l’arsenic ou est très salée ou impropre à la consommation humaine et l’approvisionnement de l’État n’est souvent assuré que pour les clients.

La réalité est celle d’une grande vulnérabilité psychosociale résultant de la superposition des situations d’urgence avec la violence et la discrimination institutionnelles.

Il est essentiel de formuler de nouvelles politiques publiques dans la perspective de la santé communautaire, qui tienne compte de l’appartenance aux peuples indigènes, de l’empreinte de la perspective interculturelle, du respect de leurs modèles culturels et de leur cosmovision.

REHUNO : Quelle est la tranche d’âge que vous accompagnez ?

José Alegre : En réalité, les actions et les objectifs de Miremos con Amor sont centrés sur l’environnement scolaire, sur la création d’opportunités pour les enfants et ensuite sur des actions visant à améliorer la vie des familles Wichí. Et nous ne disons pas amélioration de la qualité de vie, car il s’agit d’un degré qui exige des minimums que la vie des Communautés n’a pas atteints.

Alors que les spécialistes parlent de communautés vulnérables, nous nous parlons de « communautés fragilisées », car il ne leur reste plus de droits à enfreindre ; si nous pouvions intégrer cette catégorie sociale et communautaire, nous comprendrions l’ampleur de la situation.

REHUNO : José, merci beaucoup pour cette interview, aimeriez-vous-vous faire d’autres commentaires ?

José Alegre : Les enfants n’ont pas le temps d’attendre que le monde change, et comme l’affirme le sociologue portugais Boaventura de Souza Santos, « nous avons le droit d’être égaux lorsque les différences nous infériorisent, et nous avons le droit d’être différents lorsque l’égalité nous dépersonnalise »

 

Informaciones acerca de Miremos con amor : E-mail miremos@fibertel.com.ar y Whatsapp: +5492235942756 Facebook: Campaña Miremos con Amor e Instagram: @miremosconamor.

 

Traduction de l’espagnol, Ginette Baudelet

Catégories: Amérique du Sud, Interviews, Peuples originaires
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