Pouvons-nous avoir une discussion sur ce que signifie être humain ?

22.07.2018 - Budapest, Hongrie - Tony Robinson

Cet article est aussi disponible en: Anglais, Espagnol, Grec

Pouvons-nous avoir une discussion sur ce que signifie être humain ?
(Photo Jonathan Moore sur pexels.com)

La saison des marches des fiertés est en cours dans l’hémisphère Nord, avec des défilés impressionnants dans presque toutes les principales villes de l’occident. C’est une grande réussite en un laps de temps relativement court depuis les marches des fiertés des années 70, alors que les manifestations de libération des homosexuels réclamaient la dépénalisation des relations entre personnes du même sexe et l’égalité des droits. Les lesbiennes et les gays marchaient ensemble avec les bisexuels, et souvent les marches étaient en solidarité explicite avec les travestis et les personnes qui se considèreraient aujourd’hui comme transgenres ; alors que la grande majorité des hommes et des femmes homosexuels pouvaient se fondre dans le décor s’ils le désiraient, pour un homme ou une femme piégé dans la mauvaise anatomie, la situation était bien plus problématique.

C’est ainsi qu’est né le mouvement LGBT. Plus tard, d’autres catégories d’identité sexuelle ont également été incluses ; les queers, les « en questionnement », les personnes intersexes et les asexuels nous donnant le LGBT+ d’aujourd’hui (dont on peut voir plusieurs variations). Ceux d’entre nous qui se considèrent comme faisant partie de cet ensemble de lettres ont du mal à suivre tous les derniers ajouts, et de nouveaux drapeaux semblent apparaître chaque année !

Malgré les innombrables violences physiques et psychologiques que nous ont infligées les hétérosexuels pendant des siècles – en particulier au siècle dernier – la discrimination a aussi été présente au sein même du groupe LGBT+. Ainsi les femmes se sont senties marginalisées par les hommes, ce qui reflète le recoupement des problèmes de discrimination envers les femmes qui existent dans le monde entier et qui, en réalité, est un problème bien plus vaste que la violence contre le groupe LGBT+, étant donné le nombre impressionnant de femmes qui sont tuées chaque année par des hommes dans des actes de violence physique brutale.

Les bisexuels ont toujours été considérés soit comme trop gourmands, soit comme des gens qui ont peur d’être identifiés comme homosexuels.

Mais aussi au sein d’un même genre, il y a les homosexuels « straight acting » [qui ne montrent pas leur homosexualité, NdT] qui discriminent les « fems » ; et puis il y a le racisme le plus flagrant, avec des applications de rencontre truffées de personnes stupides dont le profil indique par exemple « Pas de Noirs, pas d’Asiatiques ».

En ce qui concerne les T, les G et les L ont souvent du mal à comprendre ce qu’est ce phénomène Transgenre, et il est facile de comprendre pourquoi, parce que le processus est si difficile, si compliqué, si dangereux et dure si longtemps, que beaucoup d’entre nous qui sommes heureux avec notre corps se trouvent dans l’impossibilité de s’imaginer dans la situation dans laquelle se trouve une personne transgenre. Et nous répétons ainsi le même cycle de discrimination que les hétérosexuels qui trouvent impossible d’imaginer avoir une attirance envers quelqu’un du même sexe et qui ont tellement peur de quelque chose de différent qu’ils le déshumanisent immédiatement et justifient leur violence.

Dans la Budapest Pride, samedi, un groupe d’hétéros agressifs a infiltré les cordons de sécurité mis en place par la police hongroise et à mi-parcours de la marche a bloqué le passage, illustrant la discrimination externe envers les LGBT+ à laquelle nous sommes confrontés ; et la discrimination interne était également visible ce week-end, cette fois à Londres, avec une marche des fiertés perturbée par un groupe de lesbiennes agressives avec des messages tels que : « Le transactivisme éradique les lesbiennes » et « Le mouvement transsexuel… contraint les lesbiennes aux rapports sexuels avec des hommes. Nous condamnons fermement cette forme vicieuse d’anti-lesbianisme déguisé en progrès. »

Et tout cela illustre une question plus profonde. Alors que vous pouvez trouver des cours dans les universités du monde entier qui proposent des études sur le genre, et alors qu’Internet est plein de cours et d’ateliers offrant aux gens la possibilité d’étudier leur masculinité ou leur féminité, où sont les cours, et où sont les ateliers qui nous permettent de découvrir ce que signifie réellement être un être humain ? Où pouvons-nous apprendre à développer notre capacité à évoluer, à changer, à vivre intentionnellement et à voir ce qu’est l’humain chez les autres ?

Silo, le guide spirituel d’Argentine dont le premier acte public majeur a été un discours dans les Andes intitulé « La guérison de la souffrance », discours dont le 50e anniversaire sera célébré le 4 mai 2019 dans la petite localité de Punta de Vacas en Argentine, a écrit dans ses douze Principes d’action valable : Peu importe dans quel camp t’ont placé les événements, ce qui importe c’est que tu comprennes que tu n’as choisi aucun camp.

Aucun d’entre nous n’a choisi son pays, sa race, la religion dominante au sein de sa communauté ou son sexe. Par conséquent, avant de commencer à parler de ce que cela signifie d’être une femme ou un homme, et avant de commencer à protester contre d’autres personnes qui ont des interprétations différentes et qui veulent faire les choses différemment avec leurs organes génitaux, pouvons-nous avoir une discussion sur ce que signifie être humain ?

Parce que si nous pouvons au moins avoir une idée sur ce que signifie être humain, nous commencerons à reconnaître ce qui est humain chez l’autre. Et dans cette découverte, nous verrons que non seulement toute violence fondée sur le genre, l’orientation et l’identité sexuelle disparaîtra, mais que toute violence contre les migrants, contre les pauvres et contre ceux qui ont des croyances religieuses différentes disparaîtra également.

Et finalement, lorsque nous mènerons ces découvertes à leurs conclusions, nous constaterons également que nous n’avons aucun besoin d’armes nucléaires ou conventionnelles ni de guerre, et nous réaliserons également que si nous n’arrêtons pas immédiatement notre violence environnementale, il n’y aura plus de planète sur laquelle la vie humaine pourra survivre, et ce que signifie être humain n’aura plus d’importance.

 

Traduit de l’anglais par la rédaction francophone

Catégories: Humanisme et Spiritualité, International, Opinion
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