[Revenu de base] Louise Haagh : le droit à la subsistance n’est pas garanti

31.08.2018 - Lisbonne, Portugal - Redacción Madrid

Cet article est aussi disponible en: Anglais, Espagnol

[Revenu de base] Louise Haagh : le droit à la subsistance n’est pas garanti
(Crédit image : Álvaro Orús)

Pressenza publie les interviews complètes qui ont servi de base au documentaire « RBUI, Revenu de base universel et inconditionnel, notre droit de vivre » du réalisateur Álvaro Orús. C’est un projet auquel cette agence, Pressenza, et le groupe Humanistas por la Renta Básica Universal (Humanistes pour un revenu de base universel) se sont engagés.

Le RBU (Revenu de base universel) est le seul élément qui manque dans le système de sécurité sociale établi après la seconde guerre mondiale, pour garantir le droit de subsistance, selon Louise Haagh, Présidente du BIEN (Basic Income Earth Network – Réseau mondial pour le revenu de base) et professeure à l’université de York (Angleterre).

« Pouvoir mener une vie stable, sûre, ayant du sens et épanouie, n’est pas seulement une responsabilité individuelle, c’est aussi un devoir de notre société, qui doit apporter des opportunités en ce sens. »

Il s’agit d’une allocution de Haagh lors du congrès BIEN 2017 à Lisbonne. Bien que la citation ne soit pas littérale, elle en est très proche.

J’ai entendu parler pour la première fois du RBU au Brésil, en 2001, où ils développaient le programme « Bolsa familia », qui allait être mis en œuvre plus tard par Lula.

Dans ma thèse de doctorat, ainsi que dans un livre à ce sujet publié plus tard, j’ai utilisé l’expression « citoyenneté occupationnelle », par laquelle je voulais souligner que pour appartenir à une société et évoluer comme être humain, il est important d’avoir un but dans la vie, et une occupation est un type de but dans la vie. Mais ce n’est pas seulement une question individuelle, la société doit aussi offrir les opportunités qui permettront aux individus de mener une vie stable, ayant du sens et épanouissante. Cependant, le modèle néo-libéral place cette responsabilité exclusivement sur les individus.

Vidéo : Álvaro Orús, Mayte Quintanilla et Ángel Bravo

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Interview complète

C’est pourquoi quand j’ai entendu parler du RBU au Brésil, comme garantie de subsistance et soutien de la liberté et de la sécurité économique, je me suis rendu compte qu’il s’agissait de quelque chose de très nécessaire, manquant dans le modèle de développement économique de l’époque. Et depuis lors je suis une promotrice du RBU, parce que cela permettra de vivre dans la dignité. Mais pour moi, le RBU n’est pas différent d’autres droits déjà garantis comme la santé ou l’éducation, c’est une progression normale de la sécurité sociale dont nous bénéficions dans certaines sociétés. Le RBU est le seul élément manquant dans le système de sécurité sociale établi après la seconde guerre mondiale et garantissant le droit à la subsistance.

A présent, le RBU n’est plus seulement une idée philosophique mais une proposition institutionnelle. Mais pour y arriver, nous devons arrêter de faire du RBU la solution à tous types de problèmes et le laisser prendre sa place dans une conception plus large du développement humain juste.

Concernant les expérimentations actuelles sur le RBU, je ne pense pas qu’elles soient nécessaires, car il n’y aucun besoin de prouver que le RBU est une bonne chose, comme il n’y avait aucun besoin de prouver que les droits universels à la santé et à l’éducation sont de bonnes choses. Le RBU est consubstantiel du développement humain, juste comme la santé et l’éducation, alors que les expériences en cours ne s’intéressent qu’à la manière dont les bénéficiaires du RBU se comportent, savoir s’ils sont encore prêts à s’inscrire dans le marché de l’emploi, dont nous savons qu’il est absolument injuste à l’heure actuelle.

A propos du marché mondialisé de l’emploi, il est curieux de constater que les réactions qui se sont développées contre celui-ci dans les deux dernières années ont surtout pris la forme du fascisme, du nationalisme et du populisme, mais que certains recherchent des solutions démocratiques et proposent d’expérimenter le RBU en tant que manière d’assurer une sécurité de revenus inconditionnelle. Et je vois dans ces expérimentations locales le futur du RBU.

D’un autre côté, l’opposition au RBU qui a émergé dans les syndicats et partis socialistes a plus à voir avec la manière dont on a présenté le RBU, qui contraste avec les anciennes structures de solidarité et de sécurité sociale. Et dans cette représentation que nous avons donnée, les syndicats étaient des espèces « d’agents du passé », ce qu’ils ne sont pas parce qu’ils défendent les mêmes valeurs démocratiques que le RBU. De plus, nous avons prétendu que le RBU est quelque chose de radical et révolutionnaire, qui va complètement transformer la société. Mais ce n’est pas vrai, le RBU ne va pas complètement changer la société, du moins pas à court terme. Le RBU va rendre possibles divers changement dans la société, ce sera une réforme petite mais importante. Cependant, il ne faut pas espérer qu’il résoudra tous genres de problèmes en même temps. Le RBU n’est qu’un pas dans la bonne direction.

Et finalement, il faut comprendre que si le RBU aura une influence positive sur la réduction de la pauvreté et la redistribution de la richesse, la pauvreté ne disparaîtra pas tout à fait, parce que la pauvreté n’est pas seulement un manque de ressources, mais aussi le défaut de capacité à vivre une vie pleine, l’absence de relations économiques et sociales et de contrôle de son propre destin dans la société. Je pense qu’il faudra plus que le RBU pour que tous les êtres humains puissent bénéficier de véritables opportunités.

Cependant s’il existe un objectif relativement facile à atteindre en notre temps, qui améliorera notre destinée commune, c’est le RBU.

 

Traduction de l’anglais, Serge Delonville

Catégories: Droits humains, Economie, International, Interviews
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