Le sixième jour de la lutte du peuple chilien pour la conquête de ses droits sociaux et humains, qui n’existaient plus depuis près d’un demi-siècle, des marches pacifiques ont eu lieu dans les principales villes du pays, rassemblant non seulement des jeunes de 15 à 30 ans, mais aussi un groupe d’âge moyen entre 35 et 45 ans. Pourquoi ? Suite à l’appel à la grève générale lancé par le groupe Unité sociale au sein duquel se trouve la Centrale Unitaire des Travailleurs, CUT, et, surtout et en nombre, l’Association Nationale des Employés Fiscaux, ANEF.

Il n’est pas vrai qu’il existe encore une organisation ou un groupe d’organisations sociales ayant la capacité et l’autorité populaire suffisantes pour convoquer à elle seule les innombrables personnes qui participent quotidiennement et exponentiellement aux manifestations. A cet égard, la crise du système des partis politiques et des agglutinations sociales à l’intérieur et à l’extérieur du cadre institutionnel a été la norme jusqu’à présent. En effet, il est arrivé que l’appel à la grève générale du 23 octobre a été suivi par les syndicats, les corps de métiers. L’autorisation de marcher de la Place Italia de Santiago jusqu’à la rue Santa Rosa, heureusement, a permis une marche de tranquillité instable pour quelques heures. La même chose s’est produite à Concepción, Valparaíso et dans d’autres localités.

Mais non pas parce qu’elles étaient autorisées, les marches n’ont pas été réprimées par les forces spéciales des carabiniers, comme l’illustrent abondamment les images de la journée.

Selon les autorités des droits humains du pays, 22 personnes ont été officiellement tuées, plus de 5.000 détenues, des centaines de torturés, des jeunes femmes violées par des hommes en uniforme et des personnes qui ont disparu.

L’état d’urgence et le couvre-feu sont maintenus. A Santiago, contrairement aux jours précédents, le couvre-feu a été imposé de 22h00 le 23 octobre à 04h00 le 24 octobre. En d’autres termes, la mesure a été retardée afin de donner des signes de normalisation aux marchés.

En ce sens, tant la banque JP Morgan que les bourses internationales ont frappé l’économie chilienne, dépréciant ostensiblement le peso par rapport au dollar et pénalisant le risque pays qui guide les investissements. Ceci, ajouté aux pressions des libéraux de la droite par rapport au conservateurs, a provoqué l’éloignement et le » vide » autour de Piñera et de son régime à cause des pertes de profits des groupes économiques les plus puissants et influents du pays. D’aucuns pensent même qu’il est possible que certains secteurs de l’oligarchie elle-même et l’ambassade des États-Unis au Chili envisagent sérieusement la démission de Piñera et la fin de sa façon de faire face au soulèvement populaire. En fait, avec la militarisation de tout le territoire national, le mouvement ne s’est pas arrêté, bien au contraire, avec les conséquences financières aggravantes pour la minuscule minorité des grandes entreprises, la classe sociale qui soutient véritablement l’ordre existant, les relations sociales dominantes et le pouvoir. C’est pourquoi l’ingouvernabilité actuelle nuit stratégiquement à ses profits et multiplie son incertitude.

Ce jeudi 24, les manifestations continuent. Non pas pour les profits, bien sûr. Mais pour le bien commun.

 

Par Andrés Figueroa Cornejo