Giulia Cicoli de Still I Rise : « Nous nous trouvons du bon côté de l’histoire et nous continuons à avancer »

23.06.2020 - Italie - Anna Polo

Cet article est aussi disponible en: Anglais, Espagnol, Italien, Allemand, Grec

Giulia Cicoli de Still I Rise : « Nous nous trouvons du bon côté de l’histoire et nous continuons à avancer »

Cela fait 3 ans que tu vis sur Samos. Comment la situation a-t-elle évolué ?

Malheureusement c’est de pire en pire. Depuis mars 2016, depuis que l’accord a été conclu avec la Turquie, de plus en plus de gens arrivent par la Mer Égée et restent coincés sur les 5 îles grecques de Lesbos, Samos, Chios, Kos et Leros. Ils attendent d’obtenir les documents nécessaires pour continuer leur voyage sur le sol grec continental ou bien de se faire expulser.  Au fur et à mesure, la situation est de plus en plus tendue sur ces îles. Près de 6 000 personnes se trouvent dans un camp à Samos équipé pour 650 personnes. Les places dans les conteneurs d’habitation sont occupées depuis des années. Les nouveaux arrivants doivent soit se procurer une tente, soit se construire un petit abri de bois dans ce qu’on nomme « la jungle », un territoire hors de contrôle qui s’est créé autour du camp. Il n’y a pas de douches, seulement des toilettes chimiques qui n’ont même pas été installées par les autorités, mais par Médecins Sans Frontière.

Sur l’île de Samos, il n’y a qu’un seul bâtiment d’habitation pour les mineurs non accompagnés, ce qui signifie que 250 d’entre eux vivent dans le camp ou dans la « jungle » sans aucune aide. Des femmes seules, enceintes et des enfants sont livrés à eux-mêmes. Il arrive souvent que des femmes accouchent dans le camp. Celles qui ont la chance d’aller à l’hôpital sont très souvent renvoyées dans leur tente avec leur nouveau-né.

Les victimes de violences physiques et sexuelles ne peuvent pas être protégées. Même si l’agresseur est signalé, il n’y a aucun lieu sûr où les victimes peuvent être amenées. Elles vont rester dans le camp, sans aucune protection.

Comment les migrants vivent-ils actuellement ?

Le 8 juin 2020, on dénombrait près de 6 000 personnes sur le camp de Samos, camp dimensionné pour 648 personnes.

Malgré le fait que les fermetures des frontières liées à la COVID-19 aient été levées le 4 mai en Grèce, les lieux de tension sur les îles restent totalement confinés. Sur Samos, il n’a a eu aucun cas de COVID-19 dans la population de l’île ni dans la population du camp. Cela signifie que les quelques aides auparavant déjà limitées sont complètement tombées.

La Grèce a très bien géré la pandémie avec moins de 3 000 cas d’infection et 180 décès recensés dans tout le pays. Par contre, la stratégie du gouvernement pour les camps de réfugiés implique tout simplement de les enfermer dans des endroits où ni les règles de distanciation sociale ni les règles d’hygiène ne peuvent être garanties.

Au moins trois camps sur le continent dans lesquels il y a eu des cas avérés de COVID-19 ont été placés en confinement. Et c’est tout.

Le gouvernement a décidé dès le début que ceux qui avaient obtenu le statut de réfugié depuis plus d’un mois devaient quitter le camps sans avoir droit à l’argent accordé par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés et des fonds européens. Cela signifie que des milliers de gens sans protection ont fini dans la rue car ils n’avaient aucune autre option. En effet, en Grèce le programme d’intégration est minime. En dehors du programme HÉLIOS de l’Organisation Mondiale pour les Migrations difficilement accessible pour des raisons administratives, il n’existe que peu d’ONG en Grèce qui travaillent sérieusement sur l’intégration.

Ainsi les demandeurs d’asile passent souvent de longs mois terribles sur des îles, dans des conditions inhumaines avant d’être emmenés dans d’autres camps sur le continent où les conditions de vie sont meilleures. Ces camps se trouvent souvent dans des endroits reculés où il n’y a pas d’accès aux cours de langue ou à l’école pour les enfants. Après une ou deux années d’attente au beau milieu de nulle part, ils se retrouvent à la rue. Je connais beaucoup d’anciens élèves qui ont eu 18 ans depuis et d’autres adultes dans cette situation.

Peux-tu nous raconter quelques situations dans lesquelles tu t’es retrouvée impliquée ?

Cette année, j’ai vu le meilleur mais aussi le pire de l’humain. Les situations les plus compliquées sont celles qui concernent des mineurs non accompagnés, des enfants qui arrivent ici seuls, sans protection et sans soutien. L’un d’entre eux avait connu un passé très difficile, c’est souvent le cas d’ailleurs, et il a essayé de se suicider après avoir vécu plusieurs mois dans une tente dans la « jungle ». On l’a amené à l’hôpital, on a soigné ses blessures, et on l’a laissé une dizaine de jours sur un matelas avec un sac de couchage sur le sol du commissariat parce que l’on ne disposait pas d’endroit sécurisé pour l’accueillir. C’était l’endroit le plus sûr qu’on lui avait trouvé. Il n’y a pas de psychiatre pour mineurs sur l’île de Samos, on l’a donc emmené sur une autre île pour une journée pour un rendez vous qui a duré 15 minutes. Puis on l’a renvoyé dans son camp, sans soin, sans soutien. Grâce au support d’un groupe d’avocats, nous nous sommes adressés à la Cour Européenne pour les Droits de l’Homme pour exiger un transfert immédiat. Le transfert fut accordé mais a eu lieu seulement un mois et demi plus tard.

Et au milieu de ces tragédies quotidiennes, il y a des moments de joie. La plupart de ces enfants sont intelligents, gentils, pleins d’amour et très altruistes. Deux d’entre eux, D. originaire du Cameroun et O. de Syrie sont restés près d’un an parmi nous et sont devenus des amis. C’était des élèves studieux, ils ont collé des post-its avec des mots en anglais partout sur les murs des habitations et ils les répétaient tous les soirs avant d’aller dormir. Ainsi ils ont pu après peu de temps changer de niveau de cours d’anglais et ils le parlent aujourd’hui couramment. Ils ont tous deux quitté Samos il y a plus d’un an. O. a rejoint l’Allemagne après des mois d’épreuves douloureuses sur les routes des Balkans. Il a sans doute couvert les parois de son placard de mots allemands et il parle aujourd’hui l’allemand mieux que moi. D. est resté en Grèce dans un établissement pour mineurs non accompagnés, il joue au football en tant que professionnel, il parle couramment le grec et il vient finalement d’obtenir ses papiers pour pouvoir séjourner en Grèce.

Nous nous battons pour ces enfants, ils ont déjà beaucoup perdu et sont confrontés très jeunes à des choses inconcevables. Tout ce qu’ils demandent c’est une chance de vivre une vie normale.

Quel est le statut des projets de Still I Rise en Grèce et dans les autres pays ?

Ici à Samos, nous disposons d’un centre pour les jeunes âgés de 12 à 17 ans qui vivent dans le camp. En août, notre centre Mazì qui signifie en grec « ensemble » fêtera ses deux années d’existence. Nous pouvons enfin réouvrir, après trois mois de confinement dû à la COVID-19. Le confinement est levé en Grèce depuis le 4 mai et les enfants sont de retour à l’école depuis le 25 mai, mais le confinement a été prolongé dans les camps sur les îles jusqu’au 21 juin au minimum. En tant que directeur de camps, nous avons dû faire une demande d’autorisation pour que les enfants puissent venir dans notre centre. Heureusement, nous avons reçu cette autorisation.

L’année scolaire est terminée en Turquie, mais les écoles sont toujours fermées en raison de la pandémie. Nous espérons qu’elles rouvriront en septembre. Nous attendons aussi la réouverture en Syrie dans environ un mois, mais cela dépend aussi des travaux de construction. Nous en sommes toujours au stade initial au Kenya. La pandémie a malheureusement remis en cause tous nos plans. Nous suivons nos projets à la semaine et les ajustons.

Qu’est-ce qui t’a poussé à cet engagement ?

L’injustice. Je suis partie de chez moi pour venir à Samos car je n’en pouvais plus de lire, entendre ou voir ce qui se passait avec les gens en Europe. Je n’en pouvais plus de ne rien faire. C’est ainsi qu’est né Mazì, un combat contre l’injustice dans les camps de réfugiés et pour la remise en place des dispositifs pour les droits élémentaires des enfants, au moins.

C’est absurde qu’un passeport, un bout de papier, puisse creuser de tels fossés : d’un côté la compréhension des droits fondamentaux comme on en jouit en Italie, de l’autre un traitement pire que celui reçu par les animaux parce qu’on a la malchance de ne pas posséder le bon passeport.

C’est inacceptable dans une Europe qui s’enorgueillit de sa démocratie, de sa liberté et de ses droits. Je ne pourrai plus jamais profiter de ces droits qui ont toujours été les miens et pour lesquels je n’ai jamais eu à me battre tant que des gens seront traités de manière inhumaine. Nos élèves nous disent souvent que les animaux ont plus de droits qu’eux en Europe. Lorsque tu trouves un chien blessé sous alimenté dans la rue, tu l’emmènes chez le médecin, tu lui cherches un endroit pour vivre. Ce n’est pas le cas pour les réfugiés. C’est tellement absurde.

Qu’est ce qui te donne la force de continuer malgré les difficultés et les injustices ?

Mes élèves savent que je me trouve du bon côté de l’histoire. Malgré les difficultés, les injustices, les situations terribles, je me dis que ce n’est pas ma famille, ni moi qui devons supporter ces difficultés. On ne peut malheureusement pas faire de miracle. Mais le fait d’avoir aider quelqu’un signifie que ta vie est pleine de sens. C’est ainsi que nous continuons à avancer !

A l’exception de quelques prises faites à partir d’un drone, les photos ont été prises par des élèves du Mazì dans le cadre du projet « à travers nos yeux »  https://www.stillirisengo.org/en/projects/exhibition/

 

Traduction de l’allemand, Frédérique Drouet

Catégories: Europe, Interviews, Migrants
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