Fascisme et djihad : les descendants du néolibéralisme et de la guerre. Où est passée la compassion ?

13.01.2019 - Londres, Royaume-Uni - Silvia Swinden

Cet article est aussi disponible en: Anglais, Espagnol, Grec

Fascisme et djihad : les descendants du néolibéralisme et de la guerre. Où est passée la compassion ?
Un enfant qui fait preuve de compassion envers un autre (Photo Jax House • CC BY-SA 2.0)

Quelle est la meilleure façon de prévenir une catastrophe ? Tant de gens ont le pressentiment que nous nous dirigeons vers un désastre que les propositions ne sont pas discutées calmement et à l’amiable, au contraire chacun essaie d’imposer les siennes à tous les autres. Nous sommes dans une période de polarisation extrême, du type de celles qui précèdent au mieux les révolutions sociales, au pire les guerres.

C’est ainsi que les écoles classiques de la décadence, si bien décrites par Silo dans les Lettres à mes Amis, font leur apparition comme elles le font toujours en temps de crise (en réalité elles existent toujours mais deviennent plus visibles quand les gens cherchent des solutions pour s’en sortir), écoles si clairement présentes dans la Grèce Antique : les stoïciens (il faut être fort face à l’adversité), les cyniques (rien de bon ne peut émerger de l’humanité alors continuons comme d’habitude) et les épicuriens (si tout doit mal finir, essayons de profiter autant que possible tant que c’est possible).

A ces écoles, nous devons ajouter un autre type de réponse, l’extrême violence de groupes qui, au nom d’une idéologie, sombrent dans des niveaux extrêmes de haine et de mépris pour la vie humaine, et proposent à leurs membres une violence cathartique, une vengeance sur leurs boucs émissaires, et une appartenance – ce qui est peut être le plus important pour des personnes qui se sentent exclues de la société. Tenter de les bannir sans comprendre (et transformer) les processus sociaux qui leur donnent naissance est une tâche stérile. Leurs justifications se retrouvent dans tout le spectre politique, religieux et psychologique. Occasionnellement, ils prennent le pouvoir et se livrent au terrorisme d’État, ou alimentent simplement leur respectabilité populaire et un plus large accès aux médias.

Nous pouvons regarder les anciens soulèvements populaires, même s’ils ont été violents, avec une certaine sympathie, mais ils ont certainement suscité à l’époque la même horreur que leurs équivalents modernes. La révolte des esclaves de Spartacus contre l’Empire romain mérite tous les éloges qu’on lui fait aujourd’hui, mais à l’époque, il aurait été considéré comme une sorte d’Oussama ben Laden.

Les tentatives visant à comprendre le processus qui conduit une personne à entrer dans un groupe terroriste font généralement l’objet d’accusations de collusion, et les propositions visant à ouvrir un dialogue pour la paix et la réconciliation sont considérées comme une trahison et soigneusement enregistrées pour être utilisées ultérieurement dans des campagnes de dénigrement. D’autre part, la critique croissante à l’égard de ceux qui se laissent séduire par le populisme néofasciste (les percevant comme peu éduqués et stupides) ne fait pas avancer la cause de la nonviolence et de la réconciliation.

La plupart des actes de violence sont une réponse à la peur, à l’oppression et à l’exclusion. La cruauté naît de la cruauté. La guerre engendre plus de guerres. Un ordre social déshumanisant et chosifiant crée les conditions, l’inégalité les fait croître.

Si les causes profondes des réponses violentes sont analysées et combattues, toute la direction de la société peut changer.

La compassion, l’égalité, l’inclusion, la justice et la non-discrimination peuvent faire partie d’une campagne de vaccination contre la violence, contre le fascisme, contre les fondamentalismes sous toutes leurs formes. Les nouvelles pousses de cette nouvelle sensibilité sont déjà visibles malgré le fait que les médias consacrent l’essentiel de leur attention aux excès et aux singeries des dirigeants néofascistes. Nul doute que cela fait vendre des journaux ! Sans parler de la publicité.

Mais ce ne sont pas seulement les progressistes qui commencent à occuper l’espace. Au milieu de ce que l’OMS a décrit comme une épidémie de dépression, la science nous dit aussi que la compassion, la bienveillance et les remerciements sont les chemins vers une meilleure existence.

La nonviolence active dispose de tous les outils nécessaires à l’action sociale et au développement personnel pour entreprendre ces changements. Nous devons être assurés qu’une compassion croissante profitera non seulement aux victimes du système actuel, mais aussi aux victimes du désespoir avant qu’elles ne s’engagent dans la violence.

Passer du mode individualiste (promu par l’idéologie néolibérale) au mode solidaire nécessite de cesser de croire aux mensonges que l’on nous dit et que nous nous racontons à nous-mêmes. Cela peut prendre un peu de temps. Chercher dans les profondeurs de notre conscience l’étincelle d’un niveau plus élevé peut exiger un certain effort. La compassion à la demande n’est peut-être pas facile, mais prendre un peu de temps pour nous rappeler quand nous avons ressenti de la compassion pour un autre être humain, comme ça, spontanément, et puis observer comment nous nous sentions à ce moment, peut nous faire réaliser que cette capacité fait partie de notre « équipement », est un don et nous permet de sortir du quotidien de nos échanges avec autrui. Une fois que nous nous en rendons compte, cela devient un choix personnel qui peut donner une direction à l’ensemble de la société.

 

Traduit de l’anglais par la rédaction francophone

Catégories: International, Nonviolence, Opinion, Relations internationales
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