Retour à la normalité ? 7. Jorida Dervishi

20.06.2020 - Alessandra Montesanto - Redazione Milano

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Retour à la normalité ? 7. Jorida Dervishi

Après les réponses de Riccardo NouryLaura QuaglioloGiovanna Procacci, Giovanna Pagani, Guido Viale, et Andreas Formiconi, on a parlé avec Jorida Dervishi, activiste albanaise en Italie pendant cinq ans et demi.

Maintenant que nous sortons de l’urgence Covid-19, beaucoup de gens disent : « Nous ne voulons pas revenir à la normalité parce que la normalité était le problème ».

Cela peut donc être une grande opportunité de changement. Selon vous, quel est le besoin le plus urgent de changement en ce moment et qu’êtes-vous prêt à faire dans cette direction ?

Retour à la normale si cette normalité existe encore… le monde a révolutionné, il a reculé sur certains aspects et avancé sur d’autres, changeant à jamais notre vie quotidienne. Nous attendons donc tous de construire un nouvel avenir.

Certains disent : « Personne ne sera comme avant, nous serons plus forts ». En fait, nous avons changé, l’environnement a changé, nos habitudes, nos relations ont changé.

Personnellement, je pense que la première nécessité serait celle d’un changement psychologique, mental, c’est-à-dire la compréhension intérieure des conséquences que nos actions peuvent avoir. Nous ne pouvons pas vivre dans la crainte du virus, nous devons faire partie de la solution et non du problème. Nous ne devons pas penser : « Le gouvernement me contrôle », mais chacun de nous doit être l’adulte qui contribue à la société et apprendre aux enfants à faire de même. Une intervention urgente serait nécessaire dans les écoles, les universités, les centres d’accueil, les centres populaires ; il faudrait dialoguer avec les jeunes qui grandissent et sont formés en suivant notre exemple. Nos habitudes doivent s’adapter aux besoins des autres, toujours conscients que le monde ne tourne pas seulement autour de nous, qu’il ne s’agit pas seulement de moi et de mon bien-être personnel.

Réagir de cette manière rendrait le monde meilleur.

1) Le port d’un masque ne vous rend pas faible, effrayé ou même « contrôlé » ; il vous rend prévenant.

2) L’éloignement physique ne doit pas se traduire par un éloignement social, mais il implique de comprendre et de respecter les mesures en faveur de notre santé.

Que faudrait-il pour soutenir ce changement, au niveau personnel et social ?

Je pense que l’essentiel est d’accepter de vivre avec le nouveau changement. C’est inévitable, même si nous sommes enclins à rejeter la partie étrangère, inconnue, celle qui est différente de ce que nous avions auparavant.

Nous réinventer, investir ce temps libre dont nous disposons, créer de nouveaux espaces, même virtuels. Pour connaître d’autres réalités/ faire une réflexion de groupe, à partir de nos familles, de nos communautés, de nos amis.

Savez-vous combien de milliers de personnes vivent cette quarantaine ou cette distanciation sociale de toute une vie ? Et encore aujourd’hui, ils ne savent pas quand ils seront libres, car leur isolement n’a pas de limites, seulement des frontières construites continuellement, année après année, génération après génération. Je ne m’ennuie donc pas. Que dois-je faire ? Je lis, je fais le ménage, je cuisine, j’écoute ma musique préférée, je travaille en ligne, je parle avec mes amis, avec ma famille… Il est vrai aussi que parfois j’ai peur, mais alors je prends une grande respiration, je regarde autour de moi, je souris et j’attends que tout passe. Parce que j’ai entendu des histoires de vies suspendues, de centaines de milliers de personnes (hommes, femmes, garçons) injustement condamnées à vivre au milieu des bombes et autres épidémies, sans manger ; de personnes qui se sont battues contre les vagues de la mer en quête de liberté ; j’ai entendu des histoires de femmes violées, mais fortes et dignes de prendre leur vie en main. J’ai également rencontré des personnes isolées en prison par des lois absurdes, pour être ensuite battues à mort par des policiers. En Libye, par exemple…

Aujourd’hui, on nous demande seulement de suivre les règles. Et c’était censé être un virus qui nous a fait réaliser la chance que nous avons. Cette période nous a fait prendre conscience des besoins des autres, mais surtout elle nous a rappelé combien nous devons être reconnaissants pour ce que nous avons. Aujourd’hui, le temps s’est arrêté, nous sommes si différents mais si semblables. Réfléchissons. Qui sait si, désormais, il sera toujours possible de vivre un peu comme cela au quotidien.

Catégories: Education, Europe, Interviews
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