Entretien avec Juan Branco : l’Union Européenne accusée de crime contre l’humanité

04.12.2019 - Rédaction Bordeaux

Entretien avec Juan Branco : l’Union Européenne accusée de crime contre l’humanité
(Crédit image : Pressenza)

Quelle est la responsabilité de l’Union Européenne dans les tragédies dont sont victimes, en Méditerranée, ceux qui fuient les guerres et la misère ? Juan Branco est acteur dans le dépôt de plainte à la Cour Pénale Internationale contre l’Union Européenne. Pressenza l’a interviewé au Forum Resistances qui s’est tenu à Lisbonne du 15 au 17 novembre 2019.

Vidéo Xavier Foreau

Juan Branco : On a déposé une plainte à la Cour Pénale Internationale pour crime contre l’humanité commis par les dirigeants de l’Union Européenne sur les migrants, ceux qu’on appelle les migrants, ce qui est une catégorie déjà en soi intéressante parce que cela permet de réduire des gens qui ont des origines très diverses, des objectifs très divers, des parcours de vie très différents, on les met dans un bloc, et après évidemment qu’est-ce qu’on fait ? On réifie ce bloc, et cela nous permet d’accroître le niveau de violence politique à leur égard.

On a vu ce dispositif se mettre en place après la crise de 2008, parce qu’il fallait des boucs émissaires à cette crise. Évidemment, comme on ne s’attaquait pas aux banquiers, aux politiciens, on a décidé de faire quoi ? De s’attaquer aux plus fragiles de la société, ceux qui étaient à côté de nous, les personnes qui fuyaient la guerre, qui fuyaient des situations économiques provoquées par ces mêmes individus qui ne sont jamais allés en prisons, qui n’ont jamais été détenus.

Ces personnes là, extrêmement vulnérables, on les a désignées comme responsables, parce qu’ils « semblaient » différents des autres citoyens, de façon à ce que la « rage » de la citoyenneté, qui aurait dû se diriger vers le haut, se dirige vers le bas, et s’applique avec violence. Or, ce qui s’est passé, c’est que ces sociétés sont très matures, en Europe, il n’y a pas eu d’actes de violence généralisés contre des personnes qui avaient une couleur de peau différente, ou autre.

Ce qui s’est passé, par contre, évidemment, c’est que les hommes politiques en ont remis une couche en mettant en place une politique systématique et organisée visant à faire mourir ces individus afin de dissuader d’autres personnes d’essayer de traverser la Méditerranée. Il y a eu a minima 14 000 morts du fait de cette politique menée. En fait, il y a probablement 50 000 personnes qui sont mortes pendant cette période.

Ce que nous avons fait après trois ans d’enquêtes, 250 pages de travail extrêmement précis, c’est démontrer comment il y a une conscience dès le départ que les décisions qui étaient prises à ce moment-là allaient provoquer ces conséquences, et que cette violence allait se déchaîner sur ces individus, et que cette violence était nourrie volontairement pour permettre aux hommes politiques d’échapper à leur responsabilité.

La communication a été déposée auprès de la Cour Pénale Internationale qui est en charge de la lutte et de la répression contre les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre. C’est une institution qui est plus habituée à travailler en Afrique contre des petits miliciens qui ne mettent en danger aucun des puissants de ce monde. Donc c’est évidemment un défi qu’on s’est fixé à nous-même assez important, qui va mettre en relief la réalité de la capacité d’action de cette Cour, ou non.

On est en attente d’une réponse du bureau du procureur qui doit intervenir début décembre, une première réponse pour dire à quelle étape on en est de l’étude de notre plainte.

Pressenza : C’est la Cour Pénale Internationale qui doit juger l’ « Europe » ?

Juan Branco : Théoriquement, c’est la Cour Pénale Internationale qui doit juger leurs camarades de Bruxelles, Paris, Berlin, Rome, sur les actes qu’ils ont commis. Alors évidemment c’est toujours plus difficile de poursuivre et de juger des personnes avec qui vous prenez des cocktails le vendredi soir que d’autres personnes qui sont à 10 000 km de chez vous, mais on a bon espoir que cette institution serve à quelque chose et qu’elle soit capable de s’attaquer aux plus puissants, et pas seulement aux débris de la mondialisation.

Pressenza : Quelles sont les réactions des différentes capitales par rapport à cette  plainte?

Juan Branco : Il y a eu des réactions extraordinaires, de toute l’Europe, la Commission Européenne qui a dit qu’ils avaient commis des erreurs, mais que ce n’était pas volontaire. On se demande comment on commet des erreurs successivement qui provoquent la mort de 15 000 personnes pendant 5 ans sans que personne au monde ne se dise : Il y a peut-être un problème quelque part qu’il faudrait corriger. Parce que ces politiques n’ont pas évolué.

Il y a évidemment un déni absolu de la part de la France, qui est spécialiste dans ce domaine. Le ministère des Affaires Etrangères français a dit que c’est complètement absurde, l’Espagne a essayé de se dédouaner en prétendant que ce n’est pas tout à fait ça, on a été auditionnés au Bundestag, au parlement espagnol, le parlement anglais a débattu notre plainte, il y a un véritable mouvement d’inquiétude à Bruxelles selon ce qu’on nous dit, quant aux conséquences que pourrait avoir notre démarche, parce que les gens se rendent compte pour la première fois qu’ils peuvent aller en prison s’ils prennent des décisions politiques qui visent à servir leurs intérêts au détriment des vies de milliers de personnes.

 

Nous tenons à remercier M Juan Branco pour sa disponibilité.

Catégories: International, Interviews, Migrants, Video
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