Colombie. La mort

18.08.2020 - Buenos Aires, Argentine - Alexandra Vega-Rivera

Cet article est aussi disponible en: Espagnol, Italien, Allemand

Colombie. La mort
(Crédit image : GLady/Pixabay)

La semaine dernière, la Colombie se trouvait dans le top 10 des taux d’infection par le COVID-19 dans le monde, dépassant les 470 000 personnes et atteignant un chiffre de plus de 15 300 personnes qui sont mortes du virus au moment où nous écrivons ces lignes. En 2019, la Colombie a été en tête du monde avec 64 meurtres de défenseurs de l’environnement (et s’efforce de ne pas perdre le podium cette année). On dénombre 10 indigènes Awa tués en quatre mois, et il a été rapporté que des membres de l’armée colombienne ont violé une fille indigène Emberá. La mission des Nations Unies pour les Droits humains dans ce pays compte 41 meurtres d’anciens guérilleros, 97 meurtres de défenseurs des droits humains et 33 massacres à ce jour en 2020. Le 8 août, Cristian, 12 ans, et Maicol, 17 ans, sont allés à l’école pour déposer un devoir qu’ils ne pouvaient pas envoyer par Internet et ont été assassinés. Le 11 août, ils ont trouvé les corps torturés et assassinés de cinq garçons, des amis à eux, âgés de 14 à 15 ans. Et ce dimanche 16 août, nous avons appris le massacre de huit autres jeunes.

Cependant, les préoccupations de ce gouvernement sont autres.

En Colombie, il y a des effusions de sang et une exacerbation de la futilité effrayantes qui, ces dernières heures, nous ont laissés sans voix. Il est très difficile de savoir quoi faire, comment continuer et comment arrêter cette vague de violence dans laquelle les décisions politiques du gouvernement colombien ont une fois de plus jeté son peuple.

Une chose est peut-être encore plus violente que toute cette violence, et c’est la naturalisation de la violence

Il est clair que la mort n’est pas un phénomène qui suscite une quelconque empathie au sein du gouvernement d’Ivan Duque. Sa direction bat des records de décès et d’abandon de l’État, son peuple meurt d’une pandémie qu’il a profondément mal gérée et qu’il a décidé de combattre avec des émissions télévisées quotidiennes dans lesquelles il ne dit rien, mais qu’il orne du drapeau national et d’une petite bouteille de gel d’alcool.

Dans le même temps, son peuple est assassiné sous le silence complice des institutions, atteignant des taux d’impunité exorbitants. Et pourtant, le président colombien, face à la violence qui sévit dans le pays, a décidé d’agir selon le même modus operandi inefficace avec lequel il a géré la crise sanitaire, en appelant à la confiance et à remettre le pays aux saints et vierges les plus populaires dans un grotesque geste d’indolence et de déni de la réalité que vit la Colombie, geste par lequel il jette un morceau de pain à ceux qui, au milieu de la violence et des massacres, s’accrochent encore à une foi, quelle qu’elle soit, comme la seule alternative qu’ils considèrent possible face à l’enfer que l’administration actuelle leur fait revivre en Colombie. Ivan Duque, le président colombien, en réponse à une décision judiciaire et indépendante contre son grand chef (l’ancien président Alvaro Uribe Velez), a exceptionnellement proposé une constituante – je répète, une constituante – alors que la population risque d’être criblée de violence ou étouffée par la pandémie, ou les deux.

Dans la même ligne de pourriture et en connivence avec le souffle de la mort, nous trouvons les médias dominants de ce pays (comme il est habituel en Amérique latine), embarrassant de plus en plus non seulement le métier, mais aussi un peuple enfermé dans l’impuissance, la peur et la tristesse, condamné à l’inclémence de l’État et sans savoir face à tant de mort quel chemin suivre.

Enfin, en Colombie une partie de sa population se retrouve avec la mort à la maison, avec laquelle elle boit le café le matin. Et de même que le gouvernement actuel, a une partie de la population ne l’impressionne plus la mort et l’injustice que subissent les autres. Car au milieu de tant de désolation, le plus douloureux est peut-être l’absence de douleur, la négation de ce qui est évident et, pire encore, la justification de tant de souffrance. Des positions qui s’abritent sous les parapluies discursifs et classistes de « ils ont dû faire quelque chose », « ils ne seraient pas allés chercher le café », « vous devez voir comment elle était habillée » et « c’est ce qui leur arrive pour avoir transgressé la quarantaine ».

Qu’arrive-t-il à une société qui ne sens rien avec la torture, la décapitation, le viol, les bombardements, le meurtre et la disparition de ses filles, garçons et de ses jeunes ?

La Colombie est enfermée dans un labyrinthe dont la seule sortie est bloquée par la peur, un tas de cadavres et un récit creux mais dangereux de peur, de sécurité et d’héroïsme. Le pays a touché un fond auquel on croyait qu’il ne reviendrait jamais, mais cela a été possible grâce au lest de son gouvernement actuel et à son impérieuse nécessité de continuer à instaurer la violence, car dans le démantèlement de sa nature, devant son argumentation vide et les scandales pour liens avec le trafic de drogue, la fraude électorale et la corruption, il est évident que la seule chose qui maintient debout le pays est la mort, et que son seul et meilleur masque pour le montrer est celui d’un dirigeant qui raconte inutilement les heures de gouvernement au président voisin et qui s’agenouille pour prier tout en décapitant des enfants dans les champs de canne. Que du pain et des jeux.

Changer le cours des choses est douloureux, mais il est plus douloureux de ne rien changer. Dans cette tentative de changement, dans laquelle la paix est impérativement recherchée,

la Colombie continue de payer avec ce qu’elle a de plus précieux : la vie de son peuple.

Et il faudra l’aide de la communauté internationale et une maturité politique suffisante pour choisir et parier sur un modèle de gouvernement qui donne la priorité à un droit aussi fondamental que scandaleusement prioritaire : que le peuple ne soit plus tué.

Et pour cela, en tant que société nous devons nous regarder les uns les autres. Peut-être que l’acte de résistance le plus important et le plus grand est de ne pas laisser la mort s’installer comme un convive de plus à la table. Que cette situation nous touche, qu’elle nous mette mal à l’aise, qu’elle nous indigne ; car chaque fois qu’un Colombien ou une Colombienne reste indifférent à un meurtre, cela contribue à l’impunité et à la mort pour nous tuer tous absolument, chaque fois, un peu plus.

 

Traduction de l’espagnol, Claudie Baudoin

Catégories: Amérique du Sud, Droits humains, Paix et Désarmement
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