Trouver un nouveau sens à la mort peut transformer la vie

23.07.2018 - Cloty Rubio

Cet article est aussi disponible en: Espagnol, Catalan

Trouver un nouveau sens à la mort peut transformer la vie

Entretien avec Victor Piccininni, auteur du livre L’art d’accompagner. Outils et pratiques d’accompagnement personnel et spirituel en soins palliatifs

Victor, de quoi s’agit-il et quel est le but du livre ?

L’art d’accompagner est un petit guide pour aider dans la mission d’accompagner les personnes qui sont dans des moments critiques de leur vie, et plus spécifiquement, pour accompagner les personnes à la fin de leur vie physique. Il s’agit d’un bref écrit, destiné à tous. Une écriture qui n’a pas de grands développements, bien au contraire. Il s’agit d’un guide qui, d’une manière simple, essaie de transmettre une série d’outils, de pratiques et de suggestions utiles pour ces moments.

Quand l’on se trouve dans ces moments, que ce soit en tant qu’ami, en tant que membre de la famille ou comme professionnel, l’on se demande souvent ce qui est le plus approprié à faire, quoi dire, ce qu’il ne faut pas dire, quels exercices pourraient aider… Comment aider la personne à ressentir le plus grand bien-être possible, comment faire pour qu’elle parte de ce monde en paix. Comment accompagner tous ces moments.

Comment donner un nouveau sens à la vie en resignifiant la mort ?

Lorsque, à partir de sa propre expérience, on commence à avoir l’intuition, à soupçonner ou à être certain que la mort physique n’est que la fin de l’existence du corps, mais qu’il y a « quelque chose » qui peut être appelé de mille façons différentes : l’âme, l’esprit, la force intérieure ou cosmique, le profond, etc, et qui peut transcender cet instant et ouvrir la voie à l’immortalité, ouvrir la voie à d’autres temps et espaces différents de l’habituel, lorsque cela se produit, la vie elle-même prend un sens totalement différent de celui que l’on voit habituellement et l’on commence à agir d’une manière différente. Et si cette croyance ou intuition devient une certitude, si elle devient une expérience, la vie est transformée et les actions commencent à être guidées par ce nouveau sens de vie.

C’est pourquoi les expériences dans ce domaine sont si importantes, et non pas tant les théories. Les théories sans l’expérience nous laissent toujours dans le doute. Mais des expériences intérieures sur la possibilité d’une transcendance spirituelle, aussi minimes soit-elles, peuvent ouvrir le futur à un nouveau destin. Quand cette expérience sur le sens réel du moment de la mort devient évidente, la vie est redimensionnée, totalement resignifiée. Quand on a la certitude, par expérience, que la mort n’arrête que la partie physique et qu’il y a une possibilité que, s’il y a unité et réconciliation interne, quelque chose de sacré continuera son chemin évolutif, tout est profondément transformé.

Par conséquent, resignifier le moment de la mort peut conduire à transformer beaucoup de choses dans la vie. Beaucoup de gens en ont déjà fait l’expérience : quand un être cher meurt, ou quand, pour différentes circonstances, l’être cher a été dans un moment proche de la mort ou quand tu penses à ta propre finitude. Dans toutes ces situations, si tu y réfléchis, tu obtiens une resignification de ce qu’il faut faire dans la vie. Imagine-toi quand tu as l’expérience et la certitude que quelque chose continue après la mort !

Accompagner et aider les autres dans ce moment de la vie, avec affection et dévouement sincère, est vécu comme une grande action qui laisse un goût d’unité intérieure, ne le penses-tu pas ?

Oui, tout à fait. Et cette unité intérieure, cette sensation d’unité intérieure, est déjà en soi une expérience transcendante, une expérience qui t’ouvre d’autres portes intérieures et t’éloigne de la simple matérialité, de croire que tout se termine avec la mort.

Cet accompagnement commence à te connecter avec d’autres réalités plus profondes. Et tu sens que ces réalités profondes sont exactement les mêmes en toi et dans la personne que tu accompagnes. Et quand cela se produit, toutes les barrières imposées par les corps physiques sont surmontées et l’expérience d’une communication mentale, émotionnelle et spirituelle profonde s’ouvre.

Le livre n’est pas à but lucratif et cette première édition cherche à récolter des fonds pour une autre. Un millier d’exemplaires seront distribués dans les centres de soins palliatifs. Comment cette initiative a-t-elle vu le jour ?

L’objectif est d’amener ces outils et ces pratiques profondes là où ils sont le plus nécessaires. Je sens que ma formation autour des enseignements de Silo ne peut pas rester seulement en moi ou dans un petit groupe de personnes. C’est le but principal de ma vie et je pense que c’est la même chose avec des milliers de personnes qui ont été formées à cet enseignement. Nous essayons toujours d’apporter aux autres ce qui a été bon pour nous.

Ce livret a le même objectif et donc l’intérêt de multiplier les éditions et d’atteindre des milliers de centres de soins palliatifs et d’autres espaces où les gens en ont besoin. Je ne peux pas imaginer tirer profit de l’irradiation de cet enseignement, ce serait une contradiction. Pour cette raison, tout l’argent qui sera récolté avec cette première édition sera destiné à une deuxième édition et ainsi de suite, en améliorant et en élargissant le contenu, jusqu’à arriver le plus loin possible.

Faut-il aussi humaniser les derniers instants de ce monde ? Est-ce que ce besoin est évident ?

Je pense que nous devons « humaniser la santé » dans toute son ampleur et plus particulièrement dans les dernières étapes de la vie physique. L’accompagnement personnel, psychologique et spirituel en fin de vie fait partie de ce concept : Humaniser la santé. Nous ne sommes pas seulement un corps qui, lorsqu’il se détériore, tout se termine. C’est une conception purement matérialiste et anti-humaniste.

L’être humain est beaucoup plus que le corps, beaucoup plus qu’un nombre statistique, ou encore une position culturelle ou économique. Chaque fois, nous ressentons de plus en plus fortement le besoin de prêter attention à ce qui nous est interne et à ce qui est spirituel, à ce que chacun de nous ressent. Bien que souvent, nous ne savons pas comment exprimer ou canaliser ce besoin, mais ce besoin devient de plus en plus évident.

Les gens ont-ils des outils pour faire face à cette étape de la vie et à cet accompagnement ?

Je pense que oui. Aucune connaissance ou outil spécial n’est nécessaire pour commencer. Le livre en parle. Le plus important est l’attitude avec laquelle chacun aborde ces situations qui se donnent pour accompagner les autres. La première étape consiste à chercher à aller plus profondément en soi-même, à se connecter avec ce qu’il y a de meilleur en soi, avec cette bonté et cette compassion qui font partie de soi-même, qui sont dans soi-même… Et de là, nous allons vers l’autre que nous voulons accompagner. Ne pas le faire mécaniquement mû par le devoir ou par des intérêts particuliers. Les outils arrivent alors si l’attitude est adéquate, les outils se cherchent et se trouvent.

Qu’en est-il des professionnels, ont-ils un guide pour les aider dans les soins palliatifs ?

C’est une époque de grand développement et de progrès dans le domaine des soins palliatifs. Il répond à ce que nous disions au sujet du besoin profond d’humaniser la santé. Tout comme le développement du mercantilisme et le pouvoir de l’argent dans le domaine de la santé mènent à la déshumanisation de la pratique médicale, il y a une force croissante dans la direction opposée, dans la direction d’une humanisation croissante. Dans le sens d’assister et d’accompagner l’être humain comme un être intégral, avec le corps, l’esprit, les émotions, l’énergie… Cela signifie que les professionnels ont les outils pour s’occuper de ce concept intégral physique-psychique-spirituel. Bien sûr, cela dépendra des intérêts particuliers de chacun, de tenir compte ou non de ce dont nous parlons. De chercher et les appliquer ou se laisser emporter par le mercantilisme dominant.

En référence à ce point, mon expérience dans les unités de soins palliatifs (USP) est très gratifiante à cet égard. Les professionnels que j’ai rencontrés dans plusieurs USP ont une sensibilité très développée et ils ont aussi cette approche de soins intégraux pour la personne. Il y a beaucoup de connaissances, il y a des guides, des écrits et des expériences qui s’accumulent. C’est peut-être dans le domaine de l’accompagnement spirituel qu’il y a le plus grand manque d’outils et de guides, puisque le spirituel a souvent été associé au dogmatique ou religieux, ce qui conduit souvent à des malentendus. C’est pourquoi je suis intéressé par la publication de ce livret, qui se veut une contribution au domaine des pratiques personnelles et spirituelles, indépendantes ou complémentaires des croyances religieuses de chacun.

L’art d’accompagner propose un voyage à travers sa propre vie destiné à une réconciliation profonde avec soi-même et avec les autres : quelle est l’importance d’une réconciliation profonde ?

La réconciliation profonde avec soi-même et avec les autres conduit à l’unité intérieure, et au dépassement des ressentiments, contradictions et frustrations que tant de souffrances intérieures génèrent. Cette unité intérieure est la base de la croissance et du renforcement spirituel, et ce renforcement spirituel est synonyme de paix intérieure, de transformation, de joie douce au moment du départ, au moment de la mort physique et il est aussi synonyme de la possibilité de transcender ce moment dans d’autres temps et espaces. Ce n’est pas une théorie. Ces commentaires et affirmations sont basés sur l’expérience, sur ce que les gens ressentent et expérimentent quand ces réconciliations profondes deviennent réalité à l’intérieur de la personne.

Vous êtes membre de l’équipe de bénévoles de l’Unité de soins palliatifs de l’hôpital Dr. E. Tornú, comment se passe cette expérience ? Est-ce que tu le recommanderais à d’autres ?

Accompagner d’autres personnes dans les moments significatifs de leur vie, si tu le fais avec affection et en pensant à ce qu’il y a de mieux pour les autres, est une tâche merveilleuse. Et si tu as aussi les bons outils et les bonnes recommandations, tu aides les autres et tu t’aides toi-même. Cette tâche est comme une magie, parce que tu ressens la gratitude de l’autre personne. Tu sens que ce que tu fais l’aide vraiment à traverser cette situation et, de plus, cela s’inscrit en toi comme quelque chose de très valable, unitive et transformatrice. C’est quelque chose qui se répercute et au-delà de la situation difficile qui est vécue du point de vue physique, tu sens qu’une atmosphère de grande bonté inonde l’environnement. Mais comme il s’agit d’expériences personnelles, tout le monde ne se sent pas toujours à l’aise de faire cela.

Je crois fermement, que nous avons tous la capacité d’accompagner et d’aider les autres, mais chacun doit le faire là où il se sent à l’aise. Certains le feront en soins palliatifs, d’autres par l’éducation, d’autres par la transmission d’un enseignement de solidarité… Et ainsi d’autres dans tant d’autres activités qui rayonnent le meilleur de chacun. Toutes ces choses qui, d’une manière ou d’une autre, traduisent en actions concrètes ce que Silo a synthétisé de façon magistrale comme le moment de « Connecter avec le profond. Avec le sacré de l’intériorité humaine » et en même temps il nous a dit : « Il est temps d’Humaniser la Terre ! »

Image : Victor  Piccininni

Catégories: Humanisme et Spiritualité, Interviews, Santé
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