« La difficulté de produire un récit unique est que nous ne pouvons pas imaginer d’autres modèles »

13.06.2018 - Madrid, Espagne - European Humanist Forum 2018

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« La difficulté de produire un récit unique est que nous ne pouvons pas imaginer d’autres modèles »
Crédits images : David Andersson

Sara García Toledano est étudiante en droit, militante et activiste de la Plate-forme des victimes du Crédit hypothécaire de Madrid, PAH Madrid. [NDT. La Plateforme des victimes du crédit hypothécaire, aussi appelée PAH, de l’espagnol Plataforma de Afectados por la Hipoteca, est une association espagnole militant pour le droit au logement (Wikipedia)].

Elle a participé au Forum humaniste européen, qui s’est tenu récemment à Madrid entre les 11 et 13 mai 2018, en tant que conférencière à la table du « Journalisme indépendant et engagement social ».

Quelle a été l’expérience de la plate-forme des victimes du crédit hypothécaire dans la construction d’une nouvelle histoire sur les expulsions dues à des problèmes de paiement de l’hypothèque des maisons ?

Tout d’abord, je veux saluer mes collègues qui se mobilisent actuellement dans le centre de Madrid et dans d’autres villes.

Dans cette salle nous acceptons tous l’idée que le pouvoir des médias est un monopole, mais parfois nous oublions que ce monopole est également financé à son tour par des acteurs du capital qui forment à leur tour d’autres monopoles, tels que les banques et les fonds vautours. Avec toutes ces grandes puissances contre la Plate-forme des victimes du crédit hypothécaire, elle a réussi à « se faufiler » dans les médias et constitue un exemple d’action pour d’autres mouvements.

Le fait que l’information soit monopolisée nous amène à avoir un exposé unique qui est intégré comme seul moyen de percevoir les choses. En fait, c’est la plus grande victoire du capital, de nous faire croire que c’est le seul système possible.

Comme le disait Fredric Jameson, « il est plus facile d’imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme ». La difficulté de produire un récit unique est que nous ne pouvons pas imaginer d’autres modèles.

Cependant, il y a toujours des fenêtres qui s’ouvrent, à travers lesquelles une histoire alternative peut être introduite et s’incorporer au sens commun, ainsi une nouvelle réalité se structure.

Dans le cas des PAH, ce qui s’est passé au début de la crise du logement c’est que les problèmes d’expulsion étaient considérés comme une difficulté individuelle pour chaque famille. Le PAH est une plate-forme qui s’est organisée pour lutter en faveur du droit au logement, afin de répondre à ce problème des familles qui ne pouvant pas payer leurs hypothèques et qui ont été expulsées de leurs maisons. Nous sommes connus pour être ceux qui, placés aux portes des maisons, empêchaient une expulsion.

Le PAH a travaillé comme un « hashtag » pour les réseaux sociaux. Avec ses mobilisations constantes dans la rue, puis arrêtant les expulsions et dénonçant les abus de la banque, il a obtenu que ce problème individuel qu’était l’expulsion, dont auparavant les familles souffraient en silence, (elles quittaient leur maison avec les valises et les enfants en silence), s’est avéré être considéré comme un problème collectif subi par beaucoup de gens. Voyant cette situation chaque jour dans les médias grand public, un nouveau récit a vu le jour qui a rapproché le problème de la population. Demain, c’est moi qui pourrais être l’expulsée ! Il est devenu manifeste que ce n’était pas un problème individuel des familles touchées, mais que cette situation répondait à un système capitaliste et à un modèle économique spécifique : l’accumulation de la richesse par la spéculation immobilière.

Certaines actions concrètes nous ont aidé à générer le nouveau récit, telles que la présence permanente dans les rues, cela a aidé à mettre des visages sur les victimes grâce à quoi nous avons pu identifier les coupables, qui n’étaient pas les personnes expulsées comme on le croyait auparavant. Nous avons été en mesure de signaler les coupables grâce à la campagne « justice et châtiment », lesquels n’étaient autre que les principaux responsables des sociétés financières et des politiques du gouvernement. Il est apparu comme évident que ces coupables répondaient à un modèle économique spécifique et faisaient partie des conseils d’administration des grandes banques ou de fonds vautour.

Une fois que les responsables ont été identifiés, des solutions ont été nécessaires et c’est ainsi qu’il est né le « travail social de l’association PAH », qui consiste à occuper les appartements vides des entités bancaires qui ont expulsé les familles. Avec ces actions, une nouvelle vision a émergé sur l’idée de l’occupation. Auparavant, on pensait que ceux qui occupaient s’installaient parce qu’ils avaient beaucoup de culot, mais maintenant on pouvait voir qu’ils s’installaient parce qu’ils étaient expulsés et avaient besoin d’entrer dans une maison avec leurs enfants. Nous avons retransmis ces occupations afin que les gens puissent voir à quel point il est difficile d’occuper des endroits par nécessité.

Quel a été le rôle des médias indépendants dans vos revendications ?

Les médias indépendants étaient là en permanence et sans eux nous n’aurions pas eu autant d’impact. Bien que la majeure partie de notre écho soit due principalement à la présence dans les rues, les médias indépendants ont été une clé pour parvenir là où nous ne pouvions aller. En ce sens, le PAH a toujours eu une forte présence médiatique, en particulier dans les médias indépendants.

En lien avec le thème de ce forum : « ce qui nous unit », comment pourrions-nous améliorer notre travail conjointement avec les médias et les mouvements sociaux?

Je voudrais faire quelques propositions concernant les choses qui manquent. Les médias indépendants n’ont pas de rubriques spécifiques pour que les mouvements sociaux puissent écrire des articles, pas plus que les médias télévisés n’ont d’espaces exclusifs pour les mouvements sociaux. C’est une proposition importante, car qui mieux pour décrire un problème que ceux qui en souffrent ? Je lance la proposition aux journaux de quartier afin qu’ils ouvrent des rubriques aux mouvements sociaux. Il ne s’agit pas que d’autres personnes donnent la parole aux mouvements sociaux, mais de notre capacité à dire à la première personne ce qui se passe.

Catégories: Droits humains, Interviews
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