Histoires de confinement #15. Autopsie de l’essentiel

29.04.2020 - Redaccion Colombia

Cet article est aussi disponible en: Espagnol

Histoires de confinement #15. Autopsie de l’essentiel
(Crédit image : Kari Shea. Unsplash)

Pressenza ouvre ses salles de rédaction à tous ceux qui souhaitent partager leurs histoires et leurs réflexions inspirées de cette période de confinement.

Nous poursuivons cette série avec ce récit envoyé par Luis Carlos Almario, père de famille, amateur d’exercice et de bonne lecture, une activité qu’il considère comme son meilleur allié pour la bonne humeur. Ses relations le considèrent comme un excellent leader, très humain et coopératif. Luis Carlos vit à Bogotá, en Colombie.

Autopsie de l’essentiel, par Luis Carlos Almario G.

Je me souviens d’une phrase que j’ai entendue là-bas au cours des premiers semestres à l’université en 1996, lorsque j’avais les cheveux longs – ce qui est très rare aujourd’hui – et que je portais un pantalon de couleur fait main que ma mère détestait tant, parce qu’il me faisait paraître plutôt hippie à son goût. Je considère que cette phrase prononcée par le professeur d’anthropologie est la synthèse de la situation de confinement dans laquelle nous vivons, fruit de la pandémie mondiale qui a changé nos vies d’un bout à l’autre : « l’important se cache derrière l’insignifiant ».

À partir de là, je voudrais vous dire comment ont été ces 30 jours ou plus d’isolement à la maison, et quelles sont les choses insignifiantes qui revêtent vraiment une valeur personnelle beaucoup plus forte, et que je ne prenais pas en considération auparavant. Par exemple, j’avais pris l’habitude de quitter le bureau et les jours où je n’avais pas de voiture, je marchais 20 à 25 minutes par jour à un bon rythme et à une vitesse qui me faisait transpirer comme si j’étais sous un climat chaud, bien que je sois confronté au froid de Bogotá après six heures de l’après-midi.

L’air de la promenade, le bruit de la ville, les gens que je rencontrais sur le chemin me manquent, la sensation de vie que me donnait chaque battement de mon cœur, qui peut-être était suscitée par peur de l’insécurité propre à la capitale, ou par les expériences de se sentir en bonne santé les jours de faible activité physique. Ce qu’il y a de bien, c’est que j’ai aménagé un espace à la maison pour sauter à la corde, m’accroupir et me relever, soulever des valises pleines de livres, et faire des pompes avec mon fils sur le dos, pour agiter mon cœur et lui rappeler que je suis toujours en vie, confiné, mais plus vivant que jamais.

Il se peut que beaucoup de gens ne soient pas d’accord avec ce que je vais dire, ça a même l’air bizarre quand je l’écris, mais j’ai besoin de travailler au bureau de sortir de la maison et de faire ce voyage de rêve le matin pour assister à des réunions où je dois revoir les indicateurs de gestion, élaborer des plans de travail pour améliorer les performances de l’entreprise, rendre des comptes, demander la même chose à mon équipe, monter et descendre les escaliers pour trouver des personnes qui m’aideront à résoudre les problèmes liés aux processus de l’entreprise, déjeuner dans un autre endroit, « pécher » avec une simple galette ou une crème glacée.

En bref, cette interaction avec le monde qui ne fournit pas les outils de collaboration, ce besoin de contact qu’aucun support virtuel ne nous rendra. La bonne chose est que le travail n’a pas cessé et c’est une bénédiction de pouvoir compter sur lui, car j’ai une famille qui a besoin de ma contribution et de ma productivité. J’ai des sessions virtuelles quotidiennes, sans contact mais très exigeantes, beaucoup plus que celles que j’avais avant d’être confiné chez moi pour suivre sur tous les fronts mon rôle dans l’entreprise où je suis employé.

Je dois être franc:  cette connexion permanente entre le quotidien et le son de toutes les voix avec lesquelles on interagit dans la journée est stupéfiante, il n’y a pas d’appareils auditifs pour atténuer la pollution sonore;  être devant l’écran de l’ordinateur pour assister aux réunions, répondre aux courriels, au chat whatsapp et en plus s’occuper de mon bébé de huit mois pendant que mon fils de cinq ans reçoit ses cours d’école virtuelle avec sa maman, fait ressortir ce côté multitâche que peu d’hommes peuvent faire aussi bien que les femmes.

Je pense que nous n’avons pas été conscients de l’agrément d’être libres, de pouvoir nous déplacer sans restrictions, la méthode de sortir selon le dernier numéro de la carte d’identité, ou toute autre manière de gérer les sorties pour éviter les rassemblements sociaux susceptibles de faire monter en flèche les chiffres épidémiologiques ; nous n’avions pas réalisé combien de kilomètres nous parcourions chaque jour en plein air, que nous avons changé aujourd’hui pour les mètres carrés de notre maison dans un espace que nous ne connaissions pas autant que maintenant et que nous avons passé à nettoyer et à ordonner comme dans un rituel d’initiation à la propreté. Dans ces moments-là, nous vivons vraiment ensemble, nous ne nous voyons pas seulement le matin et le soir, mais nous sommes 24/24H à supporter la mauvaise humeur, la tristesse de certains moments, mais aussi l’opportunité d’être un père et un professeur, une femme au foyer et une source de motivation, un entraîneur personnel ainsi qu’une nounou, et beaucoup de tout cela je ne l’aurais pas vécu jusqu’à satiété sans la pression que nous a donné le COVID.

J’ai pu vérifier l’affirmation de Borges qui disait « Le paradis est une bibliothèque » car j’ai beaucoup lu et cela a été un énorme soulagement dans les heures d’intimité avec moi-même ; J’ai acheté des livres via le web qui arriveront bientôt chez moi et qui passeront par l’accueil chaleureux de l’atomiseur et de la désinfection, car la crainte existe que l’ennemi n’entre à la maison par la fente de la porte. Je reconnais que je souffre du syndrome d’abstinence de lecture, une maladie que j’ai acquise à la maison.

Je voudrais terminer cet article par quelques réflexions générales sur le moment que nous vivons et que d’autres comme moi, ont sûrement découvertes ; mieux utiliser la technologie pour rester en contact avec ceux que nous aimons et qui nous manquent, sélectionner les sources d’information afin de ne pas nous laisser envahir par la panique et l’incertitude, créer de meilleurs espaces de divertissement pour les enfants et les adultes, mettre en place des programmes d’exercices comme des entraîneurs personnels experts pour se sentir en bonne santé, critiquer moins et être beaucoup plus reconnaissants,  prier en famille, en silence ou à haute voix, valoriser le temps et la nourriture, être plus solidaires et comprendre qu’avec peu de choses on peut être heureux, que l’important est à venir et mérite notre attention, que le temps et la vie sont trop courts pour être gaspillés, qu’il faut voyager et en profiter quand on peut le faire en respectant la terre et en prenant soin de la planète. Nous trouverons un monde différent lorsque nous quitterons la maison où, aussi insignifiant que puisse paraître le battement d’un papillon, ce sera toujours un miracle de le voir.

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Vous souhaitez partager votre histoire de confinement ?

  • Comment votre vie a-t-elle changé depuis le début du confinement ?
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  • Comment imaginez-vous l’avenir du monde après le confinement ?

Il y a des expériences qui nous marquent et qui peuvent certainement en inspirer beaucoup d’autres. Nous vous invitons donc à envoyer vos histoires à l’adresse suivante : ricardo.arias@pressenza.com

N’oubliez pas d’envoyer une photo illustrant cette période de confinement.

 

Traduction de l’espagnol, Maryam Domun Sooltangos

Catégories: Amérique du Sud, Santé
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