Après avoir mis fin à l’état d’urgence et retiré l’armée des rues, Piñera a fait ce lundi 28 octobre à midi un changement de cabinet qui ne signifie rien pour la plupart des citoyens.

Selon l’opinion du député humaniste Tomás Hirsch, « une fois de plus, le changement de cabinet nous montre que nous sommes devant un Président qui ne comprend pas la dimension de la demande sociale. Ce que nous avons vu, c’est un affrontement entre ministres, sous-secrétaires, chefs de cabinet et conseillers. Mais il n’y a pas de nouvelle proposition derrière ce changement, pas de changement dans la ligne que prend le gouvernement, dans le programme gouvernemental. C’est ce qui est fondamental, plus que les noms des ministres », dit-il.

« De quoi parlons-nous ? Il n’y a là pas de changement fondamental. Je crois que cela va engendrer plus de colère parmi les citoyens, plus de mécontentement, plus de mobilisation tout à fait justifiée. En ce qui nous concerne, nous allons par ailleurs continuer à mettre en œuvre tout ce qui est nécessaire pour enquêter sur les violations très graves des droits de l’homme qui ont été commises ces jours-ci et ces dernières semaines, et pour ce faire, nous sommes déjà en train de suivre toutes les procédures en vue de l’accusation constitutionnelle du Président Piñera, » a déclaré Hirsch sitôt après que le changement de cabinet ait eu lieu.

Et il ne s’est pas trompé puisque cet après-midi a été l’un des jours les plus violents, avec les carabiniers qui ont déclenché une répression brutale dans les villes de Santiago, Valparaíso et Concepción, au moins.

Voici les photos de Valparaíso de Marcela Contardo :

Pour sa part, le président du Conseil National pour la Défense du Patrimoine Halieutique (CONDEPP), Hernán Cortés, a critiqué le fait que malgré 9 jours de mobilisation intense, le Président Sebastián Piñera n’est pas en phase avec les demandes des citoyens. Ce qui, de l’avis du dirigeant se reflète dans ce changement de cabinet où il n’y a rien de nouveau.

« Encore la même chose. Le président Piñera n’est pas en phase avec les exigences de la rue. Les Chiliens se sont exprimés et veulent des changements profonds, pas des changements cosmétiques », a dit M. Cortés.

Le leader a critiqué le ton festif du changement de mandat, indiquant que « cela ressemblait davantage à un anniversaire, ou à une activité de fin d’année scolaire. Il n’y a aucune empathie. Aujourd’hui, le Chili a besoin d’une nouvelle Constitution, c’est quelque chose de concret quand nous parlons de pacte citoyen », a-t-il dit.

Il a ajouté qu’aujourd’hui dans l’assemblée de la pêche artisanale de la région de Bio Bío, « une nouvelle Constitution a été établie d’urgence pour récupérer les ressources naturelles, nationaliser le cuivre et le lithium et annuler la loi Longueira. En plus du salaire minimum et des pensions de 500 000 pesos pour tous les Chiliens. »

Les gens sont descendus spontanément dans la rue, massivement, et un fourgon de carabiniers a renversé un manifestant au milieu des affrontements qui ont eu lieu dans le centre de Santiago. La situation a été rendue publique grâce à une vidéo qui a circulé sur Twitter où l’on peut voir comment le véhicule de police fonce sur les gens tout en étant lapidé par plusieurs personnes. Il heurte un manifestant, qui se fait tirer dessus de quelques mètres. L’Institut National des Droits de l’Homme (INDH), a indiqué que la victime est un jeune homme de 22 ans qui, heureusement, ne court aucun risque vital.

Les manifestations de Santiago se sont concentrées sur la Plaza Italia et aussi sur l’Alameda, où une véritable bataille a eu lieu. La colère, exprimée dans des excès et des incendies, a été réprimée intensément, avec des gaz lacrymogènes, des jets d’eau, la fermeture des stations de métro et des arrestations, produisant un chaos général. Sur la Plaza Italia, en revanche, l’atmosphère était non violente, jusqu’à ce que la station de métro Baquedano, déjà en partie détruite, soit à nouveau incendiée.

Les photos sont de Sergio Bastías :

Pour sa part, le Président de l’Ordre des enseignants, Mario Aguilar, a déclaré que « ce dont le pays a besoin, ce n’est pas d’un changement de visage mais d’un changement de modèle » et a appelé à des manifestations (casserolades) pour lundi 28 et mardi 29, ainsi qu’à une grève générale le mercredi 30 (non seulement une grève des syndicats, mais de tous les corps de métiers, de la consommation, du transport, etc.) et à des manifestations générales dans tout le pays. « Le peuple chilien s’est levé et nous n’allons pas lâcher tant que des changements fondamentaux n’auront pas été apportés. »