Pas de crainte pour l’avenir

25.02.2020 - Madrid, Espagne. - ATTAC Madrid

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Pas de crainte pour l’avenir
(Crédit image : Alejandro Rodríguez)

Par Paco Cantero*

Nous sommes entrés dans une nouvelle décennie qui marquera une période décisive de l’histoire du monde, avec de nouveaux paradigmes et des changements sociaux que nous n’aurions jamais imaginés.

Nous venons d’entrer dans une nouvelle année et une nouvelle décennie. Une décennie qui marquera peut-être une période décisive dans l’histoire du monde, car tout indique que les tendances qui se sont développées ces dernières années s’accéléreront et atteindront bientôt un tournant, créant de nouveaux paradigmes et des changements sociaux tels que nous n’aurions jamais pu l’imaginer.

Mais, tout d’abord, il est important de réfléchir à certaines questions clés que nous devrons aborder dans les années à venir :

1. On observe que la culture de l’Est est en plein essor, le monde change, mais l’Ouest s’accroche à une vision unipolaire désuète du monde. La reconnaissance de ce fait aidera à identifier les tendances et les cycles importants qui sont susceptibles de se matérialiser dans un avenir proche.

Soudain, on nous présente une autre vision de la réalité qui présente une version différente de l’histoire des dernières décennies. Notre système économique semble profiter à quelques personnes qui ont le contrôle de la politique. Les entreprises et l’artisanat locaux, l’économie réelle, ont cédé la place à des multinationales privilégiées et au monde financier (qui menace et affaiblit les États-nations), le monde des exonérations et des paradis fiscaux.

Nous verrons comment la Chine, la Russie et l’Asie remplaceront l’hégémonie états-unienne, non pas par une autre hégémonie, mais par une coalition souple d’États qui défendent des valeurs et des modèles de civilisation différents avec d’autres perspectives économiques.

L’Occident devra commencer à comprendre que les idées des Lumières, les concepts de liberté, de démocratie et de droits humains ne sont pas affectés par le développement du reste du monde, mais par la stratification d’une société minée par des concepts monétaires et néo-libéraux qui ont vidé ses idéaux.

2. Le monde connaît un changement politique majeur qui a conduit à une augmentation rapide de la polarisation, les opinions et les croyances entrant en conflit. Les populations frustrées par l’incapacité de leurs dirigeants à créer un monde plus juste descendent dans la rue pour présenter leurs revendications sous des formes nouvelles que les hommes politiques n’ont pas encore comprises, car elles reposent sur une organisation horizontale sans dirigeants, comme nous l’avons vu récemment en Catalogne ou à Hong Kong.

L’inégalité et la mondialisation alimentent un mouvement populiste qui risque de se développer si les promesses des gouvernements ne sont pas tenues. Le danger énorme que nous courons avec cette situation est la tentation pour les gouvernements d’imposer un système totalitaire qui contrôle toutes les facettes de la vie des gens et met en place des modèles de « crédit social » qui restreignent la liberté des gens.

3. Les banques centrales inondent le monde de monnaie « fiat » par le biais de ce qu’on appelle « l’assouplissement quantitatif » dans le but de maintenir l’économie en mouvement, mais cela ne fonctionne manifestement pas.

[N.d.T. Trois systèmes monétaires ont existé au cours de l’histoire. La monnaie basée sur des métaux précieux (or, argent surtout), la monnaie de papier basée sur des commodités (or surtout) et la monnaie fiat (ou monnaie fiduciaire), basée uniquement sur la crédibilité du gouvernement qui l’émet. Le système monétaire contemporain en est un basé sur la monnaie fiat. Cf. La Monnaie Fiat, J.F. Beaulieu]

Le système financier mondial a été transformé en une expérience contrôlée par des forces ploutocratiques qui n’ont réussi qu’à accroître les inégalités, à favoriser grandement les plus riches et à créer une bulle d’actifs fictive, dont nous paierons tous les conséquences. Il est donc urgent de s’attaquer à un nouveau système monétaire qui donne la priorité aux besoins de la majorité sociale.

4. En ce qui concerne le changement climatique et le réchauffement de la planète, nous sommes dans une situation d’urgence car tous les indicateurs se dégradent. Il existe aujourd’hui un grand mouvement visant à remplacer les combustibles fossiles par des énergies renouvelables, mais malheureusement, peu de ceux qui en parlent considèrent la réduction des déchets solides, en raison de leur relation avec la production et la consommation, comme un élément clé de la réponse à apporter.

L’obsession d’augmenter le PIB nous empêche d’améliorer nos vies, bien au contraire, car il a été prouvé qu’elle est massivement destructrice pour notre planète. Il est essentiel de changer nos habitudes de vie et de préserver nos ressources naturelles pour notre bien en tant qu’espèce et pour le bien de la planète.

5. La technologie et l’intelligence artificielle ont progressé à des niveaux inimaginables il y a quelques décennies, suscitant de nombreuses craintes quant à l’impact qu’elles auront sur les nouveaux modèles de production et de distribution, ainsi que sur le monde du travail et de l’emploi.

Sur ce point, on a beaucoup discuté ces dernières années de la part de l’économie qui commence à être transformée par la combinaison des télécommunications (5G) et l’intelligence artificielle (IA). Cela signifiera le remplacement d’un grand nombre d’emplois de toutes sortes par de nouveaux systèmes technologiques, avec l’augmentation des inégalités que cela implique. Selon l’OCDE (Organisation de la coopération et de développement économiques), on estime qu’un peu moins de 10 % des emplois existants présentent un risque élevé d’automatisation, alors que d’autres études évaluent ce risque à 40 %.

Ce qui est vraiment important, ce ne sont pas les emplois qui sont détruits, mais combien seront créés, et à ce sujet, il y a une énorme manque d’information. Ce dont nous sommes sûrs, c’est que ces nouveaux emplois nécessiteront un niveau technologique élevé qui pourrait accentuer la polarisation de l’emploi vers une plus grande inégalité économique, en particulier dans la phase de transition.

Les emplois qui sont susceptibles de disparaître seront ceux qui impliquent des qualités routinières et répétitives et qui impliquent l’exécution répétée de tâches standardisées, telles que les emplois manuels simples et les emplois de bureau basés sur des processus.

D’autre part, les emplois à faible risque d’automatisation sont ceux qui exigent de la dextérité et de la manipulation manuelles, ceux qui requièrent du jugement ou de la créativité humaine et tout travail qui implique une interaction humaine, car les gens auront toujours soif de contact humain.

Une des réactions qui est ressortie face à ces prévisions a été la panique. La crainte est que les emplois ne soient pas accessibles à tous, ou qu’ils ne soient pas suffisants pour les personnes qui cherchent et ont besoin d’un travail rémunéré.

Une réaction positive à ce défi est de le considérer comme la voie vers une reconstruction radicale de tout le système économique, et un mouvement au-delà du capitalisme vers un autre type d’ordre économique. Il est nécessaire d’établir une déconnexion totale entre l’emploi et l’obtention de ressources comme seule alternative, pour cela il est nécessaire qu’elle soit comprise par les gouvernements et qu’ils mettent en place le revenu de base universel qui garantit l’existence matérielle de toutes les personnes.

Le revenu de base universel favorisera un autre modèle productif qui renforce la coopération, la créativité et l’innovation, l’écologie, le développement de projets individuels et collectifs, démantelant ainsi le besoin d’accès aux moyens de subsistance par l’emploi, et où le capital intellectuel est le moteur et le plus valorisé. La richesse ne résidera plus dans le capital physique, mais dans l’imagination et la créativité humaines.

Par conséquent, nous ne devrions pas parler d’un remplacement du travail humain, mais de sa libération pour faire de nouvelles choses. Il y a de l’espoir à l’horizon.

* Coordinateur de l’Observatoire du futur alternatif d’Attac Madrid.

 

Traduction de Maryam Domun Sooltangos

Catégories: Economie, International, Opinion
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