De Dario Aranda

L’entreprise allemande a lancé une campagne publicitaire pour faire oublier l’image négative de Monsanto et pour établir un lien entre les OGM et la santé; pour faire oublier le passé occulte de Bayer et ses liens avec le nazisme.

De l’aspirine aux produits phytosanitaires. La société allemande Bayer a acheté Monsanto et, avec l’approbation des États-Unis et de l’Union européenne, est devenue la première entreprise d’agroalimentaire. Consciente de la mauvaise image de Monsanto, elle a lancé une campagne publicitaire pour prendre ses distances par rapport aux accusations, mais des organisations sociales et scientifiques critiques interrogent déjà Bayer sur les conséquences sociales, environnementales et sanitaires de son modèle agricole. En Allemagne, pays d’origine de Bayer, semer des OGM est interdit.

« Si c’est Bayer, c’est bon », a été un slogan publicitaire très efficace pendant des décennies. Mais il est transformé par les mouvements sociaux en « Si c’est Bayer, c’est Monsanto ». En 2016, la multinationale allemande a commencé l’achat de la société états-unienne Monsanto, l’une des sociétés ayant la pire image et le plus de plaintes de l’histoire, producteur du produit chimique « Agent Orange » (utilisé pendant la guerre du Vietnam), du réfrigérant cancérigène PCB, du soja génétiquement modifié et du glyphosate.

Bien que Bayer détienne une position dominante, la direction générale de la concurrence de l’Union européenne a approuvé la fusion en mars dernier. Le département de la justice des États-Unis l’a aussi approuvée en mai. Le montant de l’achat s’élève à 66 milliards de dollars.

Bayer est ainsi devenue la plus grande entreprise mondiale de semences génétiquement modifiées et de produits phytosanitaires. Sa première annonce portait sur la disparition du nom Monsanto (bien qu’elle continuera à commercialiser tous ses produits), et elle a lancé une campagne publicitaire pour améliorer son image. Elle utilise les mêmes arguments que Monsanto pour augmenter ses ventes : elle promet que davantage d’OGM et de produits chimiques permettront de lutter contre la faim dans le monde.

Depuis un demi-siècle les entreprises agro-industrielles utilisent cet argument que les mouvements paysans et scientifiques critiques ont démenti à maintes reprises. Même les organismes qui soutiennent l’industrie agroalimentaire (comme la FAO de l’ONU) indiquent clairement que la faim n’est pas due à un manque de nourriture mais à un problème de distribution.

La Coordination contre les dangers de Bayer est un réseau européen d’organisations et de militants qui rendent compte des actions de l’entreprise, tant dans le domaine pharmaceutique que dans celui de l`agroalimentaire. « Le modèle économique de Bayer et Monsanto est sans scrupules. Ils tirent tous les deux leurs bénéfices des pesticides et des techniques de manipulation génétique, nuisent à la santé des agriculteurs et des consommateurs, altèrent le climat, détruisent la biodiversité et mettent en danger l’alimentation et les moyens d’existence des générations futures. Aujourd’hui, en fusionnant avec Monsanto, Bayer renforce ce modèle économique dangereux et cherche à augmenter les profits de ses principaux actionnaires au détriment de l’homme et de la nature », affirme l’organisation.

Silvia Ribeiro, chercheuse au sein du groupe ETC (Groupe d’action sur l’érosion écologique et la concentration et le commerce dans le domaine des technologies), étudie la concentration des entreprises dans l’agriculture depuis trente ans. « La disparition du nom Monsanto est un triomphe de la résistance populaire généralisée, des paysans, des écologistes et des consommateurs contre les OGM. Ce n’est pas une mince réussite. Bien que les OGM continuent d’être présents sur les marchés, dans les champs et dans l’alimentation, ils provoquent un rejet généralisé. Les sociétés transnationales, y compris Bayer, n’ont pas réussi à coloniser nos esprits », explique-t-elle.

Elle rappelle qu’une vingtaine de pays seulement sèment des OGM à grande échelle et qu’il y a plus de 160 pays qui n’autorisent pas la culture des OGM dans un but commercial (entre autres, l’Allemagne, le pays de Bayer).

Une question centrale est le contrôle des semences et des produits phytosanitaires. Trois conglomérats, en plus de l’allemand BASF, dominent le secteur : Bayer-Monsanto, Syngenta-ChemChina et DuPont-Dow (à l’origine de la nouvelle société Corteva Agriscience). Ils gèrent 60 % du marché mondial des semences commerciales, 100 % du marché des semences génétiquement modifiées et 70 % du marché des produits phytosanitaires.

Bayer a accumulé les plaintes pour contamination de l’environnement, intoxication par des produits phytosanitaires, poursuites judiciaires pour des tests cliniques de produits en Inde, problèmes de ses pilules contraceptives aux États-Unis, anomalies des tests hormonaux en Allemagne et au Royaume-Uni. Mais son crime le plus étouffé est celui dénoncé par Fernando Bejarano González, un chercheur mexicain qui, à l’occasion du 150e anniversaire de Bayer (2013), a résumé les actions de l’entreprise dans un document concis. Dans « Le passé obscur des entreprises transnationales allemandes », il explique l’accord que l’entreprise a passé avec le nazisme pour « développer des expériences sur les prisonniers du camp de concentration d’Auschwitz ».

Le chercheur mexicain reprend les travaux de Diarmuid Jeffreys (auteur de « Histoire d’I.G. Farben ») et rappelle que l’entreprise finançait le nazisme en échange du travail d’esclaves et était responsable du camp de concentration de caoutchouc synthétique appelé « Buna/Monowitz », qui a détenu jusqu’à 10 000 prisonniers. Un autre fait étouffé par Bayer est qu’elle a produit (par l’intermédiaire de sa filiale Degesch) le gaz utilisé dans le camp d’extermination de Birkenau-Auschwitz (le Zyklon B, un pesticide).

Dans le procès de Nuremberg (qui a jugé les crimes du nazisme), 13 cadres supérieurs d’I.G. Farben ont été reconnus coupables d’esclavage, de participation au programme de travaux forcés et de participation active à la politique génocidaire du nazisme.

Bayer occulte ce passé, finance des campagnes publicitaires pour les OGM et les produits phytosanitaires, et a un nouveau slogan : « La science pour une vie meilleure ».

 

Traduit de l’espagnol par la rédaction francophone