Etre italien à l’étranger durant la crise du coronavirus

14.03.2020 - Prague, République tchèque - Gerardo Femina

Cet article est aussi disponible en: Anglais, Espagnol, Italien, Allemand

Etre italien à l’étranger durant la crise du coronavirus
Carte de la « Roue du Destin » du jeu de tarot

L’urgence du moment réside sans aucun doute dans la manière dont l’épidémie peut-être arrêtée ou tout du moins ralentie. Ce n’est pas du tout le moment de se concentrer sur des controverses désagréables ou sur des sujets secondaires. Mais il est impossible de se retirer de la tête les pensées et observations qui résultent de cette situation. 

Je vis en République Tchèque et je voyage beaucoup, ce n’est absolument pas agréable d’être vu comme un virus ambulant. Ce n’est pas agréable de prendre un avion en pensant à la possibilité qu’on vous refoule à l’aéroport d’arrivée ou qu’on vous mette en quarantaine. Tout ça parce qu’on est italien. Ce n’est pas agréable de passer devant une école et de lire sur une grosse affiche que tous ceux qui se sont rendus en Italie doivent contacter les autorités. En bref, ils me traitent, moi, un italien civilisé et cultivé, comme un chinois ou un africain ! Chose que nous n’avons jamais vu auparavant ! Il n’y a plus aucun respect ! 

Je me dis que 2000 italiens sur 60 millions sont contaminés. Comment peuvent-ils me voir comme un virus ? Je m’appelle Gerardo et je ne suis pas n’importe quel italien ! Puis je finis par comprendre qu’ils ont peur, et qu’ils doivent identifier le porteur de maladie, l’ennemi étranger contre lequel ils doivent se défendre. Tout comme les italiens le font avec les chinois ou les asiatiques. De chaque côté, on tait ce qu’on pense de l’étranger. L’autre, qu’il soit chinois ou autre, n’est plus une personne avec un nom, mais un membre d’un groupe dangereux, et étant membre de ce groupe, il est lui aussi dangereux. Aujourd’hui, moi, l’italien, je suis l’élément dangereux ! J’en étais déjà conscient, mais le vivre vraiment est une chose bien différente.

Il est vrai qu’en tant qu’italien, je suis plus chanceux que d’autres. J’espère que ça ne se voit pas, surtout lorsque je tousse dans le tram. On ne peut pas me confondre avec un norvégien, mais on peut me confondre avec un espagnol ou un français. Mais quelle chance a une personne de couleur en Italie, quand on ne sait pas reconnaître à quel dangereux groupe il peut appartenir ?

Comme nous sommes arrogants et vaniteux, nous les italiens ! nous avons ce sentiment de faire partie des gens les plus civilisés au monde, et nous nous permettons d’émettre des jugements sur d’autres civilisations que nous ne connaissons même pas. Mais nous apprenons que les choses peuvent changer très vite et que Sentir et Être n’est qu’une question de place, de point de vue ou de temps. Les choses évoluent rapidement. Et comme la carte de la  « Roue du Destin » du jeu de tarot nous l’enseigne, ceux qui aujourd’hui se sentent gagnants peuvent demain se retrouver dans un océan de malchances. 

Avant de juger une personne qui peut être l’italien qui vit à côté de chez moi, ou bien une personne qui a les yeux en amande ou la peau brune, avant de l’isoler ou de la considérer comme source anonyme de danger, je devrais prendre conscience que cette personne pourrait être moi…

Espérons que ce maudit virus nous serve à éveiller l’intelligence, la solidarité et des caractéristiques essentielles qui sont toutes utiles pour ne pas se sentir trop pauvre intérieurement.

 

Traduction de l’allemand, Frédérique Drouet

Catégories: Diversité, Europe, Opinion
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