Edward Snowden : Est-ce que l’homme change ?

15.10.2019 - Athènes, Grèce - Olga Pateraki

Cet article est aussi disponible en: Espagnol, Grec

Edward Snowden : Est-ce que l’homme change ?
Edward Snowden « Mémoires vives » (Crédit image : Pressenza Athens)

« Je m’appelle Edward Joseph Snowden. Avant, je travaillais pour le gouvernement. Désormais je travaille pour les gens. » Extrait du livre « Mémoires vives » [en anglais il est publié sous le titre ‘Permanent Record’].

La chronique

Été 2013.  Un Américain de 29 ans travaillant pour le NSA, le service de sécurité nationale des États-Unis, nous a révélé que le gouvernement américain était non seulement capable de surveiller massivement les citoyens, mais qu’il le faisait déjà.

À travers une série de publications, d’abord dans le Washington Post et The Guardian, puis dans toutes les agences de presse internationales, nous avons appris le fonctionnement du système de surveillance massive des États-Unis et de leurs alliés, en collaborant pour cette surveillance avec de grandes entreprises de technologie, Google, Facebook, Yahoo, etc. avec des fournisseurs de télécommunications. Nous avons aussi appris la dissimulation de cette surveillance, une violation flagrante des libertés individuelles et de la Constitution des États-Unis. Bien que cette possibilité ait pu être envisagée par beaucoup, la science-fiction étant souvent en avance sur le monde, la confirmation de la surveillance massive a certainement été un choc pour le monde entier.

Snowden a fait ces révélations depuis Hong Kong pour éviter une arrestation aux États-Unis et après avoir été recherché par le gouvernement américain, il est parti pour l’Équateur. En arrivant à Moscou, qui était son escale pour l’Équateur, il a été pris au piège lorsque le gouvernement étasunien a annulé son passeport, l’empêchant ainsi de voyager. Enfin, le gouvernement russe lui a accordé l’asile temporaire et c’est là qu’il se trouve depuis lors. S’il retourne aux États-Unis, il est sûr d’un emprisonnement de longue durée. Dans son malheur bien sûr, Snowden fut finalement chanceux, du moins jusqu’à présent. Après l’élection du président Lenín Moreno, l’Équateur ne serait certainement pas un pays sûr pour ne pas être extradé aux États-Unis. Julian Assange, le fondateur de Wikileaks, a estimé que c’était mieux parce qu’il avait obtenu la citoyenneté équatorienne et obtenu l’asile à l’ambassade de l’Équateur à Londres sous la présidence de Rafael Correa, mais il est actuellement à la prison de Belmarsh.

Dans les années qui ont suivi, les révélations de Snowden, ainsi que son histoire, deviennent un documentaire de Laura Poitras, Citizenfour, et un film d’Oliver Stone, Snowden. Bien qu’elle révèle l’un des plus gros scandales de l’ère numérique moderne aux États-Unis, en 2015 l’émission satirique  «Last Week Tonight with John Oliver», demandant aux Américains dans la rue s’ils connaissaient Snowden, la majorité a répondu qu’ils ne savaient pas qui il était ni ce qu’il avait fait. Mais interrogés sur leurs photos de nudité, ils ont répondu qu’ils souhaitaient définitivement mettre fin à un programme gouvernemental susceptible de les voler. Bien sûr, c’est le programme que Snowden a révélé avec des mots simples.

Permanent Record / Mémoires vives

Il y a quelques semaines [N.d.T. 17 septembre 2019], presque six ans après sa révélation, Snowden a publié un livre qui est une sorte d’autobiographie, mais aussi un manifeste de l’Internet libre et de la vie privée en tant que droit humain. Peut-être le plus intéressant dans les descriptions de son livre, en plus du fonctionnement du système de surveillance de masse et de sa découverte, est le changement d’un homme et l’espionnage des services secrets, ce qui a techniquement contribué à faire connaître la surveillance de masse mondiale, à ce qu’il devienne un lanceur d’alerte d’intérêt public et un défenseur de l’Internet libre. Le livre n’est pas un repentir farouche qui attend la rémission des péchés, mais une compréhension des mécanismes de notre environnement qui nous façonnent et le fait que nous en sommes complètement dépendants. Mais certains réussissent finalement et transcendent ce « paysage » avec une intention différente, une destination qui va vers les autres. Après tout, Snowden nous dit au début de son livre qu’il a décidé de travailler pour le citoyen. Et ainsi, à travers l’intention, les transformations ont lieu.

Dans un monde où la spécialisation se développe et où les organisations privées et publiques gagnent en popularité, il est difficile, voire presque impossible, pour les employés de connaître la gamme complète de leurs emplois et leur impact. La spécialisation nous permet certes de nous améliorer continuellement et d’être plus efficaces dans notre travail, mais elle nous oblige aussi inévitablement à regarder l’arbre, pas la forêt. Les révélations de Snowden étaient telles qu’il était impossible à un simple agent de renseignement, dans son quotidien, de se faire une idée globale de ce que cela signifiait. « Pour retrouver même une fraction de toute cette illégalité, il fallait la rechercher. Et pour la rechercher, vous deviez savoir que cela se passait. »

Les questions soulevées dans le livre de Snowden vont au-delà des révélations elles-mêmes et de la violation de la vie privée. Comment voyons-nous et comment comprenons-nous clairement le système dont nous faisons partie ? Si la technologie nous permet de faire quoi que ce soit, cela signifie-t-il que nous devons le faire ? Quel type d’ internet voulons-nous et quelle communication ? La responsabilité de chacun ne concerne-t-elle pas uniquement la responsabilité pour laquelle il s’est engagé ? Quelle intention nous dirige dans nos vies ? Et enfin, quelles actions sommes-nous prêts à prendre pour tout cela ?

Le lecteur de ce livre doit méditer sur ces questions et leurs réponses ne sont certainement pas faciles. L’angoisse de ruiner sa vie aux États-Unis a forcé Snowden à trouver ses propres réponses très tôt. Une protection juridique des lanceurs d’alerte d’intérêt public serait un bon début pour éviter que ces questions soient des questions de vie ou de mort.

Fait amusant – Après la publication du livre, le gouvernement américain a poursuivi l’éditeur en justice pour l’avoir publié sans permettre à la CIA et à la NSA de supprimer les détails qu’ils considéraient comme des informations classifiées et qui révélaient bien sûr leurs crimes.

Le livre est publié en grec sous le titre « The Big Folder » par Psychogios. [N.d.T. En français il est publié sous le titre ‘Mémoires vives’]

Catégories: Droits humains, International, Opinion
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