Parallèlement aux tentatives de résistance aux vagues de migration produites par les guerres, la pauvreté et le changement climatique l’humanité a été à la recherche du premier et du seul humain moderne une « Ève Mitochondriale » dont nous sommes tous les descendants. Mais la grande surprise a été que, s’il ne fait aucun doute que les humains ont évolué à l’origine en Afrique, l’analyse génétique montre plutôt des groupes qui se sont séparés pour différentes raisons, ont évolué génétiquement et culturellement dans des directions différentes, puis se sont retrouvés ensemble en mélangeant à la fois le matériel génétique et les compétences nouvellement acquises. Les ancêtres communs des humains modernes ont vécu beaucoup plus tôt qu’on ne le pensait, et la science laisse la porte ouverte à des découvertes encore plus anciennes, comme le montre le dossier des fossiles qui donne une vision incomplète.

Par exemple, une découverte au Maroc en 2017 a mis en doute l’idée que les hommes modernes étaient originaires d’Afrique de l’Est. Ces os étaient nettement plus anciens que tous ceux jamais découverts.

Les chercheurs ont déterminé que les os déterrés dans la région du Djebel Irhoud au Maroc ont 315 000 ans – environ 100 000 de plus que les os considérés auparavant comme les plus anciens fossiles humains modernes. (Ces fossiles, trouvés en Éthiopie, dataient d’environ 196 000 ans.)

Les restes ont également été trouvés dans une autre partie de l’Afrique d’où proviennent la plupart des autres ossements humains anciens : L’Afrique du Nord au lieu de l’Afrique de l’Est. Cela suggère que nos premiers ancêtres n’ont peut-être pas vécu dans une seule partie du continent.

« Il n’y a pas de jardin d’Eden en Afrique, ou s’il y en a un, c’est toute l’Afrique », a déclaré à l’époque l’anthropologue Jean-Jacques Hublin, qui a dirigé l’expédition au Maroc.

Silo a décrit des systèmes évolutifs qui passent par des étapes de différenciation, de complémentation et de synthèse, avant de passer à une nouvelle différenciation. Il semble que nous en ayons ici un assez bon exemple.

En outre, l’analyse génétique a révélé que les ancêtres de l’homme moderne se sont mélangés à au moins cinq groupes humains primitifs différents lorsqu’ils ont quitté l’Afrique et sont passés en Eurasie.

Selon le Dr João Teixeira, associé de recherche de l’Australian Research Council, ACAD dans Science Daily :

« Si deux des groupes archaïques sont actuellement connus – les Néandertaliens et leur groupe frère les Denisoviens d’Asie – les autres restent sans nom et n’ont été détectés que sous forme de traces d’ADN survivant dans différentes populations modernes. L’Asie du Sud – Est insulaire semble avoir été un foyer particulier de diversité. »

Il y a eu un saut dans l’évolution de ces premiers humains, peut-être accéléré par la fusion des groupes hominidés/humains divergents et l’exposition à différents environnements par le biais de la migration. Apprendre à utiliser le feu a déclenché la révolution technologique en transformant les matériaux de la nature, tels que l’argile, le minerai et le sable, en d’autres matériaux aux propriétés différentes, tels que la céramique, les métaux et le verre. Dans le même temps, une révolution de la conscience se produisait qui changeait toute la société par la communication collective, à commencer par les représentations picturales qui ont finalement conduit aux bases du langage écrit, montrant l’évidence de l’évolution de la pensée abstraite couplée à des processus mentaux allégoriques, qui semblent avoir également favorisé le développement d’une impulsion spirituelle. Ainsi, l’être humain n’a plus grandi essentiellement dans un environnement naturel, mais plutôt dans un environnement culturel, c’est-à-dire historico-social. Cette évolution s’est accélérée au-delà de tout ce qui avait été vu dans la nature auparavant. L’étincelle initiale de l’intentionnalité, la capacité de structurer le monde et de penser de manière intentionnelle, s’est développée et a continué à agir depuis les profondeurs de la conscience humaine, poussant l’espèce vers des réalisations et des transformations sans limites, ébauchant les premières questions sur le sens. Et cela nous amène à aujourd’hui.

L’humanité 2.0 approche

Là encore, comme nos ancêtres, nous sommes répartis sur de vastes zones géographiques, divisées en nations, races, groupes ethniques et corporations, toutes en concurrence pour les ressources. Deux tendances opposées servent de toile de fond aux relations humaines actuelles. D’une part, les idéologies nationalistes, racistes, suprémacistes blanches et anti-immigrés, avec leurs nombreux niveaux allant des leaders alarmistes populistes de droite, jusqu’aux néo-nazis ouvertement actifs. D’autre part, nous avons les progressistes, qui accueillent la diversité et l’immigration, qui promeuvent la solidarité, les droits humains, l’égalité, la protection de l’environnement, et qui cherchent un nouveau système économique loin du néolibéralisme capitaliste destructeur, et au milieu toutes les nuances et combinaisons possibles. La polarisation s’accroît au moment des élections et d’autres crises politiques grâce à la rhétorique des dirigeants avides de pouvoir, et s’adoucit lors des événements qui rassemblent les gens.

Mais la recherche profonde de sens, de ce qui nous aide à donner un sens à notre propre existence, se poursuit à travers les hauts et les bas des événements extérieurs, de la violence, des dirigeants absurdes et de notre petite place apparemment incompréhensible dans l’Univers.

L’humanité se prépare ainsi à son prochain saut évolutif qui aura probablement lieu lorsque tous les humains seront connectés, et que personne ne sera laissé à l’écart de la vague d’inspiration qui a secoué nos ancêtres et allumé l’étincelle d’intentionnalité dans leur psychisme, il y a quelque 300 000 ans.

Nous ne savons pas quand cela arrivera, mais nous pouvons voir comment l’horreur de la violence n’a entraîné que certains acteurs, ceux qui déshumanisent les autres, et imposent des conditions draconiennes, fonctionnant souvent comme des « éveilleurs ». Mais les pousses vertes d’une nouvelle sensibilité sont visibles partout, dans la nouvelle pensée politique, dans les mouvements de jeunesse, dans une nouvelle spiritualité basée sur l’expérience plutôt que sur la croyance et loin du dogme des anciennes religions, dans une recherche de sens à la vie.

Il y a quelques jours, Pressenza a publié une présentation détaillée sur la psychologie du nouvel humanisme de Victor Piccininni. Il déclare que « … Ce processus ne s’arrête pas, et c’est peut-être en 1945, avec les développements de Victor Frankl, créateur de la logothérapie, qu’il trouve sa plus importante dimension. Dans son œuvre, Frankl met en évidence la dimension spirituelle de l’être humain et souligne que le manque de « sens » est la principale racine de la souffrance humaine. Cette « psychothérapie du sens de la vie » est basée sur une conscience active en quête de sens. »

Coïncidence (ou pas ?), le sujet est apparu dans différentes publications sans rapport avec le sujet.

Steve Taylor, professeur de psychologie à l’université de Leeds Beckett, écrivant pour The Conversation, déclare que « la vie humaine n’est pas un espace vide de sens entre la naissance et la mort, passé à essayer de nous amuser, et à oublier notre situation. Je crois que la vie humaine et le monde signifient beaucoup plus que cela. Et ce n’est pas parce que je suis religieux – je ne le suis pas ».

« En revanche, mon point de vue est fondé sur les recherches scientifiques que j’ai menées au cours des dix dernières années auprès de personnes qui ont vécu ce que j’appelle des « expériences de transformation induites par la souffrance ».

« Ces expériences comprennent le fait d’être diagnostiqué comme atteint d’un cancer en phase terminale, ou de faire son deuil, ou de devenir gravement handicapé, ou de tout perdre à cause d’une addiction, ou de côtoyer la mort au combat ».

« Ce que tous ces gens avaient en commun, c’est qu’après avoir souffert intensément, ils avaient le sentiment de s’être « réveillés ». Ils ont cessé de prendre la vie, le monde, et les autres pour acquis, et ont découvert un énorme sentiment d’appréciation pour tout ».

« Ils ont parlé du sens de la préciosité de la vie, de leur propre corps, des autres personnes dans leur vie, de la beauté et de la merveille de la nature. Ils ont ressenti un nouveau sentiment de connexion avec les autres, le monde naturel et l’univers. »

« Ils sont devenus moins matérialistes et plus altruistes. Les possessions et l’avancement professionnel sont devenus insignifiants tandis que l’amour, la créativité et l’altruisme sont devenus beaucoup plus importants. Ils se sentaient intensément vivants ».

Dans ce cas, les éveilleurs n’étaient pas des politiciens sociopathes détestables, mais une souffrance personnelle. En effet, il est très intéressant de découvrir que les crises peuvent conduire à de nouvelles significations, mais nous devons également veiller à ne pas exalter la souffrance en soi, et à la promouvoir comme quelque chose de bon pour l’âme que nous devrions rechercher même lorsque les choses vont bien.

Une autre perspective sur la question du sens vient d’une étude publiée par Science Daily qui examine le sens de la vie et sa relation avec le fonctionnement physique, mental et cognitif : « Au cours des trois dernières décennies, le sens de la vie est apparu comme une question importante dans la recherche médicale, en particulier dans le contexte du vieillissement de la population. Une étude récente menée par des chercheurs de la faculté de médecine de l’université de Californie à San Diego, a révélé que la présence et la recherche d’un sens à la vie sont importantes pour la santé et le bien-être, bien que les relations soient différentes chez les adultes plus jeunes et ceux âgés de 60 ans. »

« Beaucoup pensent au sens et au but de la vie d’un point de vue philosophique, mais le sens de la vie est associé à une meilleure santé, au bien-être et peut-être à la longévité », a déclaré l’auteur principal Dilip V. Jeste, MD, doyen associé principal du Centre pour le vieillissement en bonne santé, et professeur émérite de psychiatrie et de neurosciences à la faculté de médecine de l’Université de Californie à San Diego. « Ceux qui ont donné un sens à la vie sont plus heureux et plus sains que ceux qui ne l’ont pas fait ».

« …Les résultats ont également montré que la présence d’un sens à la vie présentait une relation en forme de U inversé, tandis qu’avec l’âge, la recherche d’un sens à la vie présentait une relation en forme de U. Les chercheurs ont constaté que l’âge de 60 ans est le moment où la présence d’un sens à la vie atteint son apogée, alors que la recherche de ce sens à la vie est au plus bas.

« Quand on est jeune, dans la vingtaine, on n’est pas sûr de sa carrière, de son – ou sa – partenaire de vie, et de ce qu’on est en tant que personne. On cherche le sens de la vie », a déclaré M. Jeste. « A mesure que l’on approche de la trentaine, de la quarantaine et de la cinquantaine, on a des relations plus établies, on est peut-être marié on a une famille et on est établi dans une carrière. La recherche diminue et le sens de la vie augmente. »

« Après 60 ans, les choses commencent à changer. Les gens prennent leur retraite et ébauchent la perte de leur identité. Ils développent des problèmes de santé, et certains de leurs amis et membres de leur famille viennent à décéder. Ils se remettent à chercher un sens à la vie parce que le sens qu’ils en avaient autrefois a changé ».

Bien qu’il soit extrêmement important de montrer le lien entre sens et santé, dans ce cas, les chercheurs ont assimilé le sens de la vie à ce que la Psychologie du Nouvel Humanisme a décrit comme des « sens provisoires » : des personnes, des objets, des emplois, qui peuvent être temporaires, éphémères. Selon les mots du vieux dicton soufi, nous ne possédons que ce que nous ne pouvons pas perdre dans un naufrage. La présence d’un sens plus profond et plus permanent guide une recherche différente qui s’ouvre à d’autres régions de la conscience humaine.

Kenan Malik pour The Observer fait des comparaisons entre le grand chrétien du 17ème siècle John Milton « Le paradis perdu » et son homologue bien moins sacré du 20ème siècle, Philip Pullman et son œuvre « La matière noire ». Il conclut que : « L’argumentation raisonnée et la clarté sont une partie indispensable de notre quête de connaissances. Les histoires et leurs ambiguïtés le sont aussi. Elles sont une célébration de la capacité humaine à trouver un sens et une reconnaissance au fait que le sens n’est pas quelque chose qui se découvre mais que les humains créent. D’Adam et Eve à Lyre et Will*, c’est cette recherche de sens qui enchante, excite, émeut et inspire ».

Ce qui manque peut-être dans ce pot-pourri de points de vue sur le sens et la manière de l’obtenir – compréhensible dans notre société individualiste – est que le sens est lié au sentiment d’unité et de cohérence internes qui naît de l’aide apportée aux autres. De nombreuses célébrités, à leur propre surprise, ont découvert le sens de l’empathie et le développement d’actes de solidarité envers les autres, ce dont les gens ordinaires sont beaucoup plus conscients.

Malgré les efforts des forces anti-migratoires, l’humanité est à nouveau en train de se mélanger, s’unissant avec sa nouvelle complexité et ses différentes voies pour répondre aux grands questionnements. Il y a eu une longue période de différenciation et une nouvelle complémentation est en cours. Cette convergence de la diversité est à l’origine du nouveau bond que nous sommes sur le point de faire, quelle que soit la solidité du système déshumanisant qui semble dépourvu de sens.

* Leurs personnages de « La matière noire ».

 

Traduction de l’espagnol, Ginette Baudelet